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Ces politiques au cœur de l'affaire Tapie

De Christine Lagarde à Nicolas Sarkozy en passant par Jean-Louis Borloo, francetv info revient sur ce que l'on reproche aux personnalités politiques liées à l'affaire Tapie.

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Bernard Tapie, Christine Lagarde, Jean-Louis Borloo et Nicolas Sarkozy : quatre noms cités de près ou de loin dans "l'affaire Tapie". (AFP / MONTAGE FRANCETV INFO)

Bientôt cinq ans après le début de l'affaire, la question n'a guère changé : quelqu'un a-t-il agi au sommet de l'Etat pour favoriser Bernard Tapie en 2008 dans le règlement du contentieux qui l'opposait au Crédit lyonnais ?

Alors que Christine Lagarde doit être entendue par la justice dans les prochains jours, francetv info fait le tour des politiques liés à l'affaire Tapie.

Christine Lagarde

Dans ce dossier, Bernard Tapie estime avoir été floué lors de la vente d'Adidas en 1993 à une filiale du Crédit lyonnais, qui était alors une banque publique. Après plusieurs années de procès, la justice casse en 2006 l'arrêt de la cour d'appel favorable à l'homme d'affaires, et ouvre la voie à un nouveau procès. C'est alors que Christine Lagarde entre en piste.

Nommée ministre de l'Economie et des Finances en juin 2007, elle ordonne que ce vieux litige soit tranché par un tribunal arbitral, et non par une voie judiciaire classique. Alors que l'Etat avait gagné sa dernière bataille judiciaire, cette instance privée donne raison à Bernard Tapie et condamne l'Etat à lui verser 400 millions d'euros. La gauche crie au "copinage d'Etat". D'autant que la Cour des comptes juge, quelques mois plus tard, que le gouvernement n'a pas respecté la loi en optant pour un tribunal arbitral sans l'aval du Parlement.

Christine Lagarde le dit très clairement : c'est elle qui a ordonné cette décision, mais parce qu'il s'agissait à ses yeux de "la meilleure solution à l'époque".

Nicolas Sarkozy

Les accusations de "copinage" ne visent pas seulement Christine Lagarde. A gauche, on s'interroge sur le rôle joué en coulisses par Nicolas Sarkozy. Car durant la campagne pour l'élection présidentielle de 2007, Bernard Tapie, ancien ministre de François Mitterrand, a soutenu Nicolas Sarkozy face à Ségolène Royal. Une fois élu, ce dernier a-t-il renvoyé l'ascenseur à son ami ? C'est notamment ce que les enquêteurs cherchent aujourd'hui à vérifier.

Le 26 février 2013, L'Express a révélé que Nicolas Sarkozy avait reçu Bernard Tapie à l'Elysée à douze reprises entre juin 2007 et novembre 2010. Parmi ces rendez-vous inscrits noir sur blanc sur l'agenda de l'ancien chef de l'Etat, celui du 17 novembre 2007 à 17 heures intrigue : il intervient le lendemain de l'accord entre l'Etat et Bernard Tapie sur le recours à ce fameux tribunal arbitral.

Pour approfondir leurs recherches, les enquêteurs ont perquisitionné, le 27 février, le domicile et le cabinet de celui qui était alors secrétaire général de l'Elysée : Claude Guéant. La justice cherche, entre autres, à savoir si l'Elysée a forcé la main de Christine Lagarde dans la décision de recourir à un tribunal arbitral. "L'Elysée était bien sûr au courant", mais "c'est le ministère des Finances qui a décidé de recourir à cette procédure", rétorque Claude Guéant, en rejetant la balle dans le camp Lagarde.

Bernard Tapie, lui, a toujours épargné l'ex-président de la République. "Nicolas Sarkozy a été évidemment totalement étranger au choix de la procédure, au choix des arbitres, à la décision", disait-il dès juillet 2008 dans une interview au Parisien, alors que naissaient les premières interrogations.

Jean-Louis Borloo

Si Christine Lagarde demeure au centre des accusations, celles-ci n'épargnent pas complètement Jean-Louis Borloo. Car l'actuel président de l'Union des démocrates et indépendants (UDI) – et ancien avocat de Bernard Tapie – a effectué un bref passage par Bercy, entre le 18 mai et le 19 juin 2007.

Bernard Tapie et Jean-Louis Borloo, le 9 décembre 2010 à Paris. (MAXPPP)

Or, selon un rapport de la Cour des comptes révélé en mai par Mediapart (article payant), Stéphane Richard – ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde et de Jean-Louis Borloo – a soutenu devant les sages de la rue Cambon que c'était bien Jean-Louis Borloo qui lui avait signifié, "dès sa prise de fonction le 22 mai 2007" et contre l'avis de ses services, la décision de recourir à un tribunal arbitral. Une thèse également soutenue par un mystérieux corbeau, auteur d'un courrier anonyme expédié dans une enveloppe à en-tête du ministère des Finances, et aujourd'hui dans les mains de la justice.

"Je ne suis resté que six semaines à Bercy. Je n'ai pris aucune décision dans cette affaire, aucune ! Ce dossier n'est jamais passé sur mon bureau. Le processus a été enclenché ultérieurement, par Christine Lagarde, ce qu'elle assume d’ailleurs parfaitement", rétorque Borloo dans Paris Match.

Thierry Breton

Avant Christine Lagarde et Jean-Louis Borloo, Thierry Breton est passé par Bercy de 2005 à 2007. Or, en novembre 2005, ce dernier fait passer une consigne, "discrète mais ferme", selon Le Monde (article payant) : l'Etat ne se pourvoira pas en cassation contre Bernard Tapie.

Mais, face aux critiques, Thierry Breton nomme finalement trois personnalités indépendantes, chargées d'évaluer les chances de l'Etat de gagner un procès en cassation. Leur verdict va à contre-courant de la position du ministre, qui donne du coup son feu vert à la saisine de la cour de cassation. Laquelle donne tort à Bernard Tapie quelques mois plus tard, ouvrant la voie à un nouveau procès.

Si la décision de recourir au tribunal arbitral sera officiellement prise en novembre 2007, Thierry Breton prépare le terrain dès l'automne 2006 : "Il y a un moment où je pense qu'il est dans l'intérêt général que chacun se pose la question de savoir s'il ne vaut pas mieux une conciliation dans l'intérêt des parties, plutôt que ce que d'autres considèrent comme une vendetta personnelle." Des propos très semblables à ceux tenus par Christine Lagarde quelques mois plus tard.

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