Trump en Irak : "Une opération de communication habituelle pour renouer des liens un peu distendus avec l'armée"

Le président américain a effectué une visite surprise en Irak au lendemain de Noël, l'occasion de rassurer les soldats après l'annonce du retrait des troupes en Syrie. 

Donald Trump en visite en Irak auprès des soldats américains, le 26 décembre 2018. 
Donald Trump en visite en Irak auprès des soldats américains, le 26 décembre 2018.  (SAUL LOEB / AFP)

La visite surprise du président Donald Trump en Irak aux troupes américaines sur la base aérienne d'Al-Assad mercredi 26 décembre est "une opération de communication habituelle" a commenté jeudi Thomas Snegaroff, historien spécialiste des États-Unis et consultant de franceinfo. Selon lui, l'objectif du président américain est de "renouer des liens un peu distendus avec l'armée" à la suite de la démission du ministre de la Défense et de "rassurer sur place" les soldats en Irak après l'annonce du retrait des troupes américaines de Syrie. Le président américain en a aussi profité pour affirmer que les États-Unis ne sont pas "les gendarmes du monde". Selon Thomas Snégaroff, "il y a une tentation profonde de désengagement depuis les fiascos en Irak, depuis 2007, 2008, une fatigue de la guerre", a -t-il estimé. 

franceinfo : Cette visite, est-elle une opération de diversion en plein "shutdown" (paralysie des services de l'État) aux États-Unis ?

Thomas Snégaroff : Il y a toujours beaucoup de flair politique avec Donald Trump. Il a aussi joué un bon tour à toute la presse américaine puisque quelques heures avant, il y avait un tweet dans lequel on le voyait en photo à la Maison-Blanche en plein "shutdown", en expliquant : "Pauvre de moi, je suis tout seul à la Maison-Blanche". En fait, il préparait son voyage en Irak, au moment où les journalistes américains, les médias, ses "ennemis", étaient en train de faire de longs papiers pour dire : "C'est la première fois depuis 2002 qu'un président américain ne va pas sur un champs de bataille ou voir des vétérans au moment de Noël". C'est une opération de communication habituelle avec un clip vidéo de 30 secondes, avec de la musique, c'est très hollywoodien. En fait, il s'agit aussi de faire un peu de politique et de renouer des liens un peu distendus avec l'armée avec notamment la démission de son ministre de la Défense. 

Il n'a pas annoncé un retrait d'Irak, contrairement à celui de Syrie.

C'était aussi l'un des objectifs politiques de ce voyage express. C'était tout de même de rassurer sur place les GI [nom donné aux soldats de l'armée américaine] et surtout les très hauts gradés qui étaient complètement perdus depuis la double annonce du retrait de Syrie et du retrait d'une grande partie des soldats basés encore en Afghanistan. Tous les gradés, tous les généraux, tous les stratèges sur place, considèrent que la présence américaine est encore tout à fait nécessaire. Il y avait beaucoup de troubles aussi autour de [ces questions] : est-ce qu'il avait pris la décision seul ? Est-ce qu'il ne fait pas trop confiance à Erdogan plutôt qu'aux soldats et aux gradés américains ? Donc il y avait vraiment le feu. En plus, avec une dimension très politique et, pour le coup, électorale, dans la mesure où c'est son électorat, les soldats, les vétérans, et il fallait à nouveau leur donner des gages d'amitié.

Donald Trump a aussi affirmé que les Etats-Unis ne sont "pas les gendarmes du monde". C'est une première ?

Non, ce n'est pas le premier président américain à le dire puisque Barack Obama avait dit exactement la même chose en septembre 2013. Il y a une tentation profonde des États-Unis de désengagement depuis les fiascos en Irak, depuis 2007, 2008, une "fatigue de la guerre", c'est l'expression qu'on emploie aux États-Unis, avec la volonté d'un désengagement. Donald Trump va plus loin que Barack Obama puisqu'il va jusqu'à retirer des troupes, alors qu'encore une fois, on considère que le travail n'est pas achevé. Il y a une tendance de fond plus profonde des États-Unis qui ne revient pas à un isolationnisme pré-Seconde Guerre mondiale, mais qui commence à considérer que le "fardeau" doit être partagé par d'autres puissances. Le risque pour les États-Unis c'est qu'en laissant ce "fardeau" partagé par d'autres puissances elles ne profitent du vide géopolitique laissé par les États-Unis, c'est ce qui inquiète les Américains.