L'affaire Cahuzac ou la revanche de Mediapart

Après les aveux et la mise en examen de Jérôme Cahuzac, le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, dénonce un "mensonge, avec la complicité du monde politique et médiatique". 

Edwy Plenel, fondateur du site Mediapart, le 30 avril 2012 à Paris. 
Edwy Plenel, fondateur du site Mediapart, le 30 avril 2012 à Paris.  (MARTIN BUREAU / AFP)

Face aux juges d'instruction Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke, Jérôme Cahuzac est passé aux aveux, avant d'être mis en examen, mardi 2 avril. L'ancien ministre du Budget a reconnu détenir un compte à l'étranger depuis une vingtaine d'années, crédité d'un montant de 600 000 euros. A l'origine de l'affaire, une enquête du site Mediapart, il y a plusieurs mois. Comme dans l'affaire Bettencourt, qui vaut à Nicolas Sarkozy d'être mis en examen.

Le site d'enquêtes fondé par Edwy Plenel est régulièrement visé par les critiques, qui lui reprochent tantôt son acharnement, tantôt d'accuser sans preuves. Ces deux faits judiciaires ont fait taire en partie ces remarques. En partie seulement. En attendant, le site a fêté ses cinq ans avec un bénéfice en hausse et 60 000 abonnés, selon Les Echos. 

"Une victoire pour le journalisme"

Rien ne sert d'accabler Jérôme Cahuzac, selon Edwy Plenel. Mais le fondateur de Mediapart a quelques comptes à régler. "Il faut s'interroger sur ce mensonge, avec la complicité du monde politique et médiatique", a-t-il estimé mardi. "Il faut s'interroger sur ce qui s'est passé pendant ces quatre mois, sur ce retour de boomerang qu'avait prévu Mediapart, le monde politique et celui des médias doit se poser la question". Avant de faire une allusion appuyée aux confrères qui ont douté de son travail. "Ce qui fait le malheur de la démocratie ne rend pas heureux les journalistes."

"Nous considérons que c'est une victoire pour le journalisme", lançait déjà Fabrice Arfi sur France Culture, le 19 mars, au soir de l'ouverture d'une information judiciaire contre Jérôme Cahuzac. Là encore, avec un goût de revanche. "On a tenté d'isoler Mediapart, de décrédibiliser Mediapart."

S'il n'est pas nommé, Jean-Michel Aphatie est l'un des premiers visés. Le journaliste de RTL et du "Grand Journal" de Canal + bataille depuis des mois contre le site, au fil de passes d'armes sur Twitter, largement commentées. Contacté par francetv info, ce dernier n'en démord pas. Si la rédaction de Mediapart avait les preuves de ses accusations, elle aurait dû les publier dès le début. "Je pense que quand un journaliste affirme avoir des preuves de ce qu'il dit, il doit les publier. Je ne change rien à ce que j'ai dit depuis le début, l'enquête du 4 décembre était inaboutie et pas publiable en l'état." Et ce "même si les informations sont corroborées depuis". Une question de principe. "J'ai toujours posé ce débat sur le terrain du journalisme, pas celui du politique, je n'ai pas défendu Jérôme Cahuzac."

Les politiques, souvent visés, rarement aimables

Avec la démission de Jérôme Cahuzac, le 19 mars, les critiques ont plu contre Mediapart. Elles sont venues de gauche, lorsque le député PS Dominique Lefebvre, proche de Jérôme Cahuzac, a décrit un "système médiatique totalitaire", ou de droite, quand Guillaume Peltier a dénoncé "la pression médiatique des petits Robespierre de la justice que sont M. Plenel et ce site d'informations d'extrême gauche Mediapart [qui] ont aujourd'hui plus d'importance que la justice".

Quelques ministres socialistes ont pourtant défendu le site. A commencer par le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, qu'il décrivait sur France Inter, mercredi 20 mars, comme "un contre-pouvoir nécessaire dans une démocratie moderne". Le même jour, le ministre de l'Education nationale, Vincent Peillon, "observe que beaucoup de journalistes, et je suis étonné, ont été très critiques à l'égard de Mediapart. C'est ennuyeux."

Xavier Bertrand, lui, a été relaxé le 26 mars, dans l'affaire qui l'opposait au site. En marge d'un meeting au Raincy (Seine-Saint-Denis), le 6 juillet 2010, l'ancien ministre du Travail avait accusé le site d'employer des "méthodes fascistes" dans ses révélations sur l'affaire Bettencourt. La 17e chambre correctionnelle a estimé que ses propos "ne relevaient pas d'une qualification recouvrant un fait précis". La procédure ne l'avait guère fait changer d'avis. "J'ai réagi à chaud mais je ne retire aucun mot", expliquait-il, le 12 février.