Affaire Bygmalion : la défense de Copé mise à mal

Le président de l'UMP se défend d'avoir eu connaissance des comptes du parti. Mais sa version est contredite par une facture publiée par "L'Express". 

Le président de l\'UMP, Jean-François Copé, dimanche 25 mai 2014, à Paris. 
Le président de l'UMP, Jean-François Copé, dimanche 25 mai 2014, à Paris.  (FRED DUFOUR / AFP)

L'affaire Bygmalion, du nom de l'agence de communication appartenant à un proche de Jean-François Copé, continue de tourmenter le président de l'UMP. Mis en cause dans une affaire de malversations financières présumées, soupçonné d'avoir fait surfacturer des prestations aux frais de l'UMP, en 2012, il se défend, lundi 26 mai, d'avoir eu connaissance des comptes du parti. Ce qu'un document, publié par L'Express, tend à contredire.

 Acte 1 : la déclaration. "Ce n'est pas dans ma fonction de voir des factures"

Invité de RMC/BFMTV, le député-maire de Meaux a assuré n'avoir jamais eu sous les yeux les factures de l'UMP. Selon plusieurs médias, ces documents indiquent que certains évènements auraient été surfacturés, voire inventés de toute pièce. Or, en tant que président de l'UMP, Jean-François Copé n'a "évidemment pas été au fait de la gestion quotidienne" du parti, a-t-il expliqué. "Je n'ai jamais vu les factures, les chèques, etc, ce n'était pas dans ma fonction (...)", a-t-il martelé. 

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Enfin, le président de l'UMP a affirmé qu'il "faisait confiance par définition aux gens dont c'est le métier", et qu'il "n'avait pas vocation à repasser derrière"

Acte 2 : la révélation. Un contrat de 878 000 euros signé de sa main

Or, L'Express a publié, lundi, un contrat signé de la main du président de l'UMP, daté du 1er février 2012. Son montant : 878 000 euros. Son destinataire n'est pas la société Bygmalion, mais une autre entreprise, baptisée E-Makina, poursuit le site de l'hebdomadaire. Dirigée par Manuel Diaz, cette dernière a été désignée pour prendre en charge "toute la campagne numérique de l'ancien président lors de la dernière présidentielle", poursuit L'Express. "Le document de 15 pages est paraphé en bas de chacune d'elles par Jean-François Copé et signé à la dernière page, au-dessus de la mention 'Monsieur Jean-François Copé, secrétaire général'." 

Interrogé par L'Express, l'entourage du président de l'UMP explique que cela n'entame en rien sa défense : "Jean-François Copé ne signe pas les ordres de virement et ne voit pas passer les factures, ni les engagements de dépense, ni les devis. En revanche, sur les contrats, c'est le président qui intervient. C'est le cas pour les contrats de travail."

Acte 3 : l'action. Une plainte contre X déposée

"Il y a une enquête [judiciaire , je souhaite que l'UMP ouvre toutes ses portes, qu'elle se mette à la disposition pleine et entière de la justice", avait prévenu Jean-François Copé sur le plateau de RMC/BFMTV. Le président du parti va en effet porter plainte contre X dans le cadre de l'affaire Bygmalion. Un peu plus tôt, Pierre Lellouche [député de Paris] a également annoncé qu'il portait plainte pour usurpation d'identité, déjà dans le cadre de l'affaire Bygmalion.

Pour l'instant les motifs de cette plainte restent inconnus. L'une des sources a indiqué que Jean-François Copé annoncerait cette décision mardi aux membres du Bureau politique de son parti, qui seront réunis à son initiative à l'Assemblée.

Selon les informations du Nouvel Observateur"Jean-François Copé a contacté René Ricol [l’ancien commissaire général aux investissements] mercredi dernier, sur les conseils de Bruno Le Maire [député de l'Eure], pour lui demander de réaliser un audit des comptes de l’UMP." Toujours selon l'hebdomadaire, René Ricol aurait refusé. Mais il aurait par ailleurs "conseillé au patron de l’UMP de mettre en place une gouvernance financière renforcée avec un comité d’engagement qui validerait toute dépense avant qu’elle soit lancée."

Acte 4 : la réaction. L'avocat de Bygmalion dénonce le "chantage économique" de l'UMP

L'avocat de Bygmalion, Patrick Maisonneuve, affirme lundi que les "fausses factures" ont été établies "à la demande de l'UMP" afin de dissimuler les comptes de campagne de Sarkozy. "C'est l'UMP qui a pris la décision d'établir des factures qui ne lui incombaient pas", assure le conseil de la société Bygmalion. Selon lui, la société a subi un  "chantage économique" de la part de l'UMP, pour participer à ce système.

Selon lui, les prestations pour lesquelles les factures ont été établies ont bien été effectuées par Bygmalion, mais la nature des événements a été maquillée : ceux qui étaient présentés comme des conventions UMP étaient en réalité des événements de campagne. "On parle de l'affaire Bygmalion, moi je pense que c'est l'affaire des comptes de campagne du candidat Nicolas Sarkozy", a affirmé Patrick Maisonneuve.