Présidentielle américaine : "J'aurais tellement aimé faire cette nuit américaine avec i-Télé", confie Laurence Haïm

La journaliste de Canal+, qui était censée couvrir la campagne aux Etats-Unis pour la chaîne d'information en continu, livre son sentiment sur la situation de ses collègues en grève.

Extrait du documentaire \"Showtime\" de Canal+, diffusé mardi 8 novembre 2016, qui suit la journaliste française Laurence Haïm.
Extrait du documentaire "Showtime" de Canal+, diffusé mardi 8 novembre 2016, qui suit la journaliste française Laurence Haïm. (CANAL+)

Elle ne pensait pas vivre une fin de campagne aussi tumultueuse. La violence des échanges entre les deux prétendants à la Maison Blanche marquait déjà un tournant dans l’histoire américaine, selon elle. Mais c’est une crise interne à i-Télé, pour qui elle travaille, qui a bouleversé son quotidien dans les dernières semaines de la présidentielle.

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Laurence Haïm, correspondante aux Etats-Unis depuis 2001 pour Canal+, maison mère de la chaîne d'info, a choisi de continuer à travailler, même si elle apporte son soutien à ses collègues grévistes. Entre deux meetings de Donald Trump et la diffusion de son documentaire Showtimemardi 8 novembre à 22h55 sur Canal+, celle qui signe souvent ses tweets d’un "analyse lh", raconte à franceinfo cette campagne si particulière et sa tristesse de voir i-Télé sombrer.

Franceinfo : Quel bilan faites-vous de la campagne américaine ?

Laurence HaïmCela a été une campagne d’une énorme violence, très surprenante avec des rebondissements perpétuels, des candidats qui réagissaient sur Twitter avant même de parler aux chaînes de télévision ou à la radio. On avait deux têtes d’affiche : Donald Trump, complètement imprévisible, et Hillary Clinton qui a fait une campagne très classique en utilisant beaucoup d'argent et en s'appuyant énormément sur ses réseaux, mais qui était la mal-aimée.

Et pour la première fois, il y a ce peuple américain qui semble vraiment réclamer de la nouveauté, qui se dit désabusé par la classe politique. Ce sont des phénomènes que l’on connaît très bien en Europe et que l’on n’avait jamais vus aux Etats-Unis.

En quoi cette campagne va-t-elle changer le visage de l’Amérique ?

Moi qui adore ce pays, je suis extrêmement pessimiste pour la suite car il n’y aura pas vraiment de vainqueur. Il va falloir voir si le Congrès devient démocrate ou s'il reste républicain. Ce sera très important en cas de victoire d’Hillary Clinton. Si elle gagne, l’Amérique est tellement divisée qu’il faudra qu’elle fasse un travail absolument extraordinaire, au sens étymologique du mot, pour parvenir à regagner la confiance de pratiquement 50% d’Américains. Hillary Clinton, en ce moment, est haïe par une partie de l’Amérique. On le voit dans tous les meetings de Donald Trump. Jamais l’Amérique n’a été aussi divisée.

Cela fait 23 jours que les journalistes d’i-Télé sont en grève. Qu’est-ce que cela a changé pour vous ?

Je suis de tout cœur avec eux. Je suis très américaine là-dessus, mon travail, c’est d’informer et de rendre hommage aux gens d'i-Télé qui, en ce moment, comme moi, souffrent atrocement. C’est terrible d’être journaliste et de ne pas pouvoir travailler. On est dans une détresse morale et psychologique. 

Je suis accaparée par la campagne et je ne souhaite pas commenter davantage ces événements. Antoine Genton, le président de la SDJ, le fait si admirablement. Je suis simplement de tout cœur avec i-Télé. J’aurais tellement aimé que l’on fasse tous ensemble cette nuit américaine.

Vous avez décidé de continuer à travailler pour Canal+ et notamment le "Grand Journal". Pourquoi ?

Oui, je continue parce que je considère qu’il y a un devoir d’informer. Quand on me demande de travailler, je ne désarme pas et je continue en restant le plus possible fidèle à mes principes. Je souhaite être journaliste jusqu’au bout.

Etes-vous confiante concernant la résolution du conflit à i-Télé ?

J’attends. Je regarde ce qui se passe. J’essaye de maintenir le cap en me disant : "vive le news". Je crois qu’on est tous atrocement tristes. J’espère simplement que les gens qui nous dirigent comprennent vraiment cette souffrance. Je pense qu’il peut y avoir de la casse, il faut faire vraiment attention. La direction du groupe, dans son ensemble, devrait faire attention au stress que cela occasionne. 

Est-ce que vous allez rester correspondante de Canal+ aux Etats-Unis ?

Il y a une phrase que j’aime beaucoup dans cette campagne américaine, dans l’ambiance actuelle ici aux Etats-Unis : "Un jour est une éternité". Pour moi, mercredi, c’est une éternité.