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Déclaration du pape François : il "prépare sa sortie", explique la journaliste spécialiste des religions Isabelle de Gaulmyn

De retour du Canada, le pape François, 85 ans, diminué par des douleurs au genou a reconnu qu'il ne pourrait "plus voyager" au même rythme qu'auparavant et a même évoqué la "possibilité" d'envisager un renoncement dans le futur.

Article rédigé par franceinfo
Radio France
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Le pape François lors d'une conférence de presse, le 29 juillet 2022, à bord de son avion le ramenant à Rome. (GUGLIELMO MANGIAPANE / POOL)

"Le pape François est fatigué et très handicapé par son genou (…) mais il n'est pas diminué intellectuellement", explique ce samedi sur franceinfo Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef à La Croix. Alors que le pape a évoqué, au retour de son voyage du Canada, la possibilité de se "mettre de côté", la journaliste estime qu'il "prépare cette sortie et la prépare stratégiquement". Selon elle, le pape François est en train de "placer des gens favorables à sa ligne, une ligne ouverte sur le monde, dans laquelle l'Eglise reconnaît ses erreurs", avant de perdre le contrôle et le pouvoir. "C'est ce qui le guide. Le moment où il sentira qu'il ne pourra plus avoir assez d'autorité et d'énergie pour imposer ses vues, ce jour-là il démissionnera", résume Isabelle de Gaulmyn.


franceinfo : Le pape est-il en train d'envisager son départ ?

Isabelle de Gaulmyn : Oui et il le dit avec pas mal d'humour. Il dit "écoutez, ce n'est pas une catastrophe si on change de pape", et c'est intéressant parce que depuis Benoît XVI, le premier pape à avoir démissionné, le souverain pontife ne se considère plus comme un personnage sacré qui doit rester jusqu'au bout à sa tâche comme l'avait fait Jean Paul II. De fait, le pape François est fatigué mais aussi très handicapé par son genou et il ne veut pas se faire réopérer parce que sa dernière opération s'est mal passée lors de l'anesthésie générale. Il dit donc que ce n'est pas pour demain mais que c'est peut-être pour après-demain. C'est une manière de dédramatiser ce changement de pontificat.

Est-ce que la fonction de pape est devenue plus exigeante, avec plus de déplacements ?

Isabelle de Gaulmyn : Autrefois, il est vrai que le pape était enfermé au Vatican. Il ne bougeait pas. Depuis Paul VI, les papes commencent à bouger. Leurs agendas sont devenus de plus en plus importants et quand on sait que le pape François a 85 ans, on se dit qu'il a le droit de se reposer. La question qui se pose, c'est de savoir si l'on peut être encore pape quand on ne peut plus bouger ? 

"Un pape qui ne peut plus bouger, plus voyager, deviendrait un pape sans pouvoir."

Isabelle de Gaulmyn, journaliste spécialiste des religions

à franceinfo

C'est ça le problème, parce qu'un pape n'a pas d'armée, pas de puissance, pas d'économie, pas d'entreprises, donc sa seule arme, c'est sa parole, et on ne l'entend que quand il bouge, quand des journalistes sont là pour recueillir sa parole. 

À quoi vont ressembler les prochains mois, années, du pape s'il est à ce point diminué physiquement ?

Isabelle de Gaulmyn : Déjà, il n'est pas diminué intellectuellement, c'est très important de le dire parce que tout le monde a en tête les dernières années de Jean Paul II qui était diminué physiquement et intellectuellement. Je pense que c'est cela que le pape François veut éviter : une fin de règne où prennent le pouvoir des gens dans l'entourage du pape sans que le pape ne puisse contrôler cela. C'est ce qui le guide. 

"Le moment où il sentira qu'il ne pourra plus avoir assez d'autorité et d'énergie pour imposer ses vues, ce jour-là, il démissionnera."

Isabelle de Gaulmyn, journaliste spécialiste des religions

à franceinfo

Aura-t-il la même influence maintenant qu'on sait qu'il envisage de quitter ses fonctions ?

Isabelle de Gaulmyn : On voit depuis quelques mois qu'il essaie de faire passer pas mal de réformes et qu'il fait des nominations importantes de personnalités qui lui sont proches et notamment des cardinaux puisque ce sont les cardinaux qui éliront le prochain pape. Il prépare cette sortie et il la prépare stratégiquement en plaçant des gens qui sont favorables à sa ligne, une ligne ouverte sur le monde, dans laquelle l'Eglise reconnaît ses erreurs. Cette ligne-là n'est pas toujours bien perçue par l'ensemble des cardinaux. Il renforce donc cette ouverture, de façon à assurer que son pontificat soit suivi par un pontificat qui aille dans le même sens.

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