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A Roubaix, un public "désappointé" par la prestation d'Eva Joly

La candidate écologiste voulait faire de son meeting de Roubaix, samedi, une nouvelle rampe de lancement pour sa campagne. Mais dans la salle, le gros millier de spectateurs n'a pas franchement montré d'enthousiasme. 

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France Télévisions
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La candidate écologiste à la présidentielle, Eva Joly, entourée de la secrétaire générale d'Europe Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot, et du député Noël Mamère, le 11 février 2012 à Roubaix. (PASCAL ROSSIGNOL / REUTERS)

Une heure vingt de route, trois heures à écouter une dizaine d'intervenants, pour finalement quarante petites minutes de discours d'Eva Joly. A la fin du meeting de la candidate écologiste, samedi 11 février à Roubaix (Nord), Pascal, 47 ans, ne fait pas mystère de sa déception. "Plus encarté depuis l'an dernier, mais toujours sympathisant", il a fait la route seul pour écouter sa favorite - "ma femme, elle ne s'intéresse pas à la politique". Comme beaucoup à la sortie de la salle Watremez, ce fonctionnaire venu de Doullens (Somme) fait la moue. "J'avais lu dans la presse que ça devait être un gros meeting, que ça devait être le vrai lancement de sa campagne. C'est pour ça que j'ai fait le trajet. Résultat, je suis plus inquiet encore en partant qu'en venant." 

Alors que sa favorite plafonne à 2 ou 3 % dans les sondages, il reste pourtant convaincu qu'"Eva porte le projet le plus intéressant à gauche". Oui mais voilà, "sur la forme", il espérait "un sursaut". "La vérité, c'est que je me suis ennuyé comme jamais". Non loin de lui, Philippe, 62 ans, psychologue en retraite, ne dit pas autre chose. Lui n'a pas eu la route à faire - il habite Villeneuve-d'Ascq, une ville frontalière de Roubaix -, mais n'en est pas moins "désappointé" par la prestation d'Eva Joly. Confiant avoir voté pour Nicolas Hulot lors de la primaire écolo, il déplore "le manque de capacité d'Eva à transporter les foules, à convaincre les gens". "Quand on voit Mélenchon à côté... Mon regret, c'est qu'il ne soit pas écologiste !", dit-il dans un sourire qui n'enlève rien à sa frustration.

Plus tôt dans l'après-midi, pourtant, la secrétaire générale d'Europe Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot, avait exhorté le public à ne pas écouter "les casse-couilles et les pisse-froid" qui s'interrogent sur la pertinence de la candidature Joly. Dans un ton similaire, le député Noël Mamère avait, lui aussi, voulu rassurer les partisans de l'ancienne magistrate : "N'ayez pas peur de passer pour des cons ! Soyez fiers de vos idées, fiers de votre projet ! Avec Eva, c'est du sérieux !". D'autant que son entourage l'avait répété en boucle : ce samedi après-midi, Eva Joly allait se lâcher. Ne pas lire ses notes. Briser la glace, en quelque sorte. 

"Je me suis demandé si elle était heureuse d'être là"

Mais lorsqu'elle entre en scène, la candidate écologiste est comme rattrapée par la réalité. Création d'un million d'emplois d'ici à 2020 grâce à la sortie du nucléaire, augmentation de 50 % des minima sociaux, nouvelles tranches d'impositions, remise en cause des peines planchers et de la loi Hadopi... Sur un ton parfaitement monotone, elle égraine quarante minutes durant quelques unes des 115 propositions que contient son projet présidentiel. A chaque fois, les applaudissements sont timides, polis.

"Les idées sont bonnes. On est tous d'accord là-dessus. Reste à voir leur mise en application", glisse Claudine, une sexagénaire venue de Neuville-en-Ferrain (Nord). "Aura-t-on les moyens de tout faire ? Je n'en suis pas sûr... Et lorsqu'on va devoir défendre ça à la télé quand la campagne aura vraiment commencé, on va s'en prendre plein la tête", redoute également Francis.

"Elle parlait tellement doucement à certains moments que je n'arrivais pas à comprendre ce qu'elle disait", pointe encore, Myriam, 45 ans, la mine dépitée. Et lorsqu'Eva Joly achève son discours, point de ferveur. A peine si le public se lève pour l'applaudir une dernière fois. "Quand je l'ai regardée sur les écrans géants, alors qu'elle était rejointe par Duflot, Mamère et compagnie, je me suis demandé si elle était heureuse d'être là, ou si c'était un supplice", confie Pascal. Tout en reconnaissant mener "une campagne difficile", l'intéressée l'assure pourtant : "Je n'ai jamais arrêté de prendre du plaisir dans cette campagne". Sur ce point, pas sûr que le meeting de Roubaix ait levé tous les doutes.

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