Méga bombe américaine en Afghanistan : "On a l'impression que Donald Trump a laissé les clés aux généraux"

Pour Jean-Dominique Merchet, journaliste de "L’Opinion" spécialiste défense, le largage d'une bombe américaine GBU-43/B non-nucléaire illustre le fait que "les militaires ont vraiment le pouvoir de décision à Washington."

Donald Trump et le lieutenant-général H.R. McMaster, conseiller à la sécurité nationale, le 20 février 2017.
Donald Trump et le lieutenant-général H.R. McMaster, conseiller à la sécurité nationale, le 20 février 2017. (NICHOLAS KAMM / AFP)

Les Etats-Unis ont largué une bombe à effet de souffle massif, surnommée "mères de toutes les bombes", jeudi 13 avril  dans l'est de l'Afghanistan. Le largage de cette bombe révèle la liberté d'action dont jouit l'état-major de l'armée américaine, selon Jean-Dominique Merchet, journaliste à L’Opinion et spécialiste des questions de défense, qui anime le blog Secret-Défense. "Les militaires ont vraiment le pouvoir de décision à Washington, estime Jean-Dominique Merchet. Les généraux sentent qu'ils peuvent faire absolument ce qu'ils veulent avec le président Trump."

franceinfo : Quel est le réel objectif de ce tir ?

Jean-Dominique Merchet : On a l'impression que Donald Trump a confié les clés de la maison aux militaires américains, à ses généraux et qu'ils en usent et un abusent. Le jour même où ils utilisent cette bombe sur laquelle tout le monde s'extasie – ce qui crée vraiment un certain malaise moral –, ils ont commis une grosse bavure en Syrie, puisque l'aviation américaine a tué 18 de leurs alliés. On a l'impression que ceux qui étaient sous contrôle politique – Obama tenait un peu ses généraux – ont aujourd'hui toute liberté pour employer les armes qu'ils veulent. Dont cette GBU-43 qui, n'exagérons rien, n'est quand même pas une petite arme nucléaire. Il y a un rapport de 1 à 100 voire de 1 à 1 000 entre les deux.

Des bombes comme ça, les Américains ont en utilisé beaucoup au Vietnam.Jean-Dominique Merchetà franceinfo

Même les Britanniques, pendant le Seconde Guerre mondiale, utilisaient des bombes de 10 tonnes pour percer des blockhaus. On n'est pas dans une rupture militaire, avec quelque chose qu'on n'aurait jamais vu. Il y a un énorme tam-tam médiatique et politique américain, mais restons raisonnables. 

Il y a un peu de propagande autour de ce tir ?

Il y a un gros côté propagande. Cela montre la fascination du président Trump et d'une partie de l'opinion américaine pour son armée avec, en même temps, une sorte d'impudeur morale qui est assez étonnante. C'est donc beaucoup de propagande pour un résultat qui aurait pu être obtenu autrement. Cette bombe n'avait jamais été utilisée. Elle avait été conçue pour être utilisée en Irak en 2003. Ils n'en avaient pas eu besoin. Elle était dans l'arsenal de l'US Air Force et les généraux ont décidé de l'utiliser. Ils sentent qu'ils peuvent faire absolument ce qu'ils veulent avec le président Trump.

Peut-il y avoir un effet dissuasif ou est-ce un risque d'escalade ?

C'est assez peu dissuasif. Tout le monde pense à la Corée du Nord, mais c'est un tout autre problème. C'est beaucoup plus dangereux, la Corée du Nord a des capacités de riposte sur la Corée du Sud que les gens de l'Etat islamique en Afghanistan n'ont absolument pas. Par ailleurs, même militairement, c'est tout à fait autre chose. En Corée du Nord, il faudrait percer profondément des défenses, du béton, des tonnes de béton. Donc, il faudrait utiliser un autre type d'arme, dont les Américains disposent. 

Faut-il s'attendre à d'autres démonstrations de force de ce genre dans les prochaines semaines?

Il faut le craindre, parce qu'on ne voit pas tellement où ça va. Il y a une sorte d'hubris, de sentiment de toute-puissance. Donald Trump trouve que l'outil militaire est un outil très efficace, dans sa vision des choses. Les militaires semblent avoir le pouvoir de décision à Washington et, en général, ils ont plutôt envie de se servir des armes qu'on leur a confiées. On est dans un cycle plutôt dangereux.

Jean-Dominique Merchet : "On a l'impression que Donald Trump a confié les clés de la maison aux militaires américains, à ses généraux."
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