"Je ne voulais pas de cet héritage" : quand l'infirmier de Liliane Bettencourt clamait son innocence

L'homme qui a tenté de se suicider avant le procès avait déjà fait part de son désespoir dans des lettres au procureur et au juge d'instruction.

L\'ex-infirmier de Liliane Bettencourt, Alain Thurin, dans un document de \"Complément d\'enquête\".
L'ex-infirmier de Liliane Bettencourt, Alain Thurin, dans un document de "Complément d'enquête". (COMPLÉMENT D'ENQUÊTE / FRANCE 2)

Alain Thurin est un homme anéanti par sa mise en cause judiciaire. L'ex-infirmier de Liliane Bettencourt, qui devait comparaître à Bordeaux à partir de lundi en compagnie de neuf autres prévenus, est toujours entre la vie et la mort, mardi 27 janvier, après avoir tenté de mettre fin à ses jours ce week-end. Un acte qui illustre de manière dramatique le désespoir qui habitait cet homme de 64 ans depuis que son nom est mêlé à l'affaire. Le Figaro et L'Obs révèlent deux lettres, l'une adressée il y a un an au juge d'instruction Jean-Michel Gentil, l'autre reçue il y a trois mois par le procureur de Bordeaux, dans lesquelles l'ex-infirmier clame son innocence et dévoile ses fragilités.

"J'avais les idées noires"

"Je ne voulais pas de cet héritage, je savais que c'était aller au-devant des problèmes", écrivait-il au procureur de Bordeaux fin octobre. Alain Thurin est justement renvoyé devant le tribunal car il apparaît sur le testament de Liliane Bettencourt, rédigé en 2011, comme le bénéficiaire d'une assurance-vie de 10 millions d'euros.

Il affirmait dans ce courrier n'avoir jamais rien demandé. "C'est mon épouse qui m'a téléphoné un matin pour me dire que sur Internet, on informait que j'avais de la part de Madame un héritage." Choqué par cette nouvelle, "j'ai erré dans le bois de Boulogne, sous la pluie, j'étais comme perdu sans savoir quoi faire (...), j'avais les idées noires", racontait-il.

Il y a un an, Alain Thurin s'était déjà plaint du sort qui lui était réservé dans une lettre au juge d'instruction Jean-Michel Gentil : "Mme Ramonatxo [l'une des deux autres juges d'instruction] a toujours pensé que je profitais de Madame, devant cet acharnement ma défense devenait impossible, las de tout, je signais même sans relecture les procès-verbaux, je n'avais qu'une hâte, partir." Dans son combat judiciaire, l'ancien infirmier avait refusé d'être défendu par un avocat, souligne Le Figaro. C'est donc seul qu'il devait répondre aux juges.

Amoureux de Liliane Bettencourt ?

Dans son courrier au procureur, Alain Thurin lève également le voile sur une vie qui ne l'a pas épargné. Père de deux enfants, dont l'un est autiste, il évoque longuement le trouble de développement de son fils et l'amour qu'il lui porte. Lui qui, issu d'un famille très modeste et placé rapidement en foyer, "n'a pas eu la chance d'avoir l'affection parentale".

Devant la juge Ramonatxo, sa relation ambiguë avec Liliane Bettencourt, dont il était très proche, avait été abordée. Dans une lettre à la milliardaire, l'infirmier commençait par les mots "Je t'aime". Interrogé par la juge pour savoir s'il en était amoureux, il répondait : "Non, pas de cette façon-là. (...) Madame m'a tellement impressionné que j'en oubliais la déontologie", expliquait-il dans le bureau de la juge.