Présidentielle américaine : comment les enfants Trump se démènent pour porter papa à la Maison Blanche

Donald Trump a choisi de s'entourer de ses enfants dans sa campagne pour la présidentielle américaine. Le clan Trump avance soudé, chaque membre investi d'une mission. 

Donald Jr., Ivanka, Eric et Tiffany Trump, quatre des cinq enfants du candidat à la présidentielle, pendant la convention républicaine, à Cleveland (Ohio), le 19 juillet 2016.
Donald Jr., Ivanka, Eric et Tiffany Trump, quatre des cinq enfants du candidat à la présidentielle, pendant la convention républicaine, à Cleveland (Ohio), le 19 juillet 2016. (BRIAN SNYDER / REUTERS)
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Marie-Adélaïde ScigaczFrance Télévisions

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Un Trump peut en cacher un autre. En se lançant dans la course à la Maison Blanche, le magnat de l'immobilier Donald Trump a installé ses enfants et leurs familles sur le devant de la scène. Ses trois aînés, nés de son premier mariage avec la top-modèle tchèque Ivana Zelnickova, occupaient déjà les fonctions de vice-présidents du conglomérat Trump. Ils sont désormais les plus proches conseillers du candidat républicain, qui leur a promis la tête de son empire s'il était élu président.

Avant l'aventure politique de son milliardaire de père, seule Ivanka s'était fait connaître du grand public. Mais puisque chaque membre du clan occupe désormais une place de choix dans la stratégie du patriarche, l'Amérique a découvert, au fil des mois, les futurs "first kids" à la manœuvre.  Dans la famille Trump, je demande... 

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Donald Trump Jr. : un atout pour séduire l'extrême droite

Comme son père, il travaille dans les affaires (les affaires Trump, évidemment). Comme son père, il a épousé une top-modèle. Et toujours comme son père, il est lui-même père de cinq enfants, dont un Donald, troisième du nom. Parce que oui, lui-même s'appelle Donald Trump. Comme son père. Enfin, Donald Trump Junior. Vous suivez ?

Donald Trump Jr. donne un discours pendant la convention républicaine, le 19 juillet 2016, à Cleveland (Ohio). 
Donald Trump Jr. donne un discours pendant la convention républicaine, le 19 juillet 2016, à Cleveland (Ohio).  (JIM WATSON / AFP)

 A 38 ans, l'aîné des enfants du candidat républicain a toujours travaillé au coté de Donald Senior. Sa mission dans la campagne présidentielle : séduire l'"alt-right", une nébuleuse de militants anti-immigration, suprématistes, antiféministes, antimédias, volontiers complotistes, particulièrement actifs sur internet. Sans avoir l'air d'y toucher, le fils Trump s'est ainsi révélé un redoutable communiquant sur les réseaux sociaux. Dans un registre classique, il tweete et partage sur Instagram le quotidien de sa famille-modèle : à la pêche, à la campagne, en vacances, en forêt, etc. Ces scènes de vie quotidienne, qui transpirent l'Amérique des valeurs conservatrices, sont entrecoupées de tweets bien plus radicaux. 

Car Donald Jr. n'hésite pas à retweeter des comptes de militants se revendiquant "pro-Blancs", ou à s'en prendre violemment aux réfugiés. En septembre, il a suscité l'indignation en comparant les migrants à des bonbons Skittles empoisonnés ou encore en partageant des articles dénonçant "une épidémie de viols en Europe" prétendûment due "à l'afflux de musulmans". Surtout, le fils Trump utilise "un langage codé" pour communiquer avec la droite extrême, analysent ses détracteurs. Par exemple, il a publié début septembre sur Instagram un détournement humoristique (un "mème") le présentant avec un personnage fictif érigé en symbole par l'extrême droite américaine : Pepe the Frog (Pépé la grenouille).

Une photo publiée par Donald Trump Jr. (@donaldjtrumpjr) le

Pour beaucoup, se dire "fier" d'apparaître sur ce photo-montage revient à assumer une proximité avec les groupes antisémites et racistes qui en ont fait leur mascotte. La grenouille a fait son entrée fin septembre sur la liste des symboles appelant à la haine établie par l'ONG Anti-Defamation League, qui lutte contre l'antisémitisme.

Ivanka Trump (et son mari, Jared Kushner) : les voix de la raison 

Ivanka Trump, 34 ans, est la fille aînée et la chouchou incontestable de son père. Elle qui s'est fait un nom dès l'adolescence dans le mannequinat est devenue au fil des ans un pilier de la Trump Organization.

A écouter ses proches, la jeune femme n'a pas de défaut. Son amie Chelsea Clinton, fille de Bill et de Hillary Clinton, assure même qu'elle lui rappelle son ex-président de père, tant elle semble à l'écoute de ses interlocuteurs. Femme d'affaires accomplie, elle s'est également illustrée dans la mode et la création de bijoux.

Jamais avare de compliments dérangeants sur Ivanka – dont un célèbre "si ce n'était pas ma fille, je sortirais sûrement avec elle" –  Donald Trump en a fait sa plus proche conseillère (et une éventuelle future membre de son gouvernement, rappelle The Washington Post), au côté de son mari, Jared Kushner, un entrepreneur de 35 ans lui-même fils d'un magnat de l'immobilier.

Ivanka Trump et son mari Jared Kushner, lors du gala du Met, à New York, le 2 mai 2016. 
Ivanka Trump et son mari Jared Kushner, lors du gala du Met, à New York, le 2 mai 2016.  (MIKE COPPOLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

"Elle offre un vernis de professionnalisme à la campagne", explique le New Yorker. Contrairement à son père, volontiers turbulent et clivant, elle se montre irréprochable, enchaîne des discours qui humanisent le patriarche et s'acharne à gommer l'image trop à droite de ce dernier. "Beaucoup de gens de ma génération ne se définissent pas comme clairement Républicains ou Démocrates, mais votent pour ce qui leur semble juste pour leur famille et leur pays", observait-elle pendant la convention républicaine. 

Entre les réflexions sexistes reprochées à son père et les accusations d'agressions sexuelles dont il fait l'objet à moins d'un mois du scrutin, Ivanka Trump est investie d'une mission impossible : vendre aux Américains un Donald Trump qui serait en réalité un féministe maladroit.

Une supportrice de Donald Trump brandit une peinture représentant sa fille, Ivanka, lors d\'un meeting en Floride, jeudi 13 octobre 2016. 
Une supportrice de Donald Trump brandit une peinture représentant sa fille, Ivanka, lors d'un meeting en Floride, jeudi 13 octobre 2016.  (JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Ivanka est à la fois l'atout féminin du clan Trump et l'atout centriste, susceptible de convaincre les indécis et, surtout, les femmes. La famille de son mari, Jared Kushner, a longtemps financé le camp démocrate, y compris Hillary Clinton, lorsqu'elle s'est présentée en 2000 au Congrès. 

Aujourd'hui, Jared Kushner est "le directeur de campagne de facto" du candidat, poursuit le New Yorker. Avec Ivanka, ils sont soupçonnés d'être à l'origine de l'éviction de l'ancien directeur de campagne, Corey Lewandowski. Homme de coulisses, il est sorti de sa réverve en juillet, quand son beau-père a tweeté une image dénonçant la corruption supposée d'Hillary Clinton accompagnée d'une étoile à six branches. "Donald Trump n'est pas antisémite", a expliqué ce Juif orthodoxe dans une tribune publiée sur The Observer, média dont il est propriétaire. Selon des proches de la famille, Trump père verrait en Jared une version jeune de lui-même. Un homme qui partage ses passions : l'immobilier, et Ivanka. 

Eric Trump : la positive attitude 

Eric, le second fils, a 32 ans. Dans la Trump Organization, il gère les nombreux golfs que la famille possède à travers le monde et détient à son nom le plus grand domaine viticole de Virginie, Trump Winery. Bien que coiffé comme "les méchants banquiers dans les films", Eric est le membre de la famille le plus impliqué dans les œuvres caritatives via sa Fondation Eric Trump, qui a par exemple versé 28 millions de dollars à l'hôpital pour enfant de Saint-Jude, spécialisé dans la recherche contre le cancer. 

Eric Trump avec son épouse Lara Trump posent avec leur chien à l\'occasion d\'une marche caritative au profit de l\'hôpital Saint Jude, à New York, le 26 septembre 2015. 
Eric Trump avec son épouse Lara Trump posent avec leur chien à l'occasion d'une marche caritative au profit de l'hôpital Saint Jude, à New York, le 26 septembre 2015.  (MARK SAGLIOCCO / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Dans la campagne, il brille par sa capacité à calmer le jeu quand papa Donald franchit la ligne rouge (c'est-à-dire souvent). Eric attaque peu et défend plutôt bien, évitant généralement les bourdes.

Interrogé mardi sur les déclarations sexistes de son père, il s'est même réjoui que ce dernier ait présenté des excuses. Sur les réseaux sociaux et les plateaux de télé, il éteint les incendies les uns après les autres. Et sur le terrain, avec les bénévoles, il vante inlassablement les mérites de son père. Quitte à s'arranger avec la vérité.

Selon Eric, "les médias font tout ce qui est en leur pouvoir pour promouvoir Hillary la malhonnête et taire l'incroyable vague favorable à Donald Trump qui balaie tout le pays". Mercredi, il a donc envoyé un e-mail à tous les sympathisants de Trump afin de lever de nouveaux fonds, affirmant que "l'élan joue pour nous", accompagné d'une carte témoignant de la possible victoire écrasante du Républicain.

Or, cette carte, complètement fausse, se base sur les résultats attendus si seuls les hommes se rendaient aux urnes, a relevé The Washington Post. Mais qu'importe, Eric est un optimiste : le genre de type qui remercie personnellement chaque internaute après un mot gentil et qui s'enthousiasme comme un gosse sur le chemin de la campagne ("Génial d'être dans l'Indiana !", "Merci Colombus, Ohio !", "De retour à New York après une excellente journée en Virginie !", "Merci le Colorado !", etc.) 

Tiffany Trump : la cadette écartée

Tiffany est la seule Trump née de l'union entre Donald Trump et de l'actrice Marla Maples. Après le divorce de ses parents, la fillette s'installe avec sa mère à Los Angeles, à quelque 4 500 kilomètres de son père et de ses frères et sœurs new-yorkais.

Résultat : à 22 ans, elle est la moins connue du clan, souvent écartée des articles et des émissions de télé sur les Trump, relève le New Yorker. Etudiante en droit et réputée sérieuse, elle n'a pas (encore ?) de responsabilité dans l'entreprise familiale, mais semble s'être résolue à intégrer le monde des affaires, après un détour assez catastrophique par la musique. 

Une photo publiée par Tiffany Ariana Trump (@tiffanytrump) le

Dans la campagne, elle s'est logiquement fait discrète. A la convention républicaine de juillet, à Cleveland, son discours "triste et vague", selon Slate, ne fait qu'accentuer sa relation distante avec son père, à l'opposé de celle qu'il entretient avec sa chouchou, Ivanka – en guise d'anecdote touchante, elle raconte que son père a la délicatesse de l'appeler quand elle perd un proche.

Lors du débat de dimanche, elle avait même été placée avec la belle-famille dans les tribunes, derrière les trois autres enfants adultes du candidat. Une place à part résumée en une image : celle de Tiffany esquivant discrètement un bisou, à l'issue de l'émission.

Pourtant, Tiffany aurait une carte à jouer : son âge.  Alors que le vote des jeunes reste un mystère pour les sondeurs, la jeune femme est la plus à même courtiser cet électorat. Dans la dernière ligne droite, son compte Instagram a ainsi été "nettoyé", raconte The New York Times. Elle qui s'y illustrait en fêtarde pleine aux as conformément aux codes du Tumblr "rich kids of Instagram" (qui compile les photos du train de vie luxueux des enfants de milliardaires), elle alterne désormais les photos de famille glamours et clichés de campagne. 

Barron Trump : un mignon "Little Donald"  

Barron n'a que 10 ans et mérite, à ce titre, qu'on le laisse tranquille. Cependant, le fils unique de Donald Trump et de sa troisième femme, Melania, a fait quelques apparitions dans la campagne, complétant le portrait de famille. 

Donald Trump et son plus jeune fils, Barron, à la convention républicaine, le 21 juillet 2016, à Cleveland (Ohio). 
Donald Trump et son plus jeune fils, Barron, à la convention républicaine, le 21 juillet 2016, à Cleveland (Ohio).  (AARON JOSEFCZYK / REUTERS)

Selon sa maman, interrogée par Parenting.com, Barron est "très déterminé, très spécial, un garçon très intelligent. Il est indépendant, têtu et il sait exactement ce qu'il veut", ce qui lui vaut le surnom de "Little Donald" ("Petit Donald"). Prometteur.