"Un mauvais signal pour la moralisation de la vie politique" : l'association Anticor dénonce la candidature de Richard Ferrand à la tête de l'Assemblée

Alors que Richard Ferrand est pressenti pour prendre la présidence de l'Assemblée nationale, l'association Anticor, qui lutte contre la corruption dans la vie publique, rappelle le devoir d'exemplarité du quatrième personnage de l'Etat. 

Richard Ferrand s\'exprime à l\'Assemblée nationale après le discours de politique générale d\'Edouard Philippe, le 4 juillet 2017. 
Richard Ferrand s'exprime à l'Assemblée nationale après le discours de politique générale d'Edouard Philippe, le 4 juillet 2017.  (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Il brigue le poste depuis longtemps. Alors que la nomination de François de Rugy au ministère de la Transition écologique laisse vide le perchoir de l'Assemblée, le chef de file des députés LREM, Richard Ferrand, a déjà déposé sa candidature, assure Le Figaro. Mais ses détracteurs lui reprochent son implication dans l'affaire des Mutuelles de Bretagne, pour laquelle il a été visé par une information judiciaire menée par le parquet national financier (PNF) pour "prise illégale d’intérêts" à la suite d'une plainte de l'association Anticor. Son président, Jean-Christophe Picard, estime en effet que cette candidature "n'est pas le meilleur choix", alors que l'enquête vient tout juste d'être dépaysée à Lille

Franceinfo : Comment réagissez-vous à la candidature de Richard Ferrand à la présidence de l'Assemblée nationale ? 

Jean-Christophe Picard : C'est un peu surréaliste. Le président de l'Assemblée nationale a un devoir d'exemplarité, un peu plus que les autres représentants de l'Etat. La République devrait promouvoir les personnes les plus exemplaires, plutôt que celles qui ont profité de leur fonction non pas pour servir l'intérêt général, mais pour s'enrichir elles-mêmes ou leurs proches. Cela nous semble élémentaire. C'est donc un très mauvais signal envoyé à la moralisation de la vie politique, qui n'est pas achevée et doit continuer

Son implication dans l'affaire des Mutuelles de Bretagne peut-elle être un frein à sa candidature ? 

Les faits, c'est quand même que sa femme s'est enrichie d'un demi-million d'euros sans rien faire, simplement parce que lui était directeur général des Mutuelles de Bretagne. S'il contestait les faits, on pourrait attendre le jugement. Mais Richard Ferrand ne conteste pas que sa compagne se soit enrichie grâce à ses fonctions. Ce n'est d'ailleurs pas contestable car tout un tas d'éléments l'attestent. Lui, ce qu'il dit, c'est que c'est légal et moral. On n'est évidemment pas tout à fait d'accord avec cette analyse. A partir du moment où il utilisait ses fonctions pour enrichir sa compagne, cela pose quand même problème de le nommer président de l'Assemblée nationale, qui est le quatrième personnage de l'Etat.

Pourquoi sa candidature envoie-t-elle, selon vous, un mauvais signal ? 

On a oublié que la politique était aussi une affaire de symboles. Elire quelqu'un comme Richard Ferrand à ce poste-là, c'est un symbole, qui n'est pas forcément positif. Ce n'est pas anecdotique.

On envoie un message qui dit : “Ce n'est pas grave si vous avez fauté, on va vous pardonner.Jean-Christophe Picard, président d'Anticorà franceinfo

Nous, au contraire, on pense que c'est grave, d'autant plus qu'à l’époque des faits, il était élu et a utilisé ses fonctions pour enrichir indûment sa compagne. 

Ça ne fait pas très nouveau monde. Et d'ailleurs c'est une déception. On pensait que mécaniquement, avec le changement de visages viendrait le changement de pratique. Mais ce n'est pas du tout automatique et on a vu ressortir des pratiques obsolètes.

Est-ce un phénomène typiquement français ? 

Dans d'autres pays, notamment en Scandinavie, il n'y aurait pas de débat sur l'avenir de M. Ferrand. En France, on débat du recyclage des élus indélicats. On a une tolérance quand même assez étonnante. On a toujours l'impression qu'ils ne sont qu'une vingtaine de personnes à pouvoir exercer ces fonctions. Mais il y a d'autres talents, et à de telles fonctions, il ne devrait même pas y avoir le débat de nommer quelqu'un avec ce passif. 

Cette élection peut-elle être bloquée par les députés ? 

Contrairement à l'élection de Richard Ferrand à la tête du groupe LREM, qui s'est déroulée à main levée, dans le cas de la présidence de l'Assemblée nationale, le suffrage devrait se dérouler à bulletin secret. Les députés LREM auraient effectivement intérêt à être un peu courageux dans cette affaire.