Les cinq temps forts de la première semaine du procès Bettencourt

Le premier volet des procès Bettencourt, qui porte sur les abus de faiblesse dont aurait été victime la milliardaire, s'est ouvert lundi à Bordeaux.

Le photographe François-Marie Banier arrive au tribunal de Bordeaux (Gironde), pour le procès Bettencourt, le 27 janvier 2015.
Le photographe François-Marie Banier arrive au tribunal de Bordeaux (Gironde), pour le procès Bettencourt, le 27 janvier 2015. (NICOLAS TUCAT / AFP)

Huit ans après le début de l'affaire Bettencourt, dix personnes sont jugées, depuis lundi 26 janvier, devant le tribunal correctionnel de Bordeaux (Gironde). Ce procès pour abus de faiblesse n'est que le premier chapitre d'une affaire complexe impliquant de nombreux protagonistes, plus ou moins proches de la milliardaire Liliane Bettencourt.

Francetv info a sélectionné cinq moments emblématiques de la première semaine d'audience, consacrée à l'examen des personnalités, qui s'achève vendredi 30 janvier.

La lettre de l'ex-infirmier lue au tribunal

Anéanti par sa mise en cause, Alain Thurin a tenté de se suicider, la veille de l'ouverture du procès. L'ex-infirmier de Liliane Bettencourt, qui devait comparaître à Bordeaux, est toujours dans le coma. Avant de commettre son geste désespéré, ce proche de la milliardaire a clamé son innocence à plusieurs reprises, dans des courriers adressés à la justice. Une dernière missive, vraisemblablement rédigée la veille de sa tentative de suicide, a été lue mercredi, à l'ouverture de l'audience.

Dans cette lettre adressée au Procureur de la République de Bordeaux, Alain Thurin, 64 ans, explique son geste. "La décision que je vais prendre demain dimanche avait déjà été réfléchie, seule la date restait à définir", écrit l'ex-infirmier de Liliane Bettencourt. Il y décrit sa peur de se trouver au tribunal, lui qui avait choisi de ne pas être représenté par un avocat. "Etre confronté à tous ces ténors du barreau serait très difficile, surtout sans preuve" pour étayer ses accusations, notamment contre le photographe François-Marie Banier, qu'il considère comme ayant abusé de sa patronne.

Le show de François-Marie Banier

Le photographe ami des stars est soupçonné d'avoir abusé de la faiblesse de la milliardaire. A 67 ans, l'homme se targue d'être un créateur touche-à-tout qui n'a pas le sens de l'argent. Sa défense : "J'avais de l'argent avant" de rencontrer Liliane Bettencourt. Il ne nie pas pour autant les largesses de son amie : "C'était de l'argent qu'il lui faisait plaisir de donner, ça lui procurait une grande joie !"

Mercredi, l'homme a assuré le spectacle, se vantant de son travail avec les créateurs Pierre Cardin et Yves Saint Laurent, ironisant à la lecture de témoignages accablants, jusqu'à se comparer à Stendhal :

François-Marie Banier se montre "vif, cabotin, cullotté, fantasque", raconte le reporter du Monde. Théâtral, le photographe clame : "Même si vous m'envoyez à Cayenne [dont le bagne est fermé depuis 1946], je serai heureux. (...) Ce serait une nouvelle expérience." Heureux, explique-t-il, car il aura à sa façon, défendu Liliane Bettencourt, en assurant qu'elle n'est pas une femme "fantoche" dont on peut abuser.

Les larmes de Patrice de Maistre

C'est un homme nettement plus discret qui s'est présenté jeudi devant la cour. Discret et abattu. Patrice de Maistre est soupçonné d'avoir obtenu plus de 12 millions d'euros de la vieille dame, entre 2007 et 2009. A peine arrivé à la barre, l'ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt a fondu en larmes à l'évocation de ses enfants, puis à nouveau en entendant le nom d'Alain Thurin, l'ancien infirmier qui a tenté de se suicider. "Pardonnez ce spectacle désolant, je suis émotif", sanglote-t-il.

Les accusations de Françoise Bettencourt-Meyers

"La devise, ce n'était pas diviser pour régner, mais briser pour régner, briser toute une famille ! Une destruction programmée." C'est ainsi que Françoise Bettencourt-Meyers analyse "l'escroc" François-Marie Banier. La fille de la milliardaire invoque beaucoup son père, mort en 2007, pour expliquer ses accusations contre le photographe. Père qui lui aurait dit : "Banier est un escroc. Un jour, il y aura un procès". "Nous y voilà", ajoute-t-elle.

Vendredi matin, elle décrit "la présence montée crescendo", à partir de 1993, du photographe dans la maison Bettencourt. Elle confirme les "relations amicales" qu'il entretenait au début avec sa mère, mais insiste sur "son besoin de tout savoir et tout gérer" de ses affaires.

Jean-Victor raconte sa grand-mère qui "déraille"

Alors que François-Marie Banier s'escrime à affirmer que Liliane Bettencourt avait toute sa tête, les descendants de la milliardaire donnent une autre version. Ils partagent leurs visions d'une grand-mère qui "n'était plus la même" depuis une chute, en Espagne, en 2006.

"On peut dire qu'elle déraillait. Dès septembre 2006, c'est très clair, et après, ça a été crescendo jusqu'à maintenant", a déclaré vendredi Jean-Victor Meyers, 28 ans, un de ses petits-fils. Il se rappelle de "plages de lucidité" chez la vieille dame, mais s'interroge sur la possibilité qu'elle ait été suffisamment clairvoyante pour signer le matin des "actes compliqués" alors que l'après-midi, elle ne sait plus si elle est chez elle "ou que son mari est décédé..."