Affaire Cahuzac : pourquoi Moscovici est en difficulté

Depuis les aveux de Jérôme Cahuzac, le ministre de l'Economie est fragilisé, accusé d'avoir couvert son ministre du Budget.

Pierre Moscovici, le ministre de l\'Economie, lors d\'un déplacement à Strasbourg (Bas-Rhin), le 4 avril 2013.
Pierre Moscovici, le ministre de l'Economie, lors d'un déplacement à Strasbourg (Bas-Rhin), le 4 avril 2013. (PATRICK HERTZOG / AFP)

Pierre Moscovici, prochaine victime de l'incendie allumé par les aveux de Jérôme Cahuzac ? L'opposition réclame la tête du ministre de l'Economie, note Le Figaro, et le Front de gauche, par la voix de Jean-Luc Mélenchon, s'interroge également sur ce que savait vraiment Pierre Moscovici. "Où s'arrête la chaîne du mensonge ? Qui savait et n'a rien dit ? (...) C'est pas possible que personne n'ait rien su." Francetv info revient sur la mauvaise passe que traverse ce poids lourds du gouvernement. 

"J'ai péché par excès de confiance"

Pierre Moscovici a-t-il fait toutes les vérifications nécessaires ou a-t-il cherché à protéger son ministre du Budget ? C'est le doute qui plane depuis les aveux de Cahuzac, qui a reconnu détenir un compte bancaire à l'étranger. Lors d'une houleuse séance de questions au gouvernement mercredi 3 avril, Christian Jacob, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, a ainsi interpellé le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, pour savoir si "l'administration fiscale [avait] été instrumentalisée pour entraver la justice et pour étouffer l’affaire" qui touche l'ex-ministre du Budget. Le député de l'opposition a également voulu savoir "si Pierre Moscovici [avait] voulu blanchir Jérôme Cahuzac en utilisant les prérogatives liées à ses fonctions". Le ministre est soupçonné de ne pas avoir posé les bonnes questions aux autorités suisses. Des accusations que l'intéressé a vigoureusement réfutées.

Francetv info / LCP

"A chaque étape, j'ai agi de façon exemplaire. Il faut arrêter les polémiques sur ce terrain-là, l'action de mon ministère a été transparente, objective, diligente, sérieuse, et c'est ça la vérité que les Français doivent connaître", a réaffirmé Pierre Moscovici jeudi 4 avril, lors d'un déplacement à Strasbourg (Bas-Rhin). Selon lui, sa seule faute a été d'avoir "péché par excès de confiance" envers Jérôme Cahuzac, comme il l'a reconnu dans une interview accordée au Monde.

Depuis, le ministre de l'Economie et des Finances a bénéficié de témoignages en sa faveur de parlementaires ayant eu accès au dossier, en particulier celui de Philippe Marini, président de la commission des Finances du Sénat et membre de l'UMP. Après analyse des documents, il a estimé ne pas avoir "d'élément pour incriminer monsieur Moscovici et encore moins la Direction générale des finances publiques".

Un ministre de l'Economie dépassé par ses troupes ?

Mais cette affaire fragilise celui qui, au début du quinquennat de François Hollande, devait être un poids lourd du gouvernement alors que l'économie française est en pleine crise. Problème : le chef de l'Etat a placé six autres ministres à Bercy (Arnaud Montebourg, Jérôme Cahuzac, Benoît Hamon, Nicole Bricq, Sylvia Pinel, Fleur Pellerin).

Pour François Lenglet, chef du service politique et économie de France 2, "il s'est fait prendre de vitesse par Jérôme Cahuzac et Arnaud Montebourg, sur le front politique comme celui de la communication". Son rôle de lien entre Paris et Bruxelles est important et nécessaire, mais n'a pas le même lustre et la même exposition médiatique qu'un ministre du Redressement productif alors que les fermetures d'usines se multiplient, ou qu'un ministre du Budget alors que l'effort pour résorber les déficits est la priorité du gouvernement.

"Il a également été très discret sur les débats sur la fiscalité et n'a pas pris position dans la bagarre entre Ayrault et Montebourg sur le dossier Florange," rajoute François Lenglet pour francetv info. Les perspectives de promotion de Pierre Moscovici lors d'un remaniement du gouvernement sont probablement en train de s'envoler.