Exposition : « Dora Maar » au Centre Pompidou, jusqu’au 29 juillet

Au travers de plus de 500 œuvres et documents, le Centre Pompidou propose la plus grande rétrospective jamais consacrée en France à l’œuvre de Dora Maar. De l’ouverture de son studio à ses engagements politiques, de sa participation au mouvement surréaliste à sa rencontre avec Picasso, l’exposition retrace le parcours d’une artiste accomplie, intellectuellement libre et indépendante.

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© Adagp, Paris 2019Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. RMN-GP
© Adagp, Paris 2019Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. RMN-GP (© Adagp, Paris 2019 Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. RMN-GP)

Le Centre Pompidou propose la plus grande rétrospective jamais consacrée en France à l’œuvre de Dora Maar (1907-1997). Photographe professionnelle et surréaliste, puis peintre, Dora Maar jouit d’une incontestable reconnaissance alors même que certains aspects cruciaux de sa pratique artistique restent méconnus. L’exposition propose ainsi de déployer tous les volets de son travail afin de lui restituer son statut d’artiste, prévalant assurément sur celui de modèle, auquel sa relation intime avec Pablo Picasso la limite trop souvent.

Une ambition artistique

Dora Maar appartient à cette génération de femmes aux ambitions artistiques qui s’émancipent professionnellement dans le métier de photographe, notamment grâce au développement du marché de la presse illustrée et de la réclame dans les années 1930. Issue d’un milieu bourgeois, fille d’un architecte ayant fait carrière en Argentine, Henriette Théodora Markovitch, dite Dora Maar, s’inscrit en 1923 à l’École des arts appliqués pour femmes, autrement appelée « Comité des dames », dépendant de l’Union centrale des arts décoratifs. Hésitant à poursuivre une carrière de peintre, elle suit des cours à l’Académie Julian et auprès d’André Lhote avant de compléter sa formation à l’École photographique de la ville de Paris.

© Adagp, Paris, 2019Photo © Centre Pompidou,MNAM-CCI / A. Laurans / Dist. RMN-GP
© Adagp, Paris, 2019Photo © Centre Pompidou,MNAM-CCI / A. Laurans / Dist. RMN-GP (AUDREY LAURANS)

Affirmation photographique

En 1931, elle reçoit ses premières commandes et ouvre la même année un studio photographique avec le décorateur de cinéma Pierre Kéfer, au 45 bis boulevard Richard Wallace à Neuilly-sur-Seine. Portrait, mode, projets publicitaires sont leurs spécialités. Au cours de cette collaboration, ils publient dans une vingtaine de périodiques tels qu’Excelsior Modes, Heim, Le Figaro illustré, Femina, ou encore Beauté Magazine. Sur la scène photographique parisienne, Dora Maar se distingue déjà à l’époque par son « style » comme le note l’historien d’art Jean Cassou et par sa manière « de jouer avec les lumières, d’obliger les ombres à ne pas grimacer », comme le relève Jacques Guenne dans L’Art Vivant, en 1934.

 Engagement politique et Surréalisme

Après l’ouverture de son propre studio au 29 rue d’Astorg à Paris en 1935, Dora Maar continue ses travaux de commande tout en se rapprochant du cercle des surréalistes dont elle partage l'engagement antifasciste et politique. La rencontre avec les surréalistes est aussi artistique. À l’instar de Man Ray et de Hans Bellmer, elle fait partie des rares photographes exposés lors des grands événements du mouvement tel qu'en 1936, l’International Surrealist Exhibition à la New Burlington Galleries de Londres ou encore à la Galerie Charles Ratton, à Paris pour L’exposition d’objets surréalistes. Les désormais célèbres Portrait d’Ubu et Le Simulateur – datées de 1936 – sont à ce titre les oeuvres les plus régulièrement exposées.

Rencontre avec la peinture

Le réseau surréaliste la met sur les pas de Pablo Picasso qu’elle rencontre au tournant des années 1935-1936. Leur complicité les conduit à collaborer autour de Guernica au printemps 1937. Révélant le processus de création de la fameuse toile, Dora Maar en photographie les diverses étapes. Cette fascination mutuelle menant à une liaison de plusieurs années conduit Dora Maar à progressivement se réinventer sur le plan artistique. Si elle expose encore des photographies en 1939, la peinture prend quant à elle de plus en plus le pas dans ses recherches. D’abord inspirée par Picasso, elle trouve peu à peu son style durant l’Occupation dans des peintures sombres, intimes et empreintes d’une gravité et d’un sentiment de solitude typique de la période, ceci avant de se consacrer à un travail sur le paysage la menant vers l’abstraction dans les années 1950.

© Adagp, Paris 2019Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. RMN-GP
© Adagp, Paris 2019Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. RMN-GP (© Adagp, Paris 2019 Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. RMN-GP)

Une œuvre aussi prolifique que partiellement méconnue

La dispersion de son atelier après son décès en 1997 a révélé de manière éphémère un travail de création artistique quotidien et prolifique. Cependant, son retrait progressif de la scène artistique explique la méconnaissance actuelle de cette partie de son oeuvre et notamment de son retour surprenant à la photographie au cours des années 1980. Cette fois-ci sans appareil, elle réalise des photogrammes avec ses gestes de peintre : cette union marquant la réconciliation par l’artiste des deux modes d’expression.

Une exposition inédite

L’activité photographique artistique et commerciale de Dora Maar des années 1930 est bien représentée dans la collection du Centre Pompidou, grâce aux tirages acquis depuis les débuts de la constitution de la collection, ceux rentrés avec la collection Bouqueret et grâce à l’achat, en 2004, du fonds de près de 1900 négatifs et 300 tirages contacts. Néanmoins, contrairement aux autres fonds d’atelier de la collection de photographies parmi lesquels Man Ray, Brancusi, Brassaï ou encore Eli Lotar, celui de Dora Maar n’avait jusqu’à ce jour jamais fait l’objet d’une présentation d’envergure. Cette rétrospective, la plus grande en France mais aussi la première dans un musée national est donc l’occasion unique de rassembler une oeuvre dispersée dans plusieurs collections publiques et privées en France et à l’étranger, tout en proposant une nouvelle lecture. Elle est préparée en coproduction avec le J. Paul Getty Museum de Los Angeles et en collaboration avec la Tate Modern à Londres, qui l'accueilleront en 2019-2020.

Plus d’informations sur le site du Centre Pompidou