Retrait d'Afghanistan : "La leçon, c'est qu'on ne combat pas le terrorisme en voulant recréer un État à partir de zéro", pour le politologue Olivier Roy

Olivier Roy estime que le retrait des troupes américaines d'Afghanistan montre qu'"on ne combat pas le terrorisme international en voulant recréer à partir de zéro un État moderne".

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Radio France
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Evacuation d'Afghan à Kaboul (MICHAEL REYNOLDS / MAXPPP)

Les États-Unis se sont officiellement retirés le lundi 30 août d'Afghanistan, soit 24 heures en avance sur l'agenda initial. Pour le politologue Olivier Roy, invité de franceinfo lundi, "c'est un échec de la construction d'un État afghan". Mais selon lui, ce n'est pas un échec "sur le plan géostratégique".

franceinfo : Est-ce que les talibans ont raison de considérer le retrait des États-Unis comme une victoire historique ?

Olivier Roy : C'est une victoire historique si l'on prend les vingt dernières années comme critère. Ils sont revenus à la situation où l'on était il y a vingt ans. Mais le contexte international a considérablement changé.

Est-ce que ce retrait est un échec pour les Américains ?

Techniquement et politiquement c'est un échec. Cela s'est fait dans la confusion, il y a eu des attentats. Mais sur le fond, il ne s'est rien passé. Les talibans les ont laissé évacuer, ils se sont engagés à laisser partir les gens qui seraient sur des listes. Les Américains ont sauvé les apparences. En même temps, c'est la reconnaissance que ce qu'ils ont fait pendant vingt ans est ambigu. Ils ont réussi à éliminer Ben Laden de l'Afghanistan, mais ils n'ont pas réussi à établir un État démocratique, stable. Mais les talibans se sont engagés à ne pas soutenir le terrorisme international. C'était l'objectif premier des Américains lorsqu'ils sont intervenus en octobre 2001. Donc ce n'est pas une défaite américaine. C'est un échec de la construction d'un État afghan. Mais sur un plan géostratégique, je ne pense pas que ce soit un échec.

Qu'est-ce qui attend l'Afghanistan avec ce départ des Américains ? Il faut encore quel les talibans tiennent leurs promesses.

Ils vont tenir leurs promesses. Ils ont tout intérêt à tenir leurs promesses. Ce qu'ils veulent, c'est une reconnaissance internationale. C'est une légitimité. Et le prix à payer pour cette légitimité est très faible : laisser partir quelques dizaines de milliers de personnes.

En échange, ils ont montré qu'ils avaient la souveraineté : ils ont refusé de renégocier le délai de départ des Américains, ils ont refusé de créer une zone d'extraterritorialité autour de l'aéroport de Kaboul qui leur a échappé. Donc pour les talibans, c'est une victoire. Mais en même temps, c'est un engagement à respecter leur signature sur le plan international. Tout le monde sauve la face d'une certaine manière, même si cela a l'air d'être une catastrophe. Mais ce n'est pas une catastrophe. Il n'y a pas eu beaucoup de morts. Cette affaire s'est conclue de manière relativement non sanglante. 

Quelle leçon la communauté internationale doit tirer de cette guerre de 20 ans ?

La même qu'en Irak, c'est-à-dire qu'on ne combat pas le terrorisme international en voulant recréer à partir de zéro un État moderne, ou supposé démocratique. La construction de l'État, cela ne marche pas. Il faut suivre les logiques des sociétés en question, que ce soit l'Afghanistan ou l'Irak. On peut intervenir militairement au coup par coup pour des questions précises comme l'attentat du 11 septembre. Il était évidemment indispensable d'attaquer l'Afghanistan pour réduire Ben Laden. Mais de là à essayer de construire un État de manière artificielle, c'est un échec.

C'est un échec en Afghanistan, c'est un échec en Irak. C'est ça la morale. Cela ne sert à rien de faire du contrôle territorial pour lutter contre le terrorisme.

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