Italie : après les scandales financiers, le Vatican peine à mettre en place un système plus transparent

Dernier en date, le scandale immobilier et financier de Londres. Depuis, de nouvelles têtes ont fait leur apparition au Vatican pour toujours plus de transparence. Mais, entre intrigues et secrets, le pape semble avoir encore des difficultés à réformer.

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Radio France
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La place Saint-Pierre au Vatican. (DONATELLA GIAGNORI/EIDON / MAXPPP)

Le pape François a été élu - entre autres - pour faire le ménage dans les finances du Vatican. Mais sept ans après son élection, les scandales financiers n’ont pas cessé et les révélations non plus. Plusieurs audiences et procès sont d'ailleurs prévus en 2021. Alors pourquoi est-ce si compliqué ? Le pape François s’y prend-il mal ? 

Retour en décembre 2018, dans une chambre du luxueux hôtel Bulgari à Milan, deux hommes discutent d'un investissement du Vatican. Enregistrés à leur insu, il s'agit de Fabrizio Tirabassi, un cadre de la secrétairerie d'Etat du Vatican (le gouvernement central de l'Eglise), et de Gianluigi Torzi, un intermédiaire financier.

"Donnez-moi 10 millions et je m'en vais"

"Il est possible que d'ici le début de l'année prochaine tout soit centralisé", avait alors dit Fabrizio Tirabassi avant d'ajouter : "Cela signifie que nous perdons le contrôle en tant que secrétairerie d’Etat. Ce n'est pas bon pour toi, alors comment pourrait-on reconnaître le travail que tu as fait ?"

À cette question, Gianluigi Torzi avait répondu : "Et je m’en vais ? Complètement ? Bon ok fais-moi sortir… Mais Fabrizio, je veux être payé. Je ne vais pas partir comme ça. Je pensais gérer pendant 3-4 ans. Donnez-moi 10 millions et je m'en vais... Aller, donnez-moi huit millions, qu'est-ce que je peux dire ? Oui, de toute façon je m'en vais."

Ces deux hommes ont géré, pour le compte du Vatican, l'investissement opaque dans des immeubles prestigieux de Londres, ancien siège de Harrod's. Depuis, ils sont poursuivis pour détournement de fonds et extorsion.

Vers une secrétairerie transparente ?

Non loin des cloches de Saint-Pierre, monseigneur Nunzio Galantino, le nouvel homme fort des finances du Vatican, veut obtenir réparation et que cesse le scandale : "Ces personnes ont été exclues. C'est maintenant au tribunal de quantifier les dommages financiers et d'établir combien nous pourrons récupérer, si et combien nous pourrons récupérer. Une estimation indépendante de cette opération malheureusement regrettable évalue nos pertes entre 66 et 160 millions d'euros."

Dès cette année Nunzio Galantino aura la main sur toutes les finances, Il promet qu'il n'y aura plus de comptabilité cachée à la secrétairerie d'Etat. Une petite révolution, voulue par le pape François. C'est lui qui tranche, péremptoire. Il y a trois mois, il a d'ailleurs licencié et supprimé ses droits de cardinal - fait rarissime - au cardinal Becciu qui serait lié au scandale de Londres. Un scandale au coeur duquel apparaît également un autre personnage : la dame du cardinal, Cecilia Marogna, soupçonnée d'avoir touché de l'argent du cardinal, arrêtée, emprisonnée puis finalement relâchée.

"Il ne s'agit pas d'une affaire interne au Vatican"

Devant la fontaine des Quatre-Fleuve place Navone, à deux pas de l'ancien siège historique du Grand Orient d'Italie, nous retrouvons le franc-maçon, Gioele Magaldi. Ce dernier connaît bien Cecilia Marogna qui, selon lui, travaille pour les renseignements : "Cecilia m'a effectivement dit qu'elle était intéressée par un parcours maçonnique mais aussi par les services secrets car elle savait que j'avais beaucoup d'amis dans le milieu." Et Gioele Magaldi d'ajouter : "Ces derniers temps, Cecilia Marogna aurait justement travaillé à la libération d'otages en Afrique. Il ne s'agit donc pas d'une affaire interne au Vatican."

"C'est une affaire dans laquelle se croisent des francs-maçons, le Vatican et les services secrets... Ça ne sent pas bon et cela jette le discrédit sur le Vatican et sur François."

Gioele Magaldi

franceinfo

Entre intrigues et secrets, le Vatican est un monde très difficile à réformer. Gianluigi Nuzzi à l'origine des VatiLeaks vient d'écrire "Jugement dernier", le combat du pape pour sauver le Vatican de la faillite. Selon lui, les ennemis du pape François sont encore nombreux au sein même du Vatican : "Les gens qui ont intérêt à faire des affaires pas claires et qui s’en foutent de l’Evangile, au sein même de la curie romaine, vont s'unir avec ceux qui critiquent la ligne théologique du pape. Les ennemis du pape sont notamment les conservateurs américains qui n'aiment pas ce pape-là car il serait trop moderne, trop de gauche. Le pape va continuer parce qu'il n'y a plus de temps. Il faut faire vite."

Si les comptes du Vatican sont dans le rouge, son seul patrimoine immobilier parisien s'élève, lui, à 595 millions d'euros.

Le reportage de Bruce de Galzain
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