Non, ce n'est pas parce qu'il fait froid que le réchauffement climatique n'existe pas

Ces derniers jours, le président des Etats-Unis et un ancien ministre français se sont servis du froid pour mettre en doute le réchauffement climatique. Un argument qui n'a pas de réalité scientifique.

Un habitant d\'Erie (Pennsylvanie, Etats-Unis) déneige l\'accès à sa maison après des chutes de neige record dans cette ville, le 26 décembre 2017.
Un habitant d'Erie (Pennsylvanie, Etats-Unis) déneige l'accès à sa maison après des chutes de neige record dans cette ville, le 26 décembre 2017. (GREG WOHLFORD / AP / SIPA)

C'est une petite musique qui revient chaque hiver. A chaque vague de froid, les climatosceptiques ironisent sur la réalité du réchauffement climatique. Connu pour ses déclarations fantaisistes sur le sujet, le président des Etats-Unis, Donald Trump, a suggéré, jeudi 28 décembre, d'"utiliser un peu de ce bon vieux réchauffement climatique" pour se protéger du froid alors que l'Amérique du Nord grelotte ces derniers jours. Un peu plus tôt, c'est l'ancien ministre français de l'Education, Luc Ferry, qui accusait les écologistes d'"immuniser une doctrine contre le réel".

Franceinfo vous explique pourquoi les deux hommes font fausse route.

La météo et le climat sont deux choses différentes

C'est une confusion classique. Mais comme l'explique de manière détaillée la Nasa ou la chaîne météo, la météo et le climat sont deux choses bien distinctes. La météo rend compte du temps qu'il fait à un instant et à un endroit précis, tandis que le climat correspondant aux conditions météorologiques sur une longue période et sur l'ensemble de la planète. "Le changement climatique est très réel même s'il fait froid à l'extérieur de la Trump Tower en ce moment. De la même façon, il y a toujours de la faim dans le monde, même si vous venez de manger un Big Mac", résume sur Twitter le directeur de l'Académie des Sciences de Californie, Jon Foley.

Pendant que les Etats-Unis se gèlent, d'autres régions du monde transpirent. "Le nord de la Russie connaît des températures très douces, avec 10 à 12 degrés au dessus des normales de saison, et on observe des températures excédentaires en Alaska, relève Jérôme Lecou, prévisionniste pour Météo France interrogé par franceinfo. Si on prend la période entre le 26 décembre et le 5-6 janvier, malgré la vague de froid aux Etats-Unis, l'anomalie de température sur l'hémisphère nord sera nettement positive. Le réchauffement continue".

2017 devrait être l'année la plus chaude jamais enregistrée

Si l'on regarde au-delà de la météo et de ce coup de froid passager, 2017 devrait être l'année la plus chaude jamais enregistrée sur l'ensemble de la planète, selon l'Organisation météorologique mondiale (OMM). Pour les seuls Etats-Unis, les 11 premiers mois de l'année sont les troisièmes plus chauds jamais enregistrés.

Cette augmentation des températures observées cette année s'inscrit dans une progression régulière ces dernières années. Si le record de 2017 se confirme, ce sera la quatrième année consécutive qu'un record est établi : 2016, 2015 et 2014. Et les douze années les plus chaudes sur la planète ont presque toutes été enregistrées au XXIe siècle, comme le montre ce graphique réalisé avec les chiffres de l'Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA, site en anglais).

Ces vagues de froid sont provoquées par... le réchauffement climatique

Ces vagues de froid polaire seraient en outre une conséquence du réchauffement climatique et des dérèglements qu'il entraîne. Ce constat est dressé par les climatologues du Centre national de recherches météorologiques (CNRM) de Météo France, rapporte Le Figaro.

En Arctique, les températures ont augmenté ces dernières années deux fois plus vite qu'ailleurs, ce qui a réduit les différences avec le reste du globe. Cette réduction a déréglé le jet-stream, cette ceinture de vents qui marque la frontière entre l'air chaud qui remonte de l'équateur et l'air froid du pôle. "Le jet-stream est moins directionnel et plus sinueux. Cela peut donc provoquer des incursions d'air froid chez nous", explique au Figaro Matthieu Chevallier, chercheur au CNRM.

Ses observations suggèrent également que le jet-stream devrait se stabiliser à nouveau avec l'augmentation des températures et que ces incursions polaires pourraient ne pas durer. Mais rien ne dit que cela sera suffisant pour convaincre Donald Trump de la réalité du réchauffement climatique.