"Et s'il se flingue en taule ?" : l'ultime plaidoirie d'Eric Dupond-Moretti pour éviter la prison ferme à Jérôme Cahuzac

Tout sauf la prison. Voici, en substance, ce que demande la défense de l'ancien ministre du Budget, jugé en appel pour fraude fiscale et blanchiment.

L\'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac et l\'un de ses avocats, Eric Dupond-Moretti, lors de leur arrivée au tribunal, le 21 février 2018.
L'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac et l'un de ses avocats, Eric Dupond-Moretti, lors de leur arrivée au tribunal, le 21 février 2018. (ERIC FEFERBERG / AFP)

"Je vous supplie de ne pas l'envoyer en prison." Eric Dupond-Moretti a plaidé la défense de Jérôme Cahuzac, condamné en 2016 à la prison ferme pour fraude fiscale et blanchiment. Sa ligne est claire : tout, sauf "la taule". La veille, l'avocat général Jean-Christophe Muller avait requis trois ans de prison ferme et cinq ans d'inéligibilité à l'encontre de l'ancien ministre.

"Je ne demande pas la Lune. Je suggère même d'aggraver la peine", a plaidé Eric Dupond-Moretti, par exemple en alourdissant la partie de sursis. "Et s'il se flingue en taule ?", demande Eric Dupond-Moretti, tout en se défendant de tout "chantage" à la cour. Il décrit un Jérôme Cahuzac perdu, qui erre "des heures" dans son cabinet d'avocat et dont "les secrétaires ne savent plus quoi faire".

"Ce pognon, il l'a traîné comme un boulet"

"On rend un hommage national à une de nos vedettes qui a cherché toute sa vie à changer de pays pour payer moins d'impôts", a ajouté l'avocat, en référence au chanteur Johnny Hallyday. Il s'étonne aussi que l'héritière de l'empire cosmétique L'Oréal, Liliane Bettencourt, n'ait pas été poursuivie bien qu'ayant reconnu une évasion fiscale. "La juste peine c'est celle qui (...) n'accable pas plus que nécessaire un homme cassé, fracassé, celle qui permet le rachat, celle qui autorise un avenir", a plaidé Jean-Alain Michel, autre avocat de Jérôme Cahuzac et ami de longue date.

"Ce pognon, il l'a traîné comme un boulet", affirme Me Dupond-Moretti. L'avocat reprend brièvement la thèse d'un financement politique, d'un trésor de guerre pour le mouvement de l'ancien Premier ministre Michel Rocard, qui expliquerait l'ouverture d'un premier compte en suisse en 1992. Il décrit un engrenage : "S'il allait régulariser, c'était un suicide professionnel". Et la révélation en pleine lumière de sa part d'ombre, "la trahison" des valeurs de ses parents résistants.

Encore sous le choc de son bannissement, l'ancien chirurgien, qui vit la plupart du temps en Corse, rappelle qu'il a rapatrié les plus de 600 000 euros cachés en Suisse puis à Singapour, remboursé le fisc et vu sa vie "détruite". La cour d'appel de Paris rendra le 15 mai sa décision concernant le brillant ministre devenu un paria de la République, à l'origine du plus retentissant scandale du quinquennat de François Hollande.