Affaire Karachi : "On a le sentiment d'une justice à deux vitesses", réagit l'association anticorruption Sherpa après la relaxe d'Édouard Balladur

Après la relaxe de l'ancien Premier ministre Édouard Balladur dans le volet financier de l'affaire Karachi, William Bourdon renouvelle son appel à supprimer la Cour de justice de la République, une "forme de justice monarchique" qui est "obsolète".

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Radio France
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L'ancien Premier ministre Édouard Balladur lors de son procès dans le volet financier de l'affaire Karachi, à la Cour de justice de la République, à Paris, le 27 janvier 2021. (THOMAS COEX / AFP)

Avec la relaxe d'Édouard Balladur dans le volet financier de l'affaire Karachi, "on a le sentiment d'une justice à deux vitesses", a déclaré, jeudi 4 mars sur franceinfo, maître William Bourdon, fondateur de l’association Sherpa qui lutte contre la corruption. L'ancien Premier ministre était jugé pour des soupçons de financement occulte de sa campagne présidentielle malheureuse de 1995. Selon William Bourdon, avocat pénaliste, "il y a quelque chose évidemment qui ne manque pas d'interroger dans le fait que le principal bénéficiaire de ce réseau d'intermédiaires, à l'origine d'une mobilisation de moyens de paiement frauduleux, soit relaxé"

franceinfo : Que pensez-vous de la décision de la Cour de justice de la République dans l'affaire Karachi ?

William Bourdon : Tant mieux pour Balladur, ses avocats vont crier victoire, c'est de bonne guerre. Mais le fait que le principal bénéficiaire de ce réseau d'intermédiaires, à l'origine d'une mobilisation de moyens de paiement frauduleux, soit relaxé et par conséquent que les parlementaires, les juges disent que tout cela s'est fait dans son dos, en quelque sorte à son insu, il y a quelque chose évidemment qui ne manque pas d'interroger. Ensuite, il y a une double asymétrie, d'abord entre le sort de Balladur et celui qui était son principal ministre, et puis on a le sentiment d'une justice à deux vitesses également quand on se souvient du sort judiciaire fait aux principaux conseillers de ces deux hommes, Nicolas Bazire et Thierry Gaubert qui ont été condamnés à des peines lourdes d'emprisonnement en correctionnelle pour des faits absolument identiques il y a quelques mois. Tout ça évidemment ne peut qu'activer la conviction que la suppression de cette Cour est absolument indispensable.

Vous estimez toujours que la Cour de justice de la République "sent la naphtaline", comme vous le disiez en janvier sur franceinfo ?

C'est totalement obsolète et absurde au moment où les citoyens français attendent de la justice qu'elle fonctionne de façon absolument exemplaire, moderne, respectueuse des grands principes. Et elle le fait dans l'immense majorité des cas. La subsistance de ce remugle judiciaire, une forme de justice monarchique, ne peut qu'entretenir le sentiment d'une justice à deux vitesses, d'une justice marquée par un soupçon de mansuétude, d'indulgence dans des logiques qui, parfois, ne sont pas très éloignées de la logique de l'entre-soi, d'intérêts communs. Que dans une démocratie comme la France en 2021, des anciens ministres soient jugés par des parlementaires, même si la Cour est composée également de certains magistrats, est juste une aberration. La suppression de cette Cour est d'une urgence démocratique absolument évidente et tant qu'elle ne sera pas supprimée, les citoyens français risquent d'être alimentés dans le sentiment d'une justice un peu monarchique.

D'après vous, comment ça se fait que l'on n'arrive pas à juger les anciens ministres ?

Il faut se tourner vers les anciens présidents de la République et vers Emmanuel Macron. Les uns et les autres ont, la main sur le cœur, promis de supprimer cette institution obsolète. Est-ce qu'ils n'ont pas eu les moyens politiques ? Est-ce qu'ils ont manqué de courage ? Les raisons sont évidemment multiples, mais aujourd'hui, comme dans toutes les autres grandes démocraties européennes, les ministres, quand ils sont poursuivis pour des faits en lien avec l'exercice de leurs fonctions, devront être jugés par la justice ordinaire. Il n'y a aucune raison que soit maintenue une telle asymétrie et la décision ne peut que rendre plus urgente la nécessité de cette réforme.

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