Proche-Orient : le plan de paix américain est en train de "créer des tensions", dénonce un ex-conseiller d'Yitzhak Rabin

"La paix se fait à deux, et celui qui manquait aujourd'hui à Washington, c'est le principal concerné, le président de l'Autorité palestinienne", a regretté Ofer Bronchtein, président du Forum internatinal pour la paix.

Donald Trump a annoncé son \"plan de paix\" pour le Proche-Orient aux côtés du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à la Maison Blanche.
Donald Trump a annoncé son "plan de paix" pour le Proche-Orient aux côtés du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à la Maison Blanche. (MANDEL NGAN / AFP)

Le plan de paix pour le Proche-Orient proposé par le président américain Donald Trump est en train de "diviser, de créer des tensions", a dénoncé ce mardi soir sur franceinfo Ofer Bronchtein, président du Forum international pour la paix et ancien conseiller d’Yitzhak Rabin. "Imposer la paix ça ne se fait pas, il faut la vouloir. Il faut redonner envie", a-t-il expliqué.

franceinfo : Que pensez-vous de ce plan de paix américain ?

Ofer Bronchtein : Un plan de paix a pour vocation de rapprocher, de réconcilier, de redonner espoir aux Israëliens et aux Palestiniens. Malheureusement ce n'est pas le cas. C'est en train de diviser, de créer des tensions. Le paradoxe c'est que d'un côté les Américains lancent leur plan de paix, d'un autre côté ils appellent leurs ressortissants à ne plus se rendre en Israël et dans les territoires palestiniens. Donc s'ils pensaient que ce plan allait donner envie, réconcilier et calmer la région, ils ne diraient pas à leurs ressortissants de ne pas y aller. La paix se fait à deux, et celui qui manquait aujourd'hui à Washington, c'est le principal concerné, le président de l'Autorité palestinienne.

On est loin des accords d'Oslo de 1993 ?

En effet, ça n'a rien à avoir avec ce qui s'est passé le 13 septembre 1993, où il y avait une reconnaissance mutuelle. Malheureusement, ces 25 dernières années ont été des années perdues pour des nouvelles générations d'Israéliens et de Palestiniens. Aujourd'hui, le seul plan de paix valable, c'est de préparer les esprits israéliens et palestiniens, de redonner envie aux uns et aux autres de se rencontrer, de se réconcilier, de reconnaître les aspirations d'Israël à la sécurité, à la reconnaissance par le monde arabe et musulman, et celles des Palestieniens à un Etat indépendant, libre et digne. Malheureusement, ce n'est pas le cas ce soir. Quand on voit que le monde arabe s'y oppose, que l'un des principaux acteurs, la Jordanie, s'y oppose, il n'y a pas de plan de paix, il y a des tensions. Ça risque d'être une étincelle qui met le feu dans la région et pas qui apaise les esprits. Ce qu'il faut aujourd'hui, c'est prendre les côtés positifs.

Il faut redemander aux Israëliens et aux Palestiniens de se retrouver autour d'une table des négociations.Ofer Bronchtein, président du Forum international pour la paixà franceinfo

Quels sont ces côtés positifs du plan américain ?

La reconnaissance par les Américains de la création d'un État palestinien, le fait que Gaza et la Cisjordanie doivent être liés, le fait qu'il faut investir dans l'économie palestinienne, le fait que les Palestiniens doivent avoir un droit à une capitale dans une partie de Jérusalem-Est, même si ce n'est pas encore clair. Mais faire ce plan dans la précipitation, à quatre semaines d'un scrutin très important en Israël, annexer dans les prochaines semaines la vallée du Jourdain, ça veut dire un schisme très grave avec la Jordanie, avec le monde arabe, et avec nos voisins palestiniens. Ça risque d'attiser la violence et pas de réconcilier. Il faut prendre les côtés positifs de ce plan, et aussi écouter ce que la communauté internationale a à dire. Il y a des résolutions de l'ONU, il y a la voix de l'Europe qui doit se faire entendre, il y a ce que dit le monde arabe et ce que disent les Palestiniens. Il faut redemander aux Israëliens et aux Palestiniens de se retrouver autour d'une table des négociations. On négocie, on en parle, et on trouve une solution. Imposer la paix ça ne se fait pas, il faut la vouloir. Il faut redonner envie.