Affaire Bygmalion : le récit d'une folle journée à l'UMP

Lundi 26 mai a été marqué par les accusations de l'avocat de l'entreprise Bygmalion et les aveux contrits de l'ancien directeur adjoint de campagne de Nicolas Sarkozy.

Devant le siège de l\'UMP, à Paris, le 26 mai 2014.
Devant le siège de l'UMP, à Paris, le 26 mai 2014. (THOMAS SAMSON / AFP)

La hache de guerre est déterrée à l'UMP. Au lendemain d'un scrutin européen dont le FN est sorti grand gagnant, le parti a connu une folle journée, lundi 26 mai, marquée notamment par les accusations de l'avocat de l'entreprise Bygmalion et les aveux contrits de l'ancien directeur adjoint de campagne de Nicolas Sarkozy. Alors que François Fillon pourrait demander mardi la démission de Jean-François Copé, francetv info revient sur les principaux événements de la journée.

Acte 1 : Copé affirme qu'il ne savait "rien du tout"

Invité de BFMTV lundi matin, Jean-François Copé affirme qu'il ne savait "rien du tout" à propos des surfacturations présumées dont aurait bénéficié la société Bygmalion, dirigée par deux de ses proches, pour des prestations commandées par l'UMP.

"Je faisais confiance par définition aux gens dont c'est le métier, je n'avais pas vocation à repasser derrière", explique le numéro un de l'UMP, qui a déjà dit à plusieurs reprises qu'en tant que patron du parti, il n'avait "évidemment pas été au fait de [sa] gestion quotidienne".

Quelques heures plus tard, plusieurs sources indiquent que Jean-François Copé annoncera mardi aux membres du bureau politique le dépôt d'une plainte contre X, sans en préciser les motifs.

Acte 2 : Pierre Lellouche se dit victime d'une usurpation d'identité

Auditionné à sa demande par les enquêteurs de la police à Nanterre, le député UMP Pierre Lellouche annonce qu'il porte plainte pour usurpation d'identité. "On m'a volé mon nom et on l'a accolé à quelque chose de très probablement frauduleux", explique-t-il. Son nom aurait été utilisé sur une facture de 289 000 euros émanant de la société Bygmalion payée par l'UMP, pour un événement "dont [il] ignorai[t] tout", accuse-t-il.

Il en profite pour réclamer la tête de Jean-François Copé : "Clairement, la direction de l'UMP doit changer, assainir tout ça, définir une ligne politique et repartir de l'avant."

Acte 3 : Bygmalion accuse l'UMP d'avoir dissimulé des dépenses de campagne de Sarkozy

L'avocat de la société Bygmalion, Me Patrick Maisonneuve, est formel : des "fausses factures" ont été établies "à la demande de l'UMP" afin de dissimuler les comptes de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012. "C'est l'UMP qui a pris la décision d'établir des factures qui ne lui incombaient pas", assure le conseil de la société Bygmalion.

FRANCE 3

Selon lui, les prestations pour lesquelles les factures ont été établies ont bien été effectuées par Bygmalion, mais la nature des événements a été maquillée : ceux qui étaient présentés comme des conventions UMP étaient en réalité des événements de campagne. "On parle de l'affaire Bygmalion, moi je pense que c'est l'affaire des comptes de campagne du candidat Nicolas Sarkozy", lâche l'avocat. Selon lui, Bygmalion aurait même été victime d'un "chantage économique" de la part de l'UMP pour participer à ce système de fausses factures.

Acte 4 : l'UMP, le micro-parti de Copé et Bygmalion perquisitionnés

Dans l'après-midi, la police mène des perquisitions au siège de l'UMP, à Paris, mais aussi dans les locaux de la société Bygmalion. Les locaux du micro-parti de Jean-François Copé, Génération France, sont également perquisitionnés. Autre cible des enquêteurs : l'Association nationale pour la démocratie locale (ANDL), structure de formation des élus UMP présidée par Michèle Tabarot, très proche de Jean-François Copé.

Ces opérations sont menées par le parquet de Paris avec l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales.

Acte 5 : l'ex-directeur adjoint de campagne de Sarkozy passe aux aveux

A 19 heures, Jérôme Lavrilleux, à la fois ancien directeur de campagne adjoint de Nicolas Sarkozy et directeur de cabinet de Jean-François Copé, est l'invité de BFMTV. Pendant de longues minutes, la gorge nouée, il avoue que des meetings de Nicolas Sarkozy ont été indûment pris en charge par l'UMP. Surtout, il confirme les accusations de la presse selon lesquelles les dépenses de campagne du candidat Sarkozy auraient dépassé d'environ 11 millions d'euros le plafond autorisé par la loi.

VALERIE ASTRUC et CLAIRE-MARIE DENIS - FRANCE 2

"Je prends ma part de responsabilité", déclare-t-il, ravalant ses larmes, en regrettant de n'avoir "pas tiré la sonnette d'alarme dans un train qui filait à toute vitesse". Toutefois, il dédouane Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy, avec qui il n'aurait "jamais discuté" de ce sujet. Comme l'avocat de Bygmalion plus tôt dans la journée, il assure que ces fausses facturations n'ont débouché sur aucun enrichissement personnel.

Acte 6 : l'ex-trésorier de campagne de Sarkozy conteste

Pour Philippe Briand, qui dit avoir appris "avec consternation les déclarations" de Me Patrick Maisonneuve, "il n'a jamais été demandé d'imputer des dépenses sur le compte de l'UMP".

Selon l'ancien trésorier de campagne de Nicolas Sarkozy, toutes les manifestations auxquelles le candidat a pris part ont été financées sur un budget de 21,4 millions d'euros. "Il n'a jamais été question pour le directeur de campagne d'un dépassement" de ce budget, assure-t-il.

Acte 7 : Fillon s'apprête à réclamer la tête de Copé

Le bureau politique de l'UMP prévu mardi matin à l'Assemblée nationale s'annonce tendu. Selon les informations du journaliste de France 2 Guillaume Daret, François Fillon devrait profiter de cette réunion pour réclamer la mise en retrait de Jean-François Copé.

Au sein du parti, les tractations semblent s'accélérer pour trouver une sortie de crise. L'hypothèse d'un intérim assuré par Xavier Bertrand serait évoquée, mais n'aurait pas reçu l'accord de François Fillon.