Les petits pas de Jérôme Cahuzac vers une candidature à la législative de Villeneuve-sur-Lot

Ces dernières semaines, l'ancien ministre du Budget a multiplié les signes laissant penser qu'il pourrait se présenter à sa propre succession.

Jérôme Cahuzac a fait sa première apparition publique depuis ses aveux le 11 mai 2013, sur le marché de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne).
Jérôme Cahuzac a fait sa première apparition publique depuis ses aveux le 11 mai 2013, sur le marché de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). (JOELLE FAURE / LA DEPECHE DU MIDI / AFP)

Il n'est pas encore officiellement candidat, mais il y pense très sérieusement. Un mois seulement après l'annonce de sa démission de son poste de député et alors même que l'affaire de son compte suisse est en cours d'instruction, l'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac manifeste déjà l'envie de revenir à l'Assemblée nationale. A tel point que ce qui semblait improbable il y a quelques semaines prend forme : Jérôme Cahuzac pourrait se présenter à la législative partielle qu'il a lui-même provoquée dans la troisième circonscription du Lot-et-Garonne, celle de Villeneuve-sur-Lot.

"Je pense qu'il est décidé à 80% à revenir à l'Assemblée nationale. Il a un bilan tellement bon derrière lui que les considérations de personnalités haut placées n'ont pas de prise sur les électeurs de la circonscription", a confié à francetv info Daniel Borie, un élu PS de la circonscription que l'ancien ministre a approché pour être son suppléant

Francetv info dresse la liste des faits et gestes de Jérôme Cahuzac qui montrent qu'il n'y pense pas seulement en se rasant le matin. 

La déclaration qui "n'exclut rien"

Tout (re)commence avec une déclaration de l'ancien ministre du Budget au Figarole 7 mai. "Aucune décision prise. Certains parlent pour moi sans mandat pour cela. Et je constate une forme d'attente ou d'espérance chez certains", explique-t-il à propos de l'élection législative partielle des 16 et 23 juin.

Un de ses proches précise sa pensée au quotidien. "Il estime que c'est aux électeurs de décider de son avenir politique et pas à d'autres. Il attend quelque chose de leur part. Et c'est dans ce face-à-face qu'il aura la réponse", développe-t-il, sous couvert d'anonymat.

La promenade sur le marché

Ce face-à-face, l'ancien boxeur le recherche dès la semaine suivante. Le 11 mai, il fait une apparition surprise sur le marché de Villeneuve-sur-Lot et déambule quelques dizaines de minutes dans les rues de la bastide. Il n'a pas prévenu la presse mais les journalistes de La Dépêche du Midi et de Sud-Ouest, qui assistaient à l'inauguration de la permanence du Front de gauche à quelques mètres de là, sont alertés par les passants.

"Je vis ma vie, c'est tout", glisse Jérôme Cahuzac après quelques photos, comme le raconte Sud-Ouest. L'accueil est mitigé, même si les propos encourageants semblent dominer. "On est content de le voir, on s'en fout de ce qu'il a fait, c'est un mec bien. Il peut se présenter aux législatives, il sera élu", témoigne un Villeneuvois. Un peu plus loin, une dame se dit à l'inverse choqué. "Ça me gêne beaucoup de le voir ici !", lâche-t-elle.

Le mystérieux sondage

Dans les jours qui suivent, l'institut LH2 sonde les Villeneuvois. Candidat malheureux à l'investiture du MoDem, le conseiller régional d'Aquitaine Patrick Beauvillard a rapporté la question posée à Sud-Ouest. "Si le vote avait lieu ce dimanche, pour qui voteriez vous ?", demande le sondeur. Une première liste avec les candidats déclarés lui est proposée. Puis une seconde où figure l'ancien ministre du Budget.

L'ancien député de la circonscription a-t-il commandé ce sondage ? Mystère. Sa simple apparition sur le marché suffit cependant à justifier qu'il soit testé par les instituts de sondage. L'enquête a très bien pu être commandée par un autre parti politique.

A la recherche d'un suppléant

C'est sans doute le signe le plus manifeste de l'envie de Jérôme Cahuzac de se présenter. L'ancien homme fort du département, qui est régulièrement en contact avec les élus de son ancienne circonscription, cherche un suppléant. Daniel Borie, suppléant malheureux de la candidate à l'investiture Catherine Joffroy, a donc été approché. "Monsieur Cahuzac m'a contacté à l'issue de ce scrutin. J'ai pris une semaine de réflexion, j'ai beaucoup consulté mes amis et ma famille", raconte le maire de Saint-Vite à francetv info.

Dimanche 12 mai, il décline l'offre, non sans remords. "J'ai élevé mes enfants dans une certaine morale, une certaine éthique. Ils trouvaient que cela ne correspondait pas aux valeurs que je leur avais enseignées", explique-t-il, tout en précisant qu'il "voue une reconnaissance" à l'ancien député pour son travail dans la circonscription. Comment a réagi ce dernier ? "Il a marqué le coup, mais il ne m'en tient pas rigueur. Il espère juste que je ne le combattrai pas", rapporte Daniel Borie.

"Légitimiste", Daniel Borie participe à la campagne de Bernard Barral, le candidat désigné par le PS. "Notre adversaire, c'est la droite et l'extrême droite. Mon adversaire ne sera jamais Jérôme Cahuzac", précise-t-il cependant à La Dépêche du Midi. Mercredi, Jérome Cahuzac dément auprès de RTL. "Je n'ai proposé de suppléance à personne", déclare-t-il. S'il décide finalement de se présenter, il a jusqu'au vendredi 24 mai, 18 heures, pour trouver un colistier.