Bygmalion, Karachi, Bettencourt... La défense de Sarkozy fait-elle l'affaire ?

En meeting à Vélizy (Yvelines) lundi, l'ancien chef d'Etat, candidat à la présidence de l'UMP, a balayé toutes les mises en cause dont il fait l'objet. Avec des arguments pas toujours pertinents.

Nicolas Sarkozy, candidat à la présidence de l\'UMP, lors d\'un meeting à Vélizy-Villacoublay (Yvelines), le 6 octobre 2014.
Nicolas Sarkozy, candidat à la présidence de l'UMP, lors d'un meeting à Vélizy-Villacoublay (Yvelines), le 6 octobre 2014. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Surtout, ne jamais aborder le fond des dossiers. Au contraire, se poser en victime, et distiller quelques réflexions sarcastiques pour s'assurer un succès auprès du public. Face aux affaires, Nicolas Sarkozy a choisi sa ligne de défense : nier en bloc. C'est en tout cas la stratégie que le candidat à la présidence de l'UMP met en œuvre lors de ses interventions médiatiques et durant ses meetings.

"Si j'avais la moindre chose à me reprocher, est-ce que je reviendrais ? Si je n'étais pas revenu, on aurait dit que j'avais peur. Je n'ai pas peur", déclarait-il déjà le 21 septembre sur le plateau de France 2. Lundi 6 octobre, en réunion publique à Vélizy (Yvelines), l'ancien président a passé en revue la quasi-totalité des affaires dans lesquelles son nom a été cité. Francetv info examine un par un ses arguments.

L'affaire Bettencourt

Ce qu'il dit. "En pleine campagne présidentielle, voilà qu'on explique à tous les Français que j'aurais abusé d'une vieille dame", attaque Nicolas Sarkozy. Et de souligner, comme il l'avait déjà fait sur France 2, les "vingt-deux heures d'interrogatoires et de confrontations" et les "quatre perquisitions" qu'il a dû subir. S'il a été successivement "témoin assisté", puis "mis en examen" avant de bénéficier d'un "non-lieu", c'est qu'il y a eu "une erreur à un moment". Et l'"erreur", explique-t-il, "c'est qu'il y a eu la campagne présidentielle".

Il s'en prend, par ailleurs, au Monde. La raison : cinq unes publiées par le quotidien qui porteraient atteinte à sa présomption d'innocence. Il en profite aussi pour reprocher au journal d'avoir sous-traité son non-lieu dans cette affaire.

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Pourquoi ça ne tient pas la route. Nicolas Sarkozy fait le lien entre sa mise en cause dans l'affaire Bettencourt et la proximité de l'échéance électorale de 2012. Or, cette affaire a éclaté deux ans plus tôt, en juin 2010, après la divulgation dans la presse d'enregistrements sonores impliquant Eric Woerth dans un financement illégal présumé lors de la présidentielle de 2007. Trésorier de campagne de Nicolas Sarkozy lors de cette élection, l'ancien ministre du Budget devra d'ailleurs prochainement répondre de "recel" devant le tribunal correctionnel de Bordeaux (Gironde).

Dans leur ordonnance de non-lieu, en octobre 2013, les juges n'exonèrent pas totalement Nicolas Sarkozy. "Il n'existe pas de charges suffisantes établissant un lien direct entre le comportement abusif de Nicolas Sarkozy et les actes préjudiciables consentis par Liliane Bettencourt de mise à disposition d'espèces", écrivent-ils.

Enfin, contrairement à ce que laisse entendre l'ancien chef d'Etat, Le Monde n'a pas éludé son non-lieu dans cette affaire. Dans son édition du 9 octobre 2013, le quotidien a consacré plus d'une pleine page à cette information.

Capture d\'écran du journal \"Le Monde\" daté du 9 octobre 2013.
Capture d'écran du journal "Le Monde" daté du 9 octobre 2013. (LE MONDE)

L'affaire Karachi

Ce qu'il dit. "Il a fallu que je me justifie, tenez-vous bien, de la mort de nos compatriotes à Karachi. Dix ans d'enquête, pour découvrir, au bout de dix ans, l'évidence : que je n'y étais pour rien !"

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FRANCE TELEVISIONS

Pourquoi ça ne tient pas la route. Pour mieux se dédouaner, Nicolas Sarkozy grossit la gravité des faits qui ont pu lui être reprochés. Il n'a jamais été accusé d'avoir été à l'origine, ni de près ni de loin, de la mort des 11 Français tués dans un attentat à Karachi (Pakistan) le 8 mai 2002. En revanche, son nom est apparu dans l'enquête sur le volet financier de cette affaire. Les juges s'interrogent sur le rôle qu'il a joué en tant que ministre du Budget dans l'agrément accordé à des sociétés offshore impliquées dans le versement de rétrocommissions au profit de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, dont il était le porte-parole, en 1995.

Dans ce dossier, six personnes sont renvoyées devant le tribunal correctionnel, dont deux proches de Nicolas Sarkozy : Thierry Gaubert et Nicolas Bazire. Les cas d'Edouard Balladur et de François Léotard ont été transmis à la cour de justice de la République (CJR), seule juridiction habilitée à enquêter et juger les délits ou crimes des ministres dans l’exercice de leurs fonctions. Pas celui de Nicolas Sarkozy, mais voici ce que les juges écrivent à son sujet : "Il apparaît cependant, au vu des éléments recueillis par l’information, qu’il appartient à la CJR d’entendre Nicolas Sarkozy comme témoin assisté, en qualité de ministre du Budget." Il semble, du coup, que contrairement à ce qu'il avance, Nicolas Sarkozy n'en a peut-être pas fini avec cette affaire.

L'affaire Kadhafi

Ce qu'il dit. "J'ai été écouté, je le suis peut-être encore, dans notre démocratie, dans les conversations les plus intimes, avec ma famille, pour savoir si il y a sept ans, Monsieur Kadhafi n'avait pas financé ma campagne, sur la base d'un faux grossier."

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Pourquoi ça ne tient pas la route. L'enquête sur un présumé financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy repose en grande partie sur un document, sujet à caution, indiquant que le régime de Kadhafi a versé 52 millions d'euros pour la campagne de Nicolas Sarkozy. Alors que Mediapart ne cesse d'en réaffirmer l'authenticité, d'autres sources le mettent en doute, comme le relate un article de Vanity Fair. En tout cas, la justice française, loin de la considérer comme "un faux grossier", s'intéresse à cette note, qui présente toutes les caractéristiques d'un document officiel libyen. Et semble éprouver des difficultés à en confirmer ou non l'authenticité.

L'affaire Bygmalion

Ce qu'il dit. Nicolas Sarkozy nie l'existence de l'affaire Bygmalion et préfère revenir sur l'invalidation de ses comptes de campagne 2012 après "des mois d'enquête de la Commission des comptes de campagne" et "des mois d'enquête du Conseil constitutionnel" pour un dépassement de 400 000 euros du plafond autorisé. Sous-entendu : les comptes de campagne ont déjà fait l'objet de toutes les vérifications nécessaires. Dès lors, l'évocation de l'affaire Bygmalion et de ses "16 millions d'euros disparus" dans le budget de la campagne "est une honte", estime-t-il.

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Pourquoi ça ne tient pas la route. Selon des documents révélés par la presse au printemps 2014, les dépenses de campagne de Nicolas Sarkozy auraient crevé de 17 millions d'euros le plafond autorisé (38 millions d'euros au lieu de 22 millions). Mais à aucun moment l'ancien chef d'Etat ne réagit directement aux allégations des dirigeants de Bygmalion ou de son ancien directeur adjoint de campagne, Jérôme Lavrilleux, qui ont tous reconnu l'existence d'un système de fausse facturation destiné à ce que l'UMP prenne en charge une partie des dépenses de campagne de Nicolas Sarkozy pour lui éviter de dépasser le plafond autorisé et risquer ainsi une invalidation des comptes. 

Las. En décembre 2012, la Commission des comptes de campagne (CNCCFP) rejette les comptes de Nicolas Sarkozy. Une décision qui n'a rien à voir, à ce moment-là, avec l'affaire Bygmalion. Et pour cause : ne disposant d'aucun moyen d'investigation, elle n'avait pas eu encore connaissance de ces révélations et avait motivé sa décision uniquement sur la base des factures fournies par l'équipe du candidat Sarkozy. La CNCCFP avait estimé que certaines dépenses, qui n'avaient pas été intégrées aux comptes de campagne de l'ancien chef d'Etat, devaient l'être. Conséquence : le dépassement de 363 000 euros du plafond de dépenses autorisé par la loi.

Idem pour le Conseil constitutionnel, qui n'a fait que rejeter, en juillet 2013, le recours déposé par Nicolas Sarkozy contre la décision de la CNCCFP. Interrogé cet été sur Europe 1, le président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré, a mis les points sur les "i" : "Nous n'avons pas de pouvoir de police judiciaire, nous ne pouvons pas faire de perquisitions, des saisies ! (...) On laisse entendre que nous aurions vérifié l'ensemble des comptes de la campagne de l'ancien président de la République. Non ! Ce n'est pas exact !, déclarait-il. Nous avons simplement dit que les griefs qu'il évoquait pour contester la décision de la CNCCFP étaient inopérants."

En se posant en victime, en expliquant que malgré ses "18 millions d'électeurs" (en réalité 16,8 millions) il n'a pas pu "toucher un centime" contrairement à un candidat comme Jacques Cheminade, Nicolas Sarkozy passe donc le fond du dossier sous silence.