Comment Copé compte revenir sur le devant de la scène

Selon nos informations, le président démissionnaire de l'UMP souhaite reprendre son activité d'avocat d'affaires. Et entend retrouver la scène médiatique dès le mois de septembre.

Le député-maire UMP de Meaux (Seine-et-Marne), Jean-François Copé, lors d\'un meeting à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 11 juin 2014.
Le député-maire UMP de Meaux (Seine-et-Marne), Jean-François Copé, lors d'un meeting à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 11 juin 2014. (MAXPPP)

Cette semaine, au siège de l'UMP, Jean-François Copé a fait ses cartons. Parmi d'autres effets personnels, au huitième étage du 238 de la rue de Vaugirard, le désormais ex-président du parti a soigneusement rangé une petite statuette, qui trônait jusque-là sur son bureau. Une figurine de Zorro, que sa mère lui a offerte un jour, et qu'il a toujours gardée. Copé ne l'a jamais cachée, bien au contraire. "Elle est très illustrante du combat que j'essaie de mener, expliquait-il il y a quelques années. Nous franchissons les haies les unes après les autres. Tantôt, on tombe de cheval, et puis on se relève immédiatement." 

Aujourd'hui, Jean-François Copé est à terre. Annoncée le 27 mai en pleine affaire Bygmalion, sa démission de la présidence de l'UMP prendra effet dimanche. "Je ne suis pas de ceux qui se lamentent, mais c'est une épreuve", concède-t-il. Au sein de sa famille politique, où ses ennemis sont légion, certains se réjouissent de ce brutal coup d'arrêt. Quelques-uns aimeraient même qu'il dure le plus longtemps possible. "Ça lui fera les pieds", tonne un lieutenant de François Fillon. C'est mal connaître Jean-François Copé. A peine parti, le député-maire de Meaux réfléchit déjà à la manière dont il fera son retour, et ce le plus vite possible. Du moins l'espère-t-il. A l'occasion de son pot de départ, jeudi matin, les salariés de l'UMP lui ont offert une affiche originale d'un film de 1937 : Le retour de Zorro.

"J'appuie sur pause. Mais pas pour me faire oublier !"

En réalité, "Zorro" n'entend pas franchement partir. A peine compte-t-il s'astreindre à "un silence médiatique" de quelques mois, comme plusieurs proches le lui ont conseillé. Devant ses derniers supporters, réunis mercredi soir à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Jean-François Copé a expliqué qu'il comptait "commencer par se taire, après avoir tant parlé, peut-être trop parlé. J'appuie sur pause. Mais pas pour me faire oublier… Ce serait insoutenable !"

La pause ne devrait pas durer bien longtemps. "Dans cette affaire Bygmalion, il est sûr de sa probité, développe l'un de ses plus proches collaborateurs. Ce qu'il souhaite, c'est être entendu le plus vite possible par les enquêteurs pour prouver son honnêteté. Si ça ne tenait qu'à lui, il aimerait même que la justice se prononce dès maintenant."

Jean-François Copé après son dernier meeting en tant que président de l\'UMP, le 11 juin 2014 à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).
Jean-François Copé après son dernier meeting en tant que président de l'UMP, le 11 juin 2014 à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). (MAXPPP)

En attendant, "il va pouvoir prendre un peu de recul, se consacrer davantage à sa famille, à ses proches, aux Meldois", énumère son ami Charles Beigbeder. "Il faut aussi qu'il en profite pour changer sa manière d'être : apparaître moins froid, plus proche des gens, moins ambitieux aussi… Se relooker, en quelque sorte !" sourit le député Claude Goasguen, qui fait partie de ses soutiens. De là à prendre ses distances avec le milieu politique…

"Proposer, le moment venu, un projet audacieux"

Dès la semaine prochaine, le député-maire de Meaux déposera à l'Assemblée nationale ses propositions de loi sur la transparence financière des partis politiques. Comme chaque semaine, il réunira mardi midi au Palais Bourbon les députés qui lui sont proches. Un rendez-vous hebdomadaire auquel il ne compte pas mettre un terme. De même qu'il compte continuer à siéger, en tant qu'ancien président de l'UMP, à tous les bureaux politiques statutaires du parti, réunions stratégiques qui seront désormais placées sous le patronage du triumvirat Fillon-Juppé-Raffarin.

En parallèle, il souhaite réactiver son micro-parti, Génération France. "A partir de la rentrée, on devrait organiser plus régulièrement des réunions publiques, des tables rondes thématiques…" détaille Charles Beigbeder, à qui Jean-François Copé a confié les clés de l'antenne parisienne. "L'idée, c'est d'être prêt à proposer, le moment venu, un projet audacieux aux Français, toujours autour du concept de droite décomplexée", décrypte un copéiste. Copé lui-même se dit que sa démission lui permettra de "retrouver une liberté" et de ne plus être "l'obligé de la synthèse". La réunion annuelle de Génération France dans les Bouches-du-Rhône, prévue fin août, devrait d'ailleurs être maintenue cette année.

Et dans un autre registre, Jean-François Copé a, selon nos informations, confié à plusieurs proches qu'il envisageait aussi de reprendre son activité d'avocat d'affaires. Une double activité qui lui avait valu, il y a quelques années, d'être accusé de conflits d'intérêts, et à laquelle il avait finalement renoncé au printemps 2013, pour "se consacrer exclusivement à sa famille politique". "Aucune loi ne le lui interdit. Maintenant qu'il n'est plus président de l'UMP, il retrouve sa liberté de mouvement", justifie l'un de ses relais à l'Assemblée.

"Même au pied du mur, il semble ne jamais douter"

Ce programme chargé en laisse plus d'un pantois. "Je ne sais pas comment il fait ! Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il a le cuir solide", s'étonne Claude Goasguen. "Copé est assez incroyable. Même quand il est au pied du mur, il donne l'impression de ne jamais douter. Il se brûle les doigts, et bientôt, il va nous dire que ça lui fait du bien !" observe, incrédule, un ancien ministre proche de François Fillon.

Jean-François Copé lors de son dernier meeting en tant que président de l\'UMP, le 11 juin 2014 à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).
Jean-François Copé lors de son dernier meeting en tant que président de l'UMP, le 11 juin 2014 à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). (MAXPPP)

L'avenir de Copé est effectivement loin d'être rose. Sa cote de popularité n'a jamais été aussi faible. Selon un sondage Ifop publié mercredi, il est la personnalité politique la moins appréciée des Français, tous partis confondus, avec 72% d'opinions négatives ! A l'intérieur du parti, où il n'était déjà guère populaire depuis sa guerre fratricide avec François Fillon, le scandale Bygmalion ne lui a pas franchement attiré des amis. "J'ai cru comprendre qu'à part Michèle Tabarot et trois ou quatre dixièmes couteaux, il n'y avait pas grand-monde à son pot de départ", raille un filloniste.

Copé n'en a cure. "Les militants savent qu'il n'a pas la main qui tremble, lui. Ils ne veulent pas l'eau tiède que leur proposent Fillon ou Juppé", commente un proche. Même si l'hypothèse semble très improbable, le désormais ex-président de l'UMP ne s'interdit pas totalement de se représenter au congrès de novembre. "Si la justice l'a mis hors de cause d'ici là, pourquoi pas ?" justifie un copéiste. "Quant aux primaires de 2016, tout est ouvert, veut croire Charles Beigbeder. Qui peut dire aujourd'hui quelles seront les forces en présence ? Certains devraient se rappeler cette phrase de Talleyrand : en politique, on ne meurt que pour ressusciter."