"Plutôt que de parler du fond, on va attaquer le magistrat" : une magistrate répond aux attaques contre le juge qui a mis en examen Nicolas Sarkozy

Evelyne Sire-Marin, vice-présidente du tribunal de grande instance (TGI) de Paris, a expliqué, mercredi soir sur franceinfo, que le juge qui a mis en examen Nicolas Sarkozy "ne s'est pas saisi de l'affaire", mais a été "désigné" par le président du TGI.

Evelyne Sire-Marin, magistrate et vice-présidente du tribunal de grande instance de Paris, le 21 mars 2018.
Evelyne Sire-Marin, magistrate et vice-présidente du tribunal de grande instance de Paris, le 21 mars 2018. (RADIO FRANCE / FRANCEINFO)

À l'issue de plus de 24 heures de garde à vue, Nicolas Sarkozy a été mis en examen, mercredi 21 mars, pour "corruption passive", "financement illégal de campagne électorale" et "recel de détournements de fonds publics libyens et placé sous contrôle judiciaire". Evelyne Sire-Marin, vice-présidente du tribunal de grande instance de Paris a expliqué, mercredi soir sur franceinfo, que "le droit a été parfaitement et rigoureusement respecté". La magistrate a déploré qu'on attaque de plus en plus "le magistrat" et a affirmé que Serge Tournaire est quelqu'un d'"extrêmement expérimenté", "désigné" par le président du tribunal de grande instance dans cette affaire sur des soupçons de financement libyen de sa campagne électorale de 2007.

franceinfo : Y a-t-il quelque chose, dans la procédure qui a été menée, qui justifie tout ce bruit selon vous ?

Evelyne Sire-Marin : Je crois que le droit a été parfaitement et rigoureusement respecté. Je pense que monsieur Sarkozy a été traité de façon tout à fait respectueuse. Une garde à vue, c'est quand il existe des raisons plausibles de soupçonner que quelqu'un a commis une infraction. L'instruction a quand même déjà duré cinq ans. À la fin de cette instruction, un certain nombre de questions se posent et l'enjeu est important. C'est quand même une affaire assez complexe. 

Concernant le juge Serge Tournaire, que répondre aux amis de Nicolas Sarkozy qui disent que ce n'est pas un hasard* ?

Ce que je trouve tout à fait dommage, mais on l'observe de plus en plus dans les affaires politico-financières, c'est que plutôt que de parler du fond, on va attaquer le magistrat. Serge Tournaire est un magistrat extrêmement expérimenté. Il ne s'est pas saisi de l'affaire, il a été désigné par le président du tribunal de grande instance de Paris.

Ce n'est pas lui qui décide des qualifications, c'est le parquet qui le saisit des qualifications pénales extrêmement graves qui ont été retenues, notamment la corruption passiveEvelyne Sire-Marinà franceinfo

Pour finir, on l'accuse d'être syndiqué alors que c'est un droit constitutionnel. Ce n'est pas pour autant qu'on leur dit qu'ils sont "des rouges". Que ce soit l'Union syndicale des magistrats ou que ce soit le Syndicat de la magistrature, les gens ont le droit d'être syndiqué et de bien faire leur travail, de façon impartiale. C'est le cas du juge Tournaire.

Un point important dans les chefs de mise en examen : le contrôle judiciaire est assez rare dans ce genre d'affaire. Qu'est-ce que ça va impliquer ?

Le contrôle judiciaire ça implique par exemple, mais je ne sais pas ce qu'ont décidé les juges, d'interdire de sortir du territoire ou de payer une caution importante ou alors et surtout, de ne pas rencontrer les autres mis en examen ou d'autres personnes impliquées dans la procédure. On aurait pu lui éviter la mise en examen si ça n'était pas absolument nécessaire et je pense que le dossier nécessite peut-être que monsieur Sarkozy ne parle pas à monsieur Guéant [un de ses plus proches collaborateurs à l'époque] qui est également mis en examen. Je ne sais pas ce qu'ont décidé les juges, mais c'est tout à fait habituel dans une procédure d'instruction d'interdire à des personnes qui sont "co-mises en examen", comme on dit, de se concerter et de se parler. C'est tout à fait banal.

*Nicolas Sarkozy a été renvoyé en correctionnelle en février 2017 par le même juge Serge Tournaire, pour financement illégal de campagne électorale, mais cette fois pour la présidentielle de 2012. Il a fait appel de ce renvoi.