Cinéma : « Ceux qui travaillent » un film d’Antoine Russbach en salles le 25 septembre

Cadre supérieur dans une grande compagnie de fret maritime, Frank consacre sa vie au travail. Face à une situation de crise à bord d’un cargo, Frank, prend seul et dans l’urgence, une décision qui lui coûte son poste. Profondément ébranlé et trahi par un système auquel il a tout donné, le voilà contraint de remettre toute sa vie en question.

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 CEUX QUI TRAVAILLENT - CONDOR DISTRIBUTION 2019
 CEUX QUI TRAVAILLENT - CONDOR DISTRIBUTION 2019 (CEUX QUI TRAVAILLENT - CONDOR DISTRIBUTION 2019)

Extrait d’entretien avec Antoine Russbach*

Ceux qui travaillent s’inscrit dans un projet de trilogie. Comment ces trois films vont-ils être reliés ?

Antoine : Initialement, j’avais le désir de réaliser un film choral intitulé CEUX QUI TRAVAILLENT, CEUX QUI COMBATTENT et CEUX QUI PRIENT, dans l’idée d’esquisser un état général de la société. C’était un projet ambitieux, complexe et coûteux, dont j’ai débuté l’écriture à l’issue de mes études cinématographiques en Belgique. Puis cette idée s’est transformée en projet de trilogie articulée autour du modèle médiéval formé par le tiers état (CEUX QUI TRAVAILLENT), la noblesse (CEUX QUI COMBATTENT) et le clergé (CEUX QUI PRIENT).

Cette structure tripartite permet de mettre en évidence la difficulté de trouver sa propre place aujourd’hui, contrairement à ce qui se passait dans une société plus traditionnelle, où chacun avait un rôle prédéfini. Bien que ce système médiéval soit problématique à plein d’égards, il permettait probablement d’éviter cette souffrance de ne pas savoir quelle était sa place. Notre société actuelle nous fait comprendre qu’on peut faire mieux, aller plus loin et nous fait douter de notre rôle. Mes personnages font écho à ces anciennes fonctions sociales et répondent à des questions fondamentales : qui nous nourrit, qui nous défend, qui prend soin de nos âmes ? CEUX QUI TRAVAILLENT répond au premier questionnement. Qui, en effet, remplit nos supermarchés ?

Comment en êtes-vous arrivé à vous intéresser au secteur du fret maritime ?

Antoine : J’avais lu Splendeurs et misères du travail d’Alain de Botton, un philosophe et écrivain suisse qui vit à Londres. Dans une de ses histoires, il suivait la trajectoire d’un poisson pané de l’assiette d’un enfant jusqu’au pêcheur en décrivant chaque étape. J’avais trouvé ce texte magnifique et inspirant. Avec mon coscénariste Emmanuel Marre, nous nous sommes beaucoup documentés sur ce sujet et avons rencontré des professionnels du secteur du fret. En discutant avec eux, j’ai réalisé qu’ils ne voyaient jamais ces bateaux, ce qui me paraissait extraordinaire. Ces navires sont des points sur des cartes. Cela rend compte de la semi virtualité du monde dans lequel nous vivons.

Votre film fait un va-et-vient constant entre le concret et l’abstrait, entre l’individuel et le collectif…

Antoine :  Tout l’enjeu du film est de parvenir à montrer ce rapport entre l’individu et le collectif de façon  complexe et non idéologique. Les films sociaux induisent la plupart du temps une aliénation de l’individu par la société, dans la continuité d'une vision marxiste de la domination. Dans CEUX QUI TRAVAILLENT, l’individu est responsable de ses actes et de son devenir. C’est tout l’intérêt de faire un film social du point de vue de la classe dominante et dans un pays riche, la Suisse, où le chômage est de 3 % et baisse chaque année. Cela permet de questionner le modèle dans lequel nous vivons. Mon coscénariste a lu un livre des années 1980 sur l’idéologie des cols blancs.

CEUX QUI TRAVAILLENT - CONDOR DISTRIBUTION 2019
CEUX QUI TRAVAILLENT - CONDOR DISTRIBUTION 2019 (CEUX QUI TRAVAILLENT - CONDOR DISTRIBUTION 2019)

En substance, il y est expliqué que le travailleur en col bleu est aliéné par son contremaître dans un rapport de domination très clair ; et que le système fait croire, en revanche, au col blanc qu’il est son propre chef, ce qui est une illusion. Le col blanc serait donc auto-aliéné. C’est dans cette idéologie-là que s’inscrit le personnage de Frank. Je ne voulais pas faire un film qui fustige le système et le déclare responsable de l’aliénation des travailleurs, ni un film qui pointe du doigt des grands cyniques qui ruinent le monde, car tout cela aurait fini par rassurer le spectateur dans une vision dogmatique du problème. Or nous sommes dans un système construit par des individus et nos défaillances morales s'y reflètent peut-être. Le film questionne plutôt la nature humaine et son impact dans les systèmes que nous construisons. Il vise à faire réfléchir le spectateur à son rôle, sa place et sa responsabilité dans cette société, à lui ouvrir les yeux. 

 *entretien issu du dossier de presse

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