Exposition : « Sabine Weiss – Les villes, la rue, l’autre », au Centre Pompidou, jusqu’au 15 octobre

L’exposition présente près de 80 photographies des années 1945 à 1960, sur le thème de la rue, et pour la plupart inédites. Des beautés simples, des moments suspendus de repos ou de rêverie, le quotidien de l’Europe d’après-guerre vu par l’ultime représentante de la photographie humaniste.

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Exposition \"Sabine Weiss - Les villes, la rue, l\'autre\"
Exposition "Sabine Weiss - Les villes, la rue, l'autre" (Centre Pompidou)

Sabine Weiss est aujourd’hui la dernière représentante du grand courant de la photographie dite humaniste. Ce courant, typiquement français, a souvent été à tort réduit à des images sentimentalistes. Les photographes humanistes français, pour la plupart réunis au sein de l’agence Rapho (Edouard Boubat, Robert Doisneau, Jeanine Niépce, Willy Ronis…) ont rendu compte de leur époque en adoptant une démarche d’observation sociologique et non critique. Sabine Weiss, comme ses collègues, s’intéresse au quotidien. Dans ces photographies, réalisées pour elle-même, dans les moments libres, elle pose un regard à la fois doux et compréhensif sur les habitants de sa ville.

L’exposition propose de réactualiser le regard posé sur cette production, riche et variée, qui par bien des aspects dépasse le seul contexte de la photographie humaniste. Cette nouvelle lecture du travail de Sabine Weiss est rendue possible par la mise en regard de ses archives personnelles avec ses oeuvres et celles de quatre artistes contemporains – Viktoria Binschtok, Paul Graham, Lise Sarfati et Paola Yacoub – qui travaillent sur la thématique de la rue et de la ville contemporaines, avec des approches radicalement différentes, mais qui font écho à la démarche de la photographe. Découvrez le parcours de l’exposition.

Villes de brume et de lumière

Les villes, et surtout Paris, brillent et scintillent dans l’objectif de Sabine Weiss. La photographe n’a peur ni des reflets tremblants, ni des flous, ni des brumes qui estompent les premiers plans. Elle incarne le courant de la photographie humaniste mais certaines recherches formelles sont aussi caractéristiques de la photographie dite « subjective ». Dans ses balades photographiques à travers la ville, Sabine Weiss se libère des contraintes techniques et produit des images surprenantes, où le vacarme de la cité semble avoir disparu. Ces moments de liberté, dans ce Paris apaisé, appareil photo en main, sont des moments de douceur.

La vie des villes

Durant presque vingt ans, Sabine Weiss photographie Paris, sa ville d’adoption. Elle aborde les citadins avec humilité et naturel, sensible aux scènes sans importance. Elle aime les sons et les couleurs de la vie urbaine, se plaît à sillonner les terrains vagues de la banlieue, peuplés d’enfants espiègles et joueurs. L’humain est au centre de ses photographies, sans jamais porter de jugement, d’analyse ou de regard critique. Ce travail personnel est presque entièrement dévolu au quotidien des gens, de toutes les origines sociales, dans les rues des villes.

SABINE WEISS / Paris, France, 1954 / épreuve gélatino-argentique21 x 30,3 cm / Collection Centre Pompidou, Paris
SABINE WEISS / Paris, France, 1954 / épreuve gélatino-argentique21 x 30,3 cm / Collection Centre Pompidou, Paris (© Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/Dist. RMN-GP © Sabine Weiss)

Moscou

Sabine Weiss se rend à Moscou en 1961 pour photographier les Ballets russes. C’est l’époque de Nikita Khrouchtchev, en pleine guerre froide, mais la terreur stalinienne est déjà loin. La mission de Weiss – une commande du magazine Vogue – n’a rien de politique. La journée, elle déambule dans la ville et tombe par hasard sur une fête nationale. Elle y photographie les parades, typiques des régimes totalitaires, organisées pour démontrer l’unité du peuple. Elle s’attache également à montrer les scènes périphériques de la fête avec ses observateurs distanciés.

New York

Sabine Weiss se rend régulièrement à New York en compagnie de son mari américain, Hugh Weiss. Là-bas, elle noue rapidement des contacts professionnels et son travail est très bien reçu par la presse et diverses institutions. Lors de deux de ses voyages, en 1955 et 1962, elle photographie abondamment la ville, d’abord pour elle-même, puis en réponse à une commande du New York Times Magazine. Loin de la douceur des vues parisiennes, ces photographies, bouillonnantes, rapides, embrassent le mouvement de la mégapole. Le rythme de New York impose un autre regard.

SABINE WEISS / New York, Etats-Unis, 1955 / épreuve gélatino-argentique / 23,3 x 30,3 cm / Collection Centre Pompidou, Paris
SABINE WEISS / New York, Etats-Unis, 1955 / épreuve gélatino-argentique / 23,3 x 30,3 cm / Collection Centre Pompidou, Paris (© Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/ Dist. RMN-GP © Sabine Weiss)

Séquences

Dans les archives de Sabine Weiss, plusieurs scènes sont captées en séquences par la photographe. Ces séries de photographies peuvent présenter un aspect anecdotique, telle la scène à l’hippodrome ou bien s’approcher du sujet d’étude, comme la série des enfants dans le terrain vague. Cette méthode devance des démarches d’artistes contemporains.

Retrouvez une visite guidée de l’exposition. Interview de Sabine Weiss par Anne Chépeau, montage vidéo : Jean-Luc Grzeskowiak.

Plus d’informations sur le site du Centre Pompidou