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Les papes et le sport, une longue histoire d'amour

Le nouveau souverain pontife est un fan du club de foot argentin de San Lorenzo. De quoi renforcer l'intérêt prononcé du Vatican pour le sport.

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France Télévisions
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Le pape Benoît XVI tient un ballon de foot dédicacé, le 13 juin 2007 au Vatican.  (FRANCO ORIGLIA / GETTY IMAGES)

Le petit monde du foot va scruter de plus près le parcours de San Lorenzo dans le championnat argentin. Ce club de Buenos Aires a deux supporters de choix : l'acteur Viggo Mortensen, et le pape François, élu mercredi 13 mars. Le compte Twitter du club s'est empressé de diffuser la photo du pape avec le maillot bleu et rouge du club, ainsi que sa carte de "socio". Mais saviez-vous que le sport intéresse beaucoup au Vatican ?

Le pape François, à l'époque cardinal Bergoglio, brandit les couleurs du club de San Lorenzo, à Buenos Aires (Argentine). (AFP)

Les papes, sportifs sur canapé

On a beau surnommer Jean-Paul II "l'athlète de Dieu", Karol Wojtyla n'a pas laissé un grand souvenir sur les terrains. Un ancien équipier se rappelle, dans le journal suisse Le Temps : "Dans l’équipe, il y avait aussi le grand frère du pape, Edmund. Il trouvait que Karol était nul ! Du coup, il n’avait pas le droit de jouer, il servait simplement à faire le poteau de but. Je peux vous dire qu’il en a pris des ballons dans la tronche le pape !" Pas beaucoup plus de réussite pour Benoît XVI, qui confiera que jouer au foot était un "calvaire". Et venant d'un catholique, ce mot a tout son sens. 

En prenant la charge de saint Pierre, les papes abandonnent nationalité et langue maternelle pour remplir leur mission. A un détail près : le football. Comme François, Benoît XVI a usé ses fonds de soutane à voir jouer le Bayern Munich quand il était évêque de la ville. Jean-Paul II n'avait d'yeux que pour l'équipe de son évêché, le Cracovia Krakow. Outre ces amours de jeunesse, beaucoup d'équipes cherchent à s'attirer la grâce de Dieu en offrant au pape un maillot floqué à son nom, voire carrément en l'incluant dans leurs supporters. Jean-Paul II est le champion toutes catégories : sept clubs le comptent comme supporter d'honneur, relève le Guardian (en anglais), et il a posé avec des centaines de maillots tout au long de son pontificat.

Benoît XVI pose avec un maillot du Milan AC aux côtés de l'ancien défenseur du club, Franco Baresi (à gauche), le 2 juin 2012 à Milan (Italie).  (VITTORIO ZUNINO CELOTTO / GETTY IMAGES EUROPE)

La passion papale pour le foot va très loin. L'ancien joueur anglais Paul Gascoigne raconte comment, au début des années 1990, alors qu'il joue à la Lazio de Rome, on lui passe le pape au téléphone. Croyant à un canular, il lance : "Salut pape, ça boume ?", rapporte So Foot. C'était vraiment Jean-Paul II au bout du fil, qui ne s'en est pas formalisé.

Le foot, sport-roi au Vatican

Beaucoup de cardinaux sont des mordus du ballon rond. Le secrétaire d'Etat de Benoît XVI, le cardinal Bertone, a ainsi commenté des matchs du championnat italien avec une mauvaise foi consommée lorsqu'il était archevêque de Gênes, relate Le Point. Angelo Scola, un des favoris du conclave, fut un grand fan du Milan AC et de Berlusconi, avant de ne plus soutenir que le Milan AC. Enfermé dans la chapelle Sixtine, il a échappé à la déroute de son club contre le Barça en 8e de finale de la Ligue des champions (0-4), mardi 12 mars.

Dans une Curie très italienne, les rivalités vont bon train. La Catholic Review (en anglais) rapporte un échange entre deux cardinaux sur les ondes de la radio vaticane. L'un, Fiorenzo Angelini, supporter de la Roma, l'autre, José Saraiva Martins, tifoso de la Lazio, qui s'occupe des dossiers de canonisation. Angelini a ironisé sur la défaite de l'AS Rome contre son rival la veille, en expliquant que tous les saints envoyés au paradis par Saraiva Martins avaient poussé Dieu à donner la victoire aux Laziale…

On joue beaucoup au foot au Vatican. Pas les cardinaux eux-mêmes, mais les prêtres plus jeunes, les gardes suisses, le personnel d'entretien, etc., qui participent à diverses compétitions amicales, la plus connue étant la Clericus Cup, décrite dans la vidéo ci-dessous (en anglais).

La semaine passée, une équipe de prêtres brésiliens affrontait un onze argentin. Le match était amical, le pronostic du capitaine brésilien pour le conclave, rapporté par Associated Press (en anglais) l'était moins : "Surtout pas un Argentin !" Dommage...

L'Eglise n'est pas que spectatrice

Avant de ne plus vibrer que pour le foot, le Vatican a suivi les modes. Après la seconde guerre mondiale, il y est surtout question de vélo, le sport dominant. Le premier sportif reçu au Vatican, c'est le coureur cycliste Gino Bartali, en 1948. Il était surnommé "Gino le pieux", ce qui a dû aider pour obtenir une audience papale. Seize ans plus tard, Paul VI a carrément béni les coureurs du Tour d'Italie à l'occasion d'une étape : "L'Eglise encourage le sport sous toutes ses formes."

Des manifestations d'intérêt loin d'être désintéressées. Dès 1903, le pape Léon XIII décrivait le sport comme "un moyen de communication". Jean-Paul II, lorsqu'il a béni le stade olympique de Rome, en 1990, a déclaré : "Le sport revêt aujourd’hui une grande importance, car il peut favoriser chez les jeunes l’affirmation de valeurs importantes telles que la loyauté, la persévérance, l’amitié, le partage, la solidarité." Beaucoup de théologiens actuels voient le sport comme un moyen d'évangélisation. A commencer par Benoît XVI, en 2006"Le sport attend d'être illuminé par l'Eglise." Saint Paul a pourtant posé les bases, dans une de ses lettres aux Corinthiens : "Ne savez-vous pas que, dans les courses du stade, tous courent, mais un seul obtient le prix ? Courez donc de manière à le remporter."

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