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Nouvelle nuit sans pape au Vatican

Les cardinaux votent à huis clos pour désigner le successeur de Benoît XVI. Le premier tour s'est révélé infructueux.

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De la fumée noire s'échappe de la chapelle Sixtine, le 12 mars 2013, au Vatican. (VINCENZO PINTO / AFP)

Sans surprise, le premier vote n'a pas suffi, et la procédure se poursuivra mercredi. De la fumée noire s'est échappée, mardi 12 mars vers 19h45, de la chapelle Sixtine, signalant l'absence d'accord d'une majorité des deux tiers des cardinaux pour élire le nouveau pape. Le conclave chargé de désigner le successeur de Benoît XVI a débuté quelques heures plus tôt, sous le seul regard des fresques de Michel-Ange. A son issue, 1,2 milliard de catholiques découvriront le nom de leur 266e souverain pontife. Francetv info récapitule ce qu'il faut savoir sur ce passage de témoin. 

Francetv info

Le déroulement du scrutin

Le conclave réunit 115 cardinaux depuis mardi. S'ils sont 150 à avoir participé aux congrégations générales organisées tout au long de la semaine dernière, seuls les cardinaux de moins de 80 ans sont autorisés à voter.

Après une messe solennelle, ils se sont retrouvés à huis clos dans la chapelle Sixtine pour voter quatre fois par jour jusqu'à ce que l'un d'eux recueille les deux tiers des voix. Il leur est formellement interdit de sortir. Les règles du scrutin, détaillées ici par francetv info, sont très strictes. A l'issue de chaque tour, le monde extérieur est informé du résultat par la fumée qui s'échappe de la cheminée installée samedi dans la chapelle : si elle est noire, les cardinaux devront encore voter. Si elle est blanche, habemus papam ("nous avons un pape", selon la formule latine consacrée).

Selon le père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, ce conclave devrait être bref, afin de ne pas donner l'image d'une Eglise divisée. Depuis 1914, aucun conclave n'a excédé trois jours, relève La Croix.

Les critères qui comptent

Le courant Traditionnellement, les conclaves permettent d'observer les divergences entre les cardinaux conservateurs et les plus réformistes. Mais cette fois, les "papabili" – les plus susceptibles de succéder à Benoît XVI – ont des profils semblables, note l'AFP : ils sont conservateurs, plus soucieux d'éviter que la foi se dilue que d'engager des réformes. 

La géographie La division conservateurs-réformistes est en train de laisser place à un nouveau clivage, estime Bernard Lecomte, auteur notamment de l'essai Les Derniers Secrets du Vatican (Perrin), interrogé par francetv info. A l'avenir, "on parlera plutôt d'un Européen ou d'un représentant du tiers-monde", analyse ce spécialiste, pour qui "le prochain pape devra être un peu les deux" pour emporter le consensus. "On n'imagine pas un pape qui soit un chef de clan recroquevillé sur les affaires européennes ou, à l'inverse, qui porte aux nues les valeurs du tiers-monde. Il faudra un fédérateur." Mais le rapport de force est déséquilibré : 60 des 115 cardinaux sont européens (dont 28 Italiens), pour seulement 19 Latino-Américains, 14 Nord-Américains, 11 Africains, 10 Asiatiques et un Australien.

L'âge Cette fois, l'âge devrait être un critère non négligeable. Un pape trop vieux, comme Benoît XVI, élu à 78 ans, risquerait de ne pas siéger longtemps. Le pape démissionnaire a en effet expliqué sa décision de la manière suivante : "Mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer de façon adéquate le ministère."

Les favoris 

"Sur les seize dernières élections, seuls trois favoris ont effectivement été élus : Pie XII, Paul VI et Benoît XVI", prévient Bernard Lecomte. Il n'empêche que les pronostics vont bon train. L'Italien Angelo Scola, nommé récemment archevêque de Milan, apparaît en tête de la liste des remplaçants possibles. Le cardinal canadien Marc Ouellet, patron de la Congrégation des évêques, figure également parmi les plus cotés. Péter Erdő, archevêque de Budapest, le plus jeune des cardinaux (60 ans), ou encore Sean P. O'Malley, archevêque de Boston, seraient eux aussi en bonne place, a indiqué dès le 11 février Philippe Harrouard, journaliste spécialiste des questions religieuses.

Autres prétendants fréquemment cités : le cardinal du Honduras Oscar Andres Rodriguez Maradiaga, et le Ghanéen controversé Peter Turkson.

L'héritage de Benoît XVI et les dossiers en suspens

Benoît XVI n'a pas laissé qu'une façon originale de quitter ses fonctions – la démission est rarissime, même si celle-ci était en partie prévisible. Conservateur et érudit, il a ancré son pontificat davantage dans la réflexion que dans l'action, marquant une rupture avec son prédécesseur, Jean-Paul II.

Pourtant, ses huit années en tant que pape ont été émaillées de scandales : révélation de son passage (contraint et forcé) dans les jeunesses hitlériennes, déclarations polémiques sur le sida en Afrique ou encore sur l'islam et la violence, réintégration de l'évêque intégriste et négationniste Richard Williamson, etc. Le souverain pontife a souvent dû justifier certaines de ses décisions mal vues par l'opinion, détaille France 2 dans ce sujet : 

Enfin, la Curie romaine, sorte de "gouvernement" du Vatican, a été secouée en mai 2012 par les révélations de l'affaire Vatileaks sur un réseau de corruption et de népotisme au sein du Saint-Siège. 

Benoît XVI est toutefois salué pour avoir lancé une réflexion sur les scandales de pédophilie survenus au sein du clergé, exprimant la "honte" de l'Eglise en 2010, rappelle La Croix. Mais pour les associations de victimes, son action est demeurée insuffisante, rapporte Metro.

Lors de son avant-dernier angélus, le pape a appelé l'Eglise et tous ses membres à "se renouveler". Une position que partagent les pratiquants français. Selon un sondage BVA publié le 17 février, 69% d'entre eux souhaitent que l'Eglise prenne position en faveur de l'usage du préservatif. Quelque 58% sont favorables au mariage des prêtres. L'ouverture de la prêtrise aux femmes est approuvée par 76% des catholiques (mais les pratiquants réguliers y sont opposés à 55%). Il reviendra au futur pape de décider de mener ou non ces réformes.

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