Affaire Karachi : "Ce qui intéresse les familles, c'est de savoir comment les victimes ont été blessées et tuées"

Selon le porte-parole de l'Association française des victimes de terrorisme, il faut "tirer tous les fils de cette histoire afin de mieux comprendre les tenants et aboutissants de cet attentat". L'attentat de Karachi au Pakistan avait fait 15 morts en 2002.

Guillaume Denoix de Saint Marc, porte-parole et directeur général de l’Association française des victimes de terrorisme, le 19 septembre 2019.
Guillaume Denoix de Saint Marc, porte-parole et directeur général de l’Association française des victimes de terrorisme, le 19 septembre 2019. (LUDOVIC MARIN / POOL)

"Ce qui nous intéresse c'est de savoir comment les personnes ont été blessées et tuées. Il est important pour les familles que l'on puisse dénouer tous les fils de cette histoire. Il est important de bien voir que là on s'attaque au mobile éventuel des terroristes", a déclaré mardi 1er octobre Guillaume Denoix de Saint Marc, porte-parole et directeur général de l’Association française des victimes de terrorisme (AFVT).

Il réagit à l’annonce du renvoi d'Edouard Balladur et de François Léotard devant la Cour de justice de la République dans le volet financier de l'affaire Karachi. 15 personnes, dont 11 employés de la direction des chantiers navals de Cherbourg, sont mortes dans cet attentat, le 8 mai 2002.

franceinfo : Comment jugez-vous le renvoi d’Edouard Balladur et François Léotard devant la Cour de Justice de la République ?

Guillaume Denoix de Saint MarcJ'espère que cela permettra d'avoir des éléments de contexte. Ce qui nous intéresse, c'est de savoir comment les personnes ont été blessées et tuées. On voit qu'éventuellement il y aurait un lien avec une affaire financière. Il est important qu'on puisse dénouer tous les fils de cette histoire afin de mieux comprendre les tenants et aboutissants de cet attentat. On s'attaque là au mobile éventuel des terroristes. Comprendre le mobile, cela permettra de savoir qui a fait l'attentat, parce qu’il y a un lien entre le mobile et éventuellement les terroristes eux-mêmes. Les deux volets sont liés. Nous, nous sommes surtout actifs sur le volet terroriste, nous ne sommes pas partie civile dans le volet financier. Nous à l’Association française des victimes de terrorisme, nous ne voulons pas rentrer dans la partie financière. Mais je comprends tout à fait les familles qui suivent ça et nous sommes de notre côté aussi très vigilants.

Les familles ont eu pendant longtemps l'impression de ne pas être entendues ?

Tout à fait. C'est vraiment un combat de longue haleine. C'est très compliqué chaque fois qu'il y a un attentat à l'étranger de suivre l'enquête, de remonter les choses, et là le volet financier a été d'une opacité incroyable et n'a fait que ralentir l'enquête. C'est important qu'on puisse dénouer tout ça et comprendre les actions des uns et des autres et comprendre l'attentat lui-même.

Cela a-t-il un sens de juger cette affaire, plus de 15 ans après l'attentat de Karachi ?

Oui, c'est encore utile. On le voit bien avec les différents attentats quand on a pu juger Carlos, 40 ans après plein de choses sont ressorties, ce qui a été très important pour les victimes pour qui le temps n'est pas passé. Elles sont restés à la date de l'attentat c'est très important que justice passe, il faut garder la sérénité. Il faut garder aussi une distance suffisante par rapport à ce qui va se passer parce qu'on ne peut pas préjuger d'une condamnation ou pas. Mais en tout cas cela va permettre d'éclairer tout le monde, en particulier les victimes.

Vous pensez qu'on aura un jour la vérité dans cette affaire, les ingrédients semblent réunis pour ne pas la connaître ?

Oui, tous les ingrédients sont là pour l'opacité. Mais après 30 ans d'expérience dans le domaine terroriste, je m'aperçois que petit à petit on finit par savoir. Bien sûr, c'est long. Il y a des affaires sur lesquelles on va s'échiner pendant des années et des années mais on arrive en général au bout parce que de nouvelles personnes arrivent au pouvoir, parce qu'il y a un mouvement, parce qu’un pays tombe et donc au bout du bout on finit par savoir. Mais c'est très très long, c’est insupportable pour les victimes.