Venezuela : quatre questions sur l'élection de l'Assemblée constituante, qui a plongé le pays dans le chaos

L'élection de l'Assemblée constituante au Venezuela s'est déroulée dans le chaos, dimanche. Franceinfo fait le point sur ce qu'il faut retenir de cette journée de vote et sur ce qu'il faut attendre pour la suite.

Des opposants au président Maduro manifestent à Caracas, le 30 juillet 2017.
Des opposants au président Maduro manifestent à Caracas, le 30 juillet 2017. (CARLOS GARCIA RAWLINS / REUTERS)

Le scrutin pour désigner les 545 membres de l'Assemblée constituante vénézuélienne a eu lieu dimanche 30 juillet, dans une ambiance extrêmement tendue.

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De violents affrontements ont eu lieu à Cararas, la capitale, et dans d'autres villes du pays, lors de batailles rangées parfois meurtrières. Le bilan est très lourd : dix personnes sont mortes, dont deux adolescents de 13 et 17 ans. Franceinfo fait le bilan de cette journée de vote. 

1Comment s'est déroulé le scrutin ?

Gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc et jets de pierre. Le vote s'est déroulé dans un climat de violence extrême, dimanche. Forces de l'ordre et opposants au président Nicolas Maduro se sont affrontés dans des batailles rangées, parfois meurtrières. 

Au total, plus de 8 millions de Vénézuéliens se sont rendus aux urnes, portant la participation à 41,5%, selon le Conseil national électoral (CNE). "Le moment d'une nouvelle histoire est arrivé", s'est félicité Nicolas Maduro.

De leur côté, les opposants au président ont boycotté le vote et n'ont pas présenté de candidat. Ils avaient appelé à une manifestation géante à Caracas en dépit des menaces du gouvernement de condamner à dix ans de prison toute personne qui ferait entrave au scrutin. Des militaires sont intervenus à bord de véhicules blindés dans la capitale, mais aussi à Maracaïbo (ouest du pays) et Puerto Ordaz (Sud-Est), pour disperser des manifestants qui bloquaient les rues avec des barricades. 

2Quel est le bilan de cette journée de vote ?

Dix personnes sont mortes ce week-end : quatre, dont deux adolescents et un militaire, dans l'Etat de Tachira, trois hommes dans celui de Merida, un dans celui de Lara, un autre dans celui de Zulia et un dirigeant étudiant dans l'état de Sucre, selon un bilan officiel.. Ce qui porte à plus de 120 morts le bilan de quatre mois de manifestations contre Nicolas Maduro. Sept policiers ont également été blessés par un engin explosif lors des manifestations dans l'est de Caracas. L'un d'eux avait la jambe en flammes, alors que deux motos brûlaient à terre. 

Dans la nuit de samedi à dimanche, José Felix Pineda, un candidat chaviste à l'Assemblée constituante a été tué par balles à son domicile à Ciudad-Bolivar (sud-est du pays). "Un groupe a fait irruption" et "lui a tiré dessus" à plusieurs reprises, a précisé le parquet. Il s'agit du deuxième candidat tué depuis le début des violences au Venezuela. Le 10 juillet, José Luis Rivas avait été abattu en pleine campagne électorale. 

3Quelles sont les réactions de la communauté internationale ?

La communauté internationale a fortement réagi aux violences qui ont émaillé le scrutin de dimanche. Ces dernières heures, plusieurs pays ont fustigé les méthodes de Nicolas Maduro et se sont alarmés de l'escalade de violences au Venezuela. "Le simulacre d’élection de Maduro est un autre pas vers la dictature. Nous n’accepterons aucun gouvernement illégitime", a ainsi tweeté Nikki Haley, ambassadrice américaine à l'ONU. 

Lundi 31 juillet, les Etats-Unis ont signifié de manière encore plus forte leur désapprobation."Les élections illégitimes d'hier confirment que Maduro est un dictateur qui méprise la volonté du peuple vénézuélien", a tonné le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, en annonçant devant la presse à la Maison Blanche un "gel" des "tous les avoirs" que possèderait le président du Venezuela aux Etats-Unis. Désormais, les ressortissants américains se voient interdire de commercer avec le président vénézuélien. Par ailleurs, le secrétaire au Trésor a prévenu que "quiconque participerait à (l')Assemblée constituante illégitime" vénézuélienne "s'exposerait à d'autres sanctions américaines".

Tout comme Washington, la Colombie, le Panama, le Pérou, l'Argentine et le Costa Rica ont annoncé qu'ils ne reconnaîtraient pas la Constituante. La Bolivie a dénoncé la soumission de ces pays au gouvernement américain. Gros importateurs de pétrole vénézuélien, les Etats-Unis ont infligé des sanctions financières à 13 anciens et actuels responsables gouvernementaux vénézuéliens et menacent d'en prendre de nouvelles.

Pour l'heure, la diplomatie française est restée silencieuse. Cependant, dans une interview aux journaux du groupe Ebra publiée ce week-end, 
Romain Nadal, l’ambassadeur de France à Caracas, a révélé qu’Emmanuel Macron avait écrit une lettre à Nicolas Maduro le 5 juillet, afin de proposer les services de la France pour favoriser le dialogue entre son régime et l'opposition antichaviste.

De son côté, l'ancien Premier ministre et député apparenté LREM, Manuel Valls, s'est exprimé sur Twitter en faveur d'"une réaction très ferme" de "la communauté internationale""Maduro cherche à imposer une dictature", a-t-il fustigé.

4A quoi faut-il s'attendre dans les prochains jours ?

La grogne des opposants à Nicolas Maduro ne faiblit pas. Dès dimanche soir, l'opposition au régime chaviste a appelé le peuple vénézuélien à poursuivre la mobilisation pour dénoncer le renforcement des pouvoirs du président Maduro qui résulte de l'élection de la nouvelle Assemblée.

"Nous ne reconnaissons pas ce processus frauduleux. Pour nous, il est nul, il n'existe pas", a ainsi déclaré le leader de l'opposition Henrique Capriles, qui a qualifié de "massacre" le scrutin de dimanche. De nouvelles manifestations sont prévues dans le pays, lundi 31 juillet et mercredi 2 août, jour de la mise en place de la nouvelle Assemblée.