Élection américaine : "Trump a emporté l’assentiment chez beaucoup de catégories sociales" inattendues

Sylvie Laurent, chercheuse à l’université de Stanford et enseignante à Science Po, a affiné le profil des électeurs qui ont permis à Donald Trump de devenir le 45e président des États-Unis.

Donald Trump, 45e président des États-Unis.
Donald Trump, 45e président des États-Unis. (JIM WATSON / AFP)

L'élection de Donald Trump, mercredi 9 novembre, suscite de débats. "On a beaucoup voulu penser que le prolétaire blanc était l’archétype de l’électeur de Trump", a rappelé jeudi 10 novembre sur France Info Sylvie Laurent, chercheuse à l'université de Stanford et enseignante à Science Po. Mais selon elle, il s’agit d’une "façon très étroite de voir les choses".

Les classes supérieures blanches ont également voté pour Trump

"En réalité, Donald Trump a emporté l’assentiment chez beaucoup de catégories sociales que l’on n'attendait pas", a-t-elle précisé, énumérant les autres catégories séduites par le candidat républicain, à savoir "les classes moyennes supérieures blanches", "les gens qui ont une éducation supérieure" et "les femmes", "y compris celle qui ont une éducation supérieure".

Selon Sylvie Laurent, "Donald Trump est le symptôme, que l’on a vu venir depuis très longtemps, d’une dégradation de la vie démocratique américaine par le creusement des inégalités." L’Américain moyen est ainsi devenu "un nouveau précaire".

Trump est "apparu comme celui qui disait la vérité"

Pour l'auteure de "La couleur du marché : racisme et néolibéralisme aux États-Unis", Donald Trump a su attirer ceux qui n’avaient pas trouvé "de gens qui les représentent dans le parti républicain". Un parti "entièrement dévolu à la cause du monde des affaires, des puissants, de Wall Street et de politiques néolibérales en faveur des plus riches".

"Et Donald Trump, avec cette parole disruptive, inopportune, a donné l’idée qu’il ne respectait pas les codes", a affirmé la chercheuse, précisant qu’il ne s’agit "non pas des codes de la bienséance, mais des codes des gens du 'club', des gens qui savent, des gens de l’élite, qui disent au peuple ce qu’il doit dire, ce qu’il doit penser, la façon dont il doit manger, l’environnement qu’il doit respecter, le travail qu’il doit accepter et les valeurs qu’il doit embrasser."

Dans ce contexte, pour Sylvie Laurent, Donald Trump "est apparu comme celui qui disait la vérité, qui parlait comme nous autres, les gens que nous sentons humiliés par cette élite éduquée qui ne nous comprend pas."