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Stéphane Richard peut-il rester PDG d'Orange ?

Après la mise en examen de Stéphane Richard dans l'affaire Tapie, un conseil d'administration doit se réunir pour décider de son maintien ou non à la tête du groupe.

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France Télévisions
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Le PDG d'Orange, Stéphane Richard, le 20 février 2013, à Paris. (ERIC PIERMONT / AFP)

Le PDG d'Orange, Stéphane Richard, est dans une position délicate. Il a été mis en examen pour "escroquerie en bande organisée" dans l'affaire Tapie, mercredi 12 juin. Les enquêteurs s'interrogent sur son rôle dans le recours à un arbitrage, en 2007, pour mettre fin au litige entre Bernard Tapie et le Crédit lyonnais. Il était à l'époque directeur de cabinet de Christine Lagarde, alors ministre de l'Economie.

Un conseil d'administration doit désormais se réunir "dans les prochains jours", selon Matignon, pour "décider des conséquences à tirer" de cette mis en examen. Le patron sera-t-il maintenu à son poste ou au contraire éjecté ? Voici quelques indices.

L'Etat laisse planer le doute

L'Etat détient 27% du capital d'Orange, ce qui en fait l'actionnaire principal du groupe. Il compte de fait trois membres sur quinze au sein du conseil d'administration. Autant dire que sa voix a de l'importance.

La question du maintien de Stéphane Richard "est posée", a estimé jeudi la ministre de l'Economie numérique, Fleur Pellerin, sur RTL. Mais elle a fait savoir que le sort du patron d'Orange n'avait pas encore été décidé. La ministre a assuré que l'exécutif était "en train d'en discuter", et a répété que la position des représentants de l'Etat au conseil d'administration serait dans le seul intérêt de l'entreprise.

Avant même que la mise en examen soit décidée, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, avait néanmoins déclaré au journal Le Monde qu'il serait "difficile" à un Stéphane Richard en examen "de rester". Mais le ministre avait démenti, le jour-même, avoir tenu ces propos au quotidien.

Le camp socialiste fait pression

"Je pense que cela pose des difficultés (...) et donc que cela demanderait au moins un retrait", a jugé le chef du groupe socialiste à l'Assemblée, Bruno Le Roux, mercredi sur BFMTV.

Stéphane Richard "ne doit pas rester à la tête d'Orange", a renchéri Christian Eckert, rapporteur général socialiste du budget à l'Assemblée nationale, jeudi, sur LCI. "Il y a trop d'affaires en ce moment (...) il ne faut pas qu'on s'habitue, il ne faut pas que cela se banalise", a fait valoir le député de Meurthe-et-Moselle.

Le patronat fait bloc derrière Stéphane Richard

Stéphane Richard est "innocent jusqu'à preuve du contraire" et c'est au conseil d'administration d'Orange de décider de son maintien à la tête du groupe, a estimé jeudi, au micro de France Info, le candidat à la présidence du Medef Pierre Gattaz. Lui aussi a appelé à "ne pas déstabiliser" l'opérateur.

Le PDG de la société immobilière Nexity, Alain Dinin, proche de Stéphane Richard, a lui trouvé "ridicule" l'idée d'un départ rapide de son ami. "On ne peut pas changer de patron comme ça", affirme-t-il.

Laurence Parisot, la présidente du Medef, avait elle trouvé "choquants" les commentaires d'Arnaud Montebourg. La patronne avait condamné "une immixtion dans la gouvernance de l'entreprise tout à fait anormale", dimanche, au micro de Radio J.

La direction d'Orange sur la défensive

Dès l'annonce de la mise en examen mercredi, la direction du groupe a assuré que Stéphane Richard "sera[it] à son bureau demain matin". Elle a déclaré avoir "pris acte de cette décision des juges" et affirmé qu'elle n'avait "pas de conséquences sur ses responsabilités actuelles"

Jeudi 6 juin, près d'une semaine avant sa mise en examen, Stéphane Richard déclarait au Monde avoir "eu l'assurance de François Hollande" qu'il resterait à son poste. "Ma position personnelle, dans l'affaire Tapie, c'est qu'elle n'a rien à voir avec mes responsabilités à la tête d'Orange", expliquait-il. Et il pointait le "risque de déstabiliser" un groupe de 170 000 personnes, dont 100 000 salariés dans l'Hexagone, poids lourd du CAC 40.

Un PDG soutenu par ses troupes...

Beaucoup de salariés d'Orange redoutent de perdre un patron plutôt apprécié. Ils mettent en avant son bilan : un climat social apaisé après des suicides en série. Interrogés par Le Monde, les employés défendent tous leur dirigeant. "On nous donne un coup sur la tête, on veut notre peau ou quoi ?" "On aimerait bien ne pas être les otages de la politique." "Notre dirigeant a réussi à modifier les pratiques du management." 

...et par les syndicats

Fait plutôt rare en de telles circonstances, le patron d'Orange a reçu ces derniers jours le soutien de plusieurs organisations syndicales. La CFE-CGC et la CFDT ont invité au respect de la présomption d'innocence. FO s'est dite "inquiète des déclarations d'Arnaud Montebourg" sur son éventuelle démission, appelant à ne pas déstabiliser l'entreprise. La CGT, elle, ne s'est pas exprimée.

La fédération SUD télécommunications, de son côté, a estimé mercredi que la mise en examen de Stéphane Richard pouvait difficilement être "compatible avec la direction de l'entreprise", en précisant ne "pas se réjouir" de l'éventuel départ de celui qui "a mis fin à la grave crise sociale".

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