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De quoi Jérôme Cahuzac est-il soupçonné ?

L'ancien ministre du Budget a fini par reconnaître, mardi, qu'il détenait un compte bancaire à l'étranger depuis vingt ans. Il a été mis en examen pour "blanchiment de fraude fiscale". 

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France Télévisions
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Jérôme Cahuzac, au palais de l'Elysée à Paris, le 10 janvier 2013. (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Au terme de quatre mois en eaux troubles, l'ancien ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, a fini par avouer qu'il détenait bien un compte bancaire à l'étranger depuis vingt ans. Une annonce qui a précipité sa mise en examen, mardi 2 avril. A l'origine de l'affaire, une enquête de Mediapart, début décembre, largement commentée, défendue et critiquée depuis. Jérôme Cahuzac avait démissionné, mardi 19 mars, après l'ouverture d'une information judiciaire contre X pour "blanchiment de fraude fiscale".

Sur quels éléments planchent les juges Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke ? L'affaire est-elle cantonnée à ce compte présumé en Suisse ? Francetv info revient sur les soupçons du parquet.  

Un compte en Suisse présumé

L'enquête ouverte le 19 mars porte sur des faits de "blanchiment de fraude fiscale", à la suite de l'enquête préliminaire de police ouverte le 8 janvier. Les soupçons portent sur un compte bancaire que Jérôme Cahuzac aurait détenu en Suisse, chez UBS. Selon Mediapart, l'ancien ministre l'aurait clôturé en 2010 et en aurait transféré les avoirs à Singapour, via des montages complexes. L'information judiciaire a d'ailleurs été ouverte en raison "de la complexité des investigations à diligenter", avec "la mise en œuvre complète de l'entraide répressive internationale, en Suisse mais aussi à Singapour", explique le communiqué du parquet. 

Jérôme Cahuzac a-t-il cherché à échapper au fisc ? Pour défendre cette version, le site s'appuie depuis des mois sur un enregistrement téléphonique, qu'il attribue à l'ancien ministre et situe à la fin de l'année 2000 : "Ça me fait chier d'avoir un compte ouvert là-bas, l'UBS c'est quand même pas forcément la plus planquée des banques." La police technique scientifique a comparé cette voix avec celle de Jérôme Cahuzac. Conclusion ? "Le résultat de notre analyse renforce l'hypothèse que Jérôme Cahuzac est le locuteur inconnu."  Les juges Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke ont été désignés pour enquêter sur ce fameux compte, dont Jérôme Cahuzac a toujours nié l'existence. Une demande d'entraide avait été adressée au ministère public de Genève (l'équivalent du parquet en France), rapportait La Tribune de Genève, mercredi 20 mars. 

Des liens ambigus avec les laboratoires pharmaceutiques

L'information judiciaire portait sur des faits de "perception par un membre d'une profession médicale d'avantages procurés par une entreprise dont les services ou les produits sont pris en charge par la Sécurité sociale, blanchiment et recel de ce délit". Les enquêteurs ont donc commencé à éplucher les liens passés de Jérôme Cahuzac avec l'industrie pharmaceutique. Le procureur de la République de Paris a expliqué en effet que "les enquêteurs [avaient] auditionné plusieurs témoins. L'un d'entre eux a indiqué qu'il lui avait été rapporté que les sommes versées sur ce supposé compte proviendraient de laboratoires pharmaceutiques".

Comment de telles sommes auraient-elles pu nourrir les comptes de Jérôme Cahuzac ? Après avoir été conseiller en charge des médicaments auprès du ministre de la Santé, Claude Evin, entre 1988 et 1991, Jérôme Cahuzac, chirurgien de formation, a créé une société en 1993, Cahuzac Conseil. Il est alors consultant pour l'industrie pharmaceutique, notamment en matière de conseil de politique du médicament, comme l'a détaillé Le Parisien, en décembre 2012. Le quotidien expliquait que Jérôme Cahuzac avait "fait fructifier pendant plusieurs années son carnet d’adresses auprès des laboratoires". Mais en 1997, il est élu député et devient même rapporteur spécial du budget de la santé à la commission des Finances de l'Assemblée nationale, au risque d'éventuels conflits d'intérêts. Ses proches ont expliqué qu'il avait alors mis ses contrats en sommeil, rapporte Le Parisien.

Le site Mediapart (abonnés), qui s'est également penché sur ce volet, confirme une baisse du chiffre d'affaires de la société, mais souligne les liens antérieurs de Jérôme Cahuzac avec au moins deux laboratoires pharmaceutique, Pfizer et Innothera – via un intermédiaire dans le second cas. Toujours selon Mediapart, Jérôme Cahuzac aurait bénéficié de certaines largesses, dont un yacht mis à sa disposition pour des vacances en Corse, par le patron du laboratoire Innothera, Arnaud Gobet. Une loi interdisait pourtant aux médecins de recevoir des avantages en contrepartie de prestation.

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