A Marseille, la jeune génération du FN frétille

Francetv info a suivi deux candidats frontistes aux municipales durant toute une journée des universités d'été du parti, à Marseille. 

Jordan Grosse-Cruciani, le secrétaire départemental Front national des Vosges pose pour sa photo officielle lors de l\'université d\'été du parti à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 14 septembre 2013.
Jordan Grosse-Cruciani, le secrétaire départemental Front national des Vosges pose pour sa photo officielle lors de l'université d'été du parti à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 14 septembre 2013. (ELODIE DROUARD / FRANCETV INFO)

Jordan Grosse-Cruciani a 23 ans. Moulé dans un costume noir, un clou doré dans l'oreille droite et la mèche châtain clair gominée en vaguelette sur le front, il est "SD" (secrétaire départemental) des Vosges. Pierre Ducarne a 22 ans, une veste sombre sur un jean, le regard noisette souriant derrière des petites lunettes carrées, il est tête de liste à Nancy (Meurthe-et-Moselle). Adhérents depuis 2011, ils sont le nouveau visage mis en avant par le Front national en vue des municipales et lors de ses universités d'été à Marseille, samedi 14 et dimanche 15 septembre. Francetv info les a suivis durant une journée, entre réseautage dans le hall principal et participation aux ateliers. 

"C'est beaucoup de redite"

"Oula, on ne va pas tout faire", glisse Pierre d'emblée en jetant un œil au programme de la journée, les bouclettes brunes collées par le trajet de dix heures et demi en train de nuit, dont il débarque à peine. Après hésitation, ils optent pour l'atelier "campagne électorale : les pièges à éviter". Le jeune candidat, étudiant en droit, en ressort avec seulement un recto de notes organisées en I, II et petits tirets soignés dans son cahier. "C'est beaucoup de redite", explique-t-il, transpirant et dubitatif. Comme Jordan, il a déjà suivi la formation de deux jours au siège du parti à Nanterre, alors le Code électoral, il gère. 

Direction la conférence sur le programme économique du FN, Jordan, titulaire d'un master de sciences politiques, frétille à l'idée de "poser une question bien chiante" sur une promesse qui lui semble inefficace. Ils sont arrêtés en chemin par des connaissances à saluer, puis par une journaliste du Nouvel Obs, entre autres sollicitations médiatiques qu'ils n'oublient pas de partager sur Twitter, avec Florian Philippot, n°2 du parti, en copie. Ils espèrent d'ailleurs manœuvrer habilement pour partager sa table au dîner de gala du soir. 

"Comme par magie, on va redevenir une nation prospère"

De justesse, le "SD" alpague Nicolas Pavillon, économiste et membre du conseil scientifique du FN, à sa descente de l'estrade. Dans son programme, le FN promet de diminuer le prix de l'essence pour les ménages grâce à une baisse de 20% de la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers). Mais Jordan estime que ce n'est pas valable si, dans le même temps, le prix des matières premières flambe à cause de la dévaluation préconisée par le même programme.

"Les variables d'ajustement sont illimitées", botte en touche l'expert, pochette cartonnée sous le bras, qui minimise : "C'est une fraction du PIB, des techniques, il y en a plein". Et d'enchaîner les digressions pour en arriver à la conclusion : "En fait, il suffit de récupérer notre souveraineté et là, vous allez voir que, comme par magie, on va redevenir une nation prospère." 

Pierre Ducarne, tête de liste Front national pour les municipales à Nancy (Meurthe-et-Moselle) assiste à une conférence lors de l\'université d\'été du parti à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 14 septembre 2013.
Pierre Ducarne, tête de liste Front national pour les municipales à Nancy (Meurthe-et-Moselle) assiste à une conférence lors de l'université d'été du parti à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 14 septembre 2013. (ELODIE DROUARD / FRANCETV INFO)

"Faites-nous des fiches !" réclame Pierre, soufflé par la démonstration. Celles qui existent comportent état des lieux, ce que le FN propose et éléments de langage, "mais on n'a pas le raisonnement ni les arguments", regrette-t-il. Car il lui en faut, quand il s'agit de se défendre sur les marchés, mais aussi auprès de sa mère "plutôt tendance UMP", et de son père, socialiste, qui "aurait préféré qu'il choisisse Martine [Aubry] plutôt que Marine". Une mini pizza avalée en face du Parc Chanot plus tard, Pierre est en bras de chemise, "si ça ne tenait qu'à moi, j'irais bronzer" et Jordan préconise d'aller prendre la photo pour les affiches officielles au plus vite, histoire de pouvoir faire tomber la cravate. 

"Jean-Marie Le Pen, on sait de quoi il va parler"

Finalement, le premier se traîne à la conférence sur "les collectivités locales face à l'Europe totalitaire" ("les problèmes européens, ça m'intéresse, mais je les connais, c'est bien pour ceux qui n'ont pas lu le programme en détail"), tandis que le second a une réunion obligatoire de responsables départementaux, à huis-clos. Mais ils ont d'ores et déjà décidé de faire l'impasse sur la conférence de Jean-Marie Le Pen : "Il est prévisible, on sait de quoi il va parler."

A ce sujet, les deux compères, qui se revendiquent gaullistes et anciens sympathisants UMP, aimeraient qu'on parle "plus souvent des autres propositions du FN". Quand un ancien vitupère en parlant "des Arabes" dans une contre-allée, ils glissent "faut pas écrire ça, c'est pas un vrai… enfin si!", comprenez, un du FN ancienne génération, sulfureux, dont ils se désolidarisent.

Soigner l'image du parti

Le leur, c'est celui de "Marine", qui déclarait en 2011 : "Qu’on soit homme ou femme, hétérosexuel ou homosexuel, chrétien, juif, musulman, on est d’abord Français !" Et ils ont bien compris comment soigner l'image du parti. Quand Pierre discute avec un militant de Strasbourg, ça balance sévère. Sur quoi ? "Des bisbilles internes… qui n'existe pas officiellement, hein", sourit-il d'un air entendu. Autour de la buvette, qui sert du rosé à un rythme soutenu, on échange autant des ragots sur la vie privée des membres du parti que des astuces. Comme celle de bidouiller des attaches fiscales à des candidats afin de boucher les trous de la liste. 

Ou celle, pour "brouiller les pistes", qui consiste à utiliser les noms de jeunes filles et les deuxièmes prénoms des candidats réticents, du type petits commerçants qui ne voudraient pas perdre leur clientèle en étant associés au FN. "Rien que pour ça, je suis content d'avoir fait toutes ses bornes", se congratule un quinqua candidat à Sarreguemines (Moselle), venu "tout seul" et un peu désorienté. Pierre s'en débarrasse dans une pirouette aimable, il doit encore répondre à Libération et Europe 1 avant d'aller passer une chemise propre et une veste noire pour le gala. Pas de cravate ? "Faut pas se vieillir trop tôt !"