Procès Bygmalion : l'organisateur des meetings de Nicolas Sarkozy décrit une double facturation

Au procès des comptes de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy de 2012, mercredi, Franck Attal, ex-cadre de Bygmalion, a expliqué à la barre la fuite en avant des meetings. Et comment certains ont été facturés à l'UMP.

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Radio France
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Franck Attal, ancien cadre de la filiale de Bygmalion qui organisait les meetings de Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2012, à son arrivée lors du procès, le 20 mai 2021. (AURELIEN MORISSARD / MAXPPP)

Après trois longues journées consacrées à des questions de procédure et à la lecture des faits, un premier prévenu est enfin entendu à la barre du procès de l'affaire Bygmalion, mercredi 26 mai. Ce personnage clef, c'est Franck Attal, le responsable de la filiale événementielle de Bygmalion, Event & Cie. C'est lui qui, en 2012, est contacté par Jérôme Lavrilleux, directeur adjoint de la campagne présidentielle du président sortant. C'est lui qui accompagnait Nicolas Sarkozy jusqu'à la scène, lors des meetings qu'il organisait de A à Z. Même si l'ex-président répétera à l'envi, aux enquêteurs comme sur les plateaux télé, qu'il n'a jamais entendu parler de cet homme, ni même de Bygmalion d'ailleurs.

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"Il fallait s'adapter tout le temps, se souvient Franck Attal à la barre. Rien n'avait été cadré à l'avance avec l'UMP et le candidat prévoyait quatre ou cinq meetings au départ. Puis les demandes se sont précipitées." Franck Attal en organisera au total 43, avec des exigences toujours plus importantes. "Fallait mettre le paquet, que ça pète !", précise-t-il. Des écrans de 100 mètres, des caméras autoportées, des meetings grandioses qui font s'emballer les dépenses au-delà du plafond légal autorisé.

"Ils nous ont demandé de facturer le reste à l'UMP"

"Lors d'une rencontre avec des responsables de la campagne, ils nous ont demandé de sous-facturer les événements à venir et de facturer le reste à l'UMP au motif de 'convention du parti de droite'." De fausses conventions. "Les bras m'en tombent à ce moment-là, explique Franck Attal au tribunal. Je sors du bureau, je vais tout de suite voir mon supérieur. Moins de 24 heures après, il me fait un retour. Mes boss ont validé."

Celui qui a été en fait l’intermediaire entre l’UMP et Bygmalion se défend bec et ongles, avec vigueur. Dès 2014, quand l'affaire Bygmalion éclate dans la presse, Franck Attal avait reconnu avoir été au courant de la fraude et à la suite du directeur adjoint de la campagne, Jérôme Lavrilleux, il avait également déballé tout ce qu'il savait, répondant même à de nombreuses interviews. Comme pour se délester de tout cela. Cela fait six ans qu'il reste sur sa même version. "Après que mes chefs ont donné le feu vert pour cette histoire de double facturation, moi, je n'interviens plus. Ce n'était plus mon sujet, je suis hors process", se dédouane Franck Attal.

"Les chiffres, c'est n'est pas mon métier"

La présidente, rigoureuse, ne lâche rien, fait diffuser à l'écran des tableaux Excel, des factures annotées, des devis, lui repose encore et encore les questions auxquelles il ne répond pas tout à fait. Franck Attal doit concéder : "Oui, l'intitulé des fausses conventions au cœur du système de maquillage, c'est bien moi qui l'ai transmis, de l'UMP aux comptables de chez nous ou chez Bygmalion", lâche-t-il. "Mais après, ça s'est arrêté là, insiste-t-il. Les chiffres, c'est n'est pas mon métier. Moi, j'avais le nez dans les questions d'éclairage, de son, de prestataires."

"Pour moi, à ce moment-là, tout le monde est au courant, de Nicolas Sarkozy à la fille de l'accueil. C'est une décision collégiale."

Franck Attal

au procès de l'affaire Bygmalion

A la suite de la rencontre de la mi-mars 2012 où est arrêté le système de ventilation des dépenses de campagne par des factures à l'UMP pour de fausses conventions, Franck Attal dit avoir eu le sentiment que ça n'était pas un secret à l'UMP. Il dit encore : "Après cette réunion, j'avais deux choix : tout arrêter ou poursuivre cette campagne. J'étais dans le tunnel de meetings en série. J'ai pensé que si j'arrêtais tout, beaucoup de monde allait y perdre : les salariés, les sous-traitants, le candidat qui était lancé..."

En somme, Franck Attal assume sa part, mais refuse de payer pour les plus gros. Pour ceux qui nient la fraude complètement ou leur implication. Le tribunal a sans doute entendu le plus prolixe des prévenus, mais il est encore loin de voir se dessiner clairement les responsabilités. Qui a eu l'idée du système de fausses factures ? Y a t-il eu concertation ? À quelle échelle ? Il reste trois semaines d'audience. Nicolas Sarkozy, lui, doit être entendu la semaine du 14 juin.

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