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Prison de Guantanamo : si la fin était proche

L'administration Obama apporterait la touche finale à un plan de fermeture de la prison de Guantanamo qui sera présenté au Congrès, où les républicains n'ont cessé de retoquer ses tentatives précédentes de tenir cette vieille promesse de campagne. Barack Obama a désormais un allié de choix en la personne du sénateur républicain John McCain.
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France Télévisions Rédaction Afrique
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Des manifestants, vêtus comme des prisonniers, réclament la fermeture de la prison militaire de Guantanamo à Washington, le 11 janvier 2015, date marquant le 13e anniversaire de l'arrivée des premiers détenus.

 (Erkan Avci / Anadolu Agency)

Guantanamo ne redeviendra pas cubaine mais l’espoir de voir ses geôles fermées se précise. «L'administration met en fait la dernière main à la préparation d'un plan visant à (fermer) de manière responsable et sûre la prison de Guantanamo et à le présenter au Congrès», a déclaré le 22 juillet 2015 le porte-parole de la Maison Blanche. Josh Earnest a de nouveau rappelé que c’était «une priorité pour le président (américain)».

Dans son discours sur l’état de l’Union en janvier 2015, rapporte l’AFP, Barack Obama soulignait qu’il était insensé de «dépenser trois millions de dollars par prisonnier pour conserver une prison que le monde condamne et que les terroristes utilisent pour recruter».
 

Fermer Guantanamo, une promesse de campagne tenue sur le principe dès le premier mandat d’Obama mais qui peine à devenir une réalité. Au Congrès, les républicains se sont évertués à rendre la chose impossible. «Deux jours après son investiture en janvier 2009», rappelle la spécialiste des Etats-Unis Maya Kandel dans un article publié en 2013, Barack Obama avait promulgué «un décret ordonnant (sa) fermeture "aussi rapidement que possible et au plus tard dans un an" (Executive Order, Jan. 22, 2009 : Closure of Guantanamo Detention Facilities)».

Au pied du mur
Les républicains du Congrès le feront tomber aux oubliettes, largement soutenus par des démocrates tenus par une opinion publique que leurs adversaires politiques ont réussi à convaincre. «"Keep Terrorists out of America Act" (loi pour maintenir les terroristes hors des Etats-Unis), qui s’oppose à la fermeture de la prison militaire, est votée en 2009», poursuit Maya Kandel.
 
«En décembre 2010, le Congrès (valide) une série d'amendements à la loi de budget 2011 du Pentagone. Les nouvelles dispositions interdisent tout transfert de prisonniers de Guantanamo sur le sol américain et durcissent également les conditions de transfert à des pays étrangers, sans même parler de la libération des détenus.» Obama, échaudé par la défaite de son camp aux élections de novembre 2010, ne s'opposera pas à la loi. 

En 2014, l’agence de presse marocaine MAP rapporte que «la chambre basse du Congrès américain avait rejeté une mesure qui aurait permis au président Obama de fermer la prison». Il s’agissait «d’un amendement démocrate à la grande loi militaire annuelle qui aurait levé l'interdiction du transfert aux Etats-Unis des détenus (qui date de 2011) et fermé la prison à partir de 2017».

Un allié chez les républicains
A dix-huit mois de la fin de son mandat, Barack Obama veut tenir parole et c’est un républicain et ancien adversaire politique, John McCain, qui pourrait l’y aider. Politico explique pourquoi. Le nouveau président de la commission sénatoriale des services armés (SASC) a toujours partagé le point de vue du président américain sur le centre de détention.

Dans ce dossier, le sénateur de l’Arizona fait figure d’exception dans l’opposition américaine. Cependant, à l’instar de tous les républicains, il est impératif pour lui que «l’administration Obama trouve une solution pour les détenus, trop dangereux pour être libérés et qui ne peuvent pas être jugés», explique la revue américaine. Le sort des prisonniers est une question centrale. Notamment, les conditions dans lesquelles ils pourraient être accueillis aux Etats-Unis.

Photo de la prison militaire américaine de Guantanamo prise le 8 avril 2014 lors d'une visite encadrée par l'armée. Le cliché a dû être également soumis à son aval.  (MLADEN ANTONOV / AFP)

John McCain a promis qu’il donnerait son accord pour la fermeture si le plan d’Obama passait l’obstacle du Congrès. Avec son collègue démocrate Joe Manchin, le républicain est à l'origine d'une série de propositions, contenues dans la loi annuelle sur la défense (National Defense Authorization Act), qui ont été validées par des membres républicains et démocrates de sa commission le 14 mai 2015. Une première qui renoue avec le prérequis à la fermeture de Guantanamo : la décison doit être consensuelle. 

Le dispositif suggéré par McCain, qui prévoit donc de soumettre un plan de fermeture au Congrès pour approbation, est aujourd'hui considéré comme une option sérieuse pour permettre à Barack Obama d'atteindre son objectif. Même si la loi annuelle sur la défense comporte encore des restrictions à cette fermeture et que le président américain menace de faire usage de son droit de veto.

Guantanamo a reçu ses premiers prisonniers le 11 janvier 2002, après les attentats du 11-Septembre. «Aujourd'hui, indique l'AFP, il en reste 116, sur un maximum de quelque 680 dénombrés en 2003. Parmi eux, 75 Yéménites, l'un des plus gros obstacles à la fermeture de Guantanamo, car leur rapatriement est impossible en raison de la situation actuelle explosive au Yémen.» Si, avec l'aide de John McCain, Barack Obama arrivait à convaincre le Congrès cette-fois-ci – de nombreux spécialistes restent sceptiques –, son bilan serait impressionnant. L'accord sur le nucléaire iranien le rend déjà exceptionnel.
 

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