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Cahuzac accusé d'avoir reçu des pots-de-vin dans les années 90

Selon Mediapart, l'ancien ministre est désormais visé par des soupçons de corruption, à l'époque où il travaillait au ministère de la Santé.

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France Télévisions
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Jérôme Cahuzac (G), le 27 mai 1990 à Paris, au côté du ministre de la Santé de l'époque Claude Evin. (DURAND FLORENCE / SIPA)

C'est une affaire dans l'affaire. Déjà mis en examen pour "blanchiment de fraude fiscale" depuis début avril, l'ancien ministre Jérôme Cahuzac est désormais accusé d'avoir reçu des pots-de-vin, à l'époque où il travaillait au ministère de la Santé, selon des révélations publiées par Mediapart (pour abonnés) jeudi 13 juin.

Dessous-de-table contre autorisations d'installation

D'après plusieurs témoignages recueillis par le site d'information, des entreprises du milieu médical ont versé des dessous-de-table à Jérôme Cahuzac, "afin d'obtenir des décisions favorables du ministère dans l'attribution de scanners et d'IRM à des établissements de santé". De 1988 à 1991, Jérôme Cahuzac travaillait en effet au ministère de la Santé auprès du ministre Claude Evin, et sous la direction de Michel Rocard, alors Premier ministre.

A l'époque, raconte Mediapart, entre 50 et 100 autorisations d'installations de scanners et d'IRM étaient délivrées chaque année. "Les fabricants doivent donc 'draguer' les radiologues. Mais également faire valoir auprès d’eux les réseaux politiques qui leur permettront d’obtenir le précieux sésame", poursuit le site internet.

Mediapart cite ensuite un ancien dirigeant de la société Elscint France, qui fabriquait des appareils de radiologie. Celui-ci affirme que son entreprise faisait partie de celles qui versaient de l'argent à Jérôme Cahuzac, afin de décrocher des autorisations d'installation. "Un matin, (...) j’arrive dans son bureau. Je pensais qu’on allait éplucher les dossiers. Mais il se lève, prend une feuille blanche, la pose devant moi, met un stylo dessus et me dit : 'Mettez-moi les noms des hôpitaux ou cliniques privées qui, selon vous, accepteraient de verser une commission pour avoir leur autorisation.' (...) C'est autre chose que de demander qu'Elscint paye directement, témoigne cet ancien dirigeant de l'entreprise, qui n'a pas voulu jouer le jeu. Il m'a regardé dans les yeux, et il m'a dit : 'Écoutez, dans ce cas, vous pouvez annoncer à votre direction en Israël que vous ne vendrez pas de scanners et d’IRM en France'."

"200 000 francs pour un scanner, 500 000 pour une IRM"

Toujours sous couvert d'anonymat, un autre témoin, à l'époque fonctionnaire chargé de donner un avis technique, nécessaire à l'obtention de l'autorisation, se fait plus précis encore : "Mon avis technique n'était qu’un habillage. Tout comme l'avis de la commission de la direction des hôpitaux, à laquelle j'assistais. En réalité, il fallait cracher au bassinet. Celui qui voulait l'autorisation devait payer. De Cahuzac, à l'époque, on disait qu'il faisait rire les dames et pleurer les messieurs. Il les passait au presse-purée pour qu’ils allongent l'argent, raconte cet homme, aujourd'hui retraité. Les pots-de-vin à verser étaient de l'ordre de 200 000 francs pour un scanner, de 500 000 francs pour une IRM."

Sollicité par Mediapart, Jérôme Cahuzac n'a pas souhaité commenter ces révélations. Quant au ministre de la Santé dont il dépendait à l'époque, Claude Evin, il affirme que "ces dossiers ne remontaient jamais jusqu'à [lui]". "Je n’ai aucune raison de penser que ces accusations soient fondées", insiste-t-il, tout en affirmant n'avoir "pas d'éléments qui [lui] permettent de penser" que Jérôme Cahuzac ait fraudé dans son dos.

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