Mort du général Soleimani : "On est devant un gros inconnu. On est suspendus à la réaction de l'Iran", déclare un ex-ambassadeur de France en Iran

"Cela fait longtemps que les Américains songent à se débarrasser de Soleimani, mais ils hésitaient parce qu'ils craignaient des conséquences incalculables", a déclaré François Nicoullaud sur franceinfo vendredi, après la mort du général iranien, tué par une frappe américaine en Irak.

Un manifestant brandit le drapeau américain brûlé lors d\'une manifestation anti-américaine à Téhéran le 3 janvier 2020.
Un manifestant brandit le drapeau américain brûlé lors d'une manifestation anti-américaine à Téhéran le 3 janvier 2020. (ROUZBEH FOULADI / MAXPPP)

"On est devant un gros inconnu, une sorte de gouffre. On est suspendus à la réaction de l'Iran", a estimé sur franceinfo ce vendredi François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran entre 2001 et 2005, alors que le général iranien Qassem Soleimani a été tué par une frappe américaine en Irak, aggravant les tensions entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Cela fait longtemps que les Américains songent à se débarrasser de Soleimani, mais ils hésitaient parce qu'ils craignaient des conséquences incalculables. Trump a décidé de sauter le pas", a-t-il ajouté.

C'est un emblème de la révolution iranienne qui a été tué par les Américains ?

Absolument. C'était le militaire idéal, brillant stratège, adoré de ses troupes et sans aucune ambition politique malgré la popularité dont il jouissait dans la population. Il a toujours dit qu'il refuserait tout mandat politique. Au-delà même de la sphère militaire, il a joué un rôle stratégique, notamment en convainquant Vladimir Poutine d'intervenir en Syrie. C'est lui qui a fait basculer le destin de la guerre syrienne en faveur du régime actuel.

Et les Américains savent très bien le symbole qu'ils ont tué ? Donald Trump a pris ce risque sciemment ?

Il l'a pris sciemment, alors que beaucoup d'autres avant lui avaient hésité. Cela fait longtemps que les Américains songent à se débarrasser de Soleimani, mais ils hésitaient parce qu'ils craignaient des conséquences incalculables. Trump a décidé de sauter le pas. Maintenant on est devant un gros inconnu, une sorte de gouffre. On est suspendus à la réaction de l'Iran : est-ce que l'Iran va répondre, comme il le fait souvent, par des attaques non revendiquées, des interventions plus ou moins mystérieuses, dont il peut se défausser ? Ou va-t-il attaquer frontalement les installations américaines au Moyen-Orient, avec le risque d'un conflit généralisé dans lequel, même s'il inflige de très lourdes pertes aux Américains, il sortirait évidemment vaincu, en raison du rapport de force ?

L'Iran pariait sur le fait que Donald Trump n'oserait pas frapper ?

Il parie encore sur la répugnance de Trump à se lancer dans une guerre qui entraînerait le retour à Washington de cercueils américains. En même temps, comme il [Donald Trump] entre en période électorale, il ne peut pas apparaître comme un président faible. On est vraiment dans une situation extrêmement compliquée à décrypter.

Que pensez-vous du tweet de Trump qui affirme que "l'Iran n'a jamais gagné une guerre, mais n'a jamais perdu une négociation" ? Négocier, c'est envisageable ?

C'est une phrase classique, qui est historiquement contestable, qui laisse entendre que les Iraniens sont d'excellents négociateurs. Il tend une perche aux Iraniens mais je doute, et c'est même certain, que cette perche soit saisie par le régime iranien. Ils vont rentrer dans une phase de repli, de crispation, ce qui tue au passage tous les espoirs, même s'ils devenaient ténus, d'une solution à la crise nucléaire, qui plane toujours sur l'actualité. Le président Macron a fait d'énormes efforts pour rapprocher les partis, pour faire baisser la tension, sinon pour trouver une solution complète à cette crise. Là, on remet tous les compteurs à zéro.