Lapin de Pâques, licorne et "art du baratin" : Sean Spicer, le zélé porte-parole de Donald Trump à la Maison Blanche

Le responsable de la communication de la Maison Blanche a reconnu "avoir merdé", après ses propos sur l'Holocauste, mais ce n'est pas la première fois (et sûrement pas la dernière non plus).

Sean Spicer, porte-parole de la Maison Blanche, lors de son rendez-vous quotidien avec la presse, à la Maison Blanche, le 13 mars 2017.
Sean Spicer, porte-parole de la Maison Blanche, lors de son rendez-vous quotidien avec la presse, à la Maison Blanche, le 13 mars 2017. (NICHOLAS KAMM / AFP)

Lors de sa prise de fonctions, en janvier, Sean Spicer a reçu le traditionnel flak jacket, un gilet pare-balles que se transmettent les porte-paroles successifs de la Maison Blanche, comme pour se protéger des questions des journalistes. Mais aucun vêtement blindé ne peut le préserver de la dernière polémique qu'il a provoqué : comparer Bachar Al-Assad à Adolf Hitler et assurer à tort que le dictateur nazi ne s'était pas "abaissé" à utiliser des armes chimiques, alors qu'il évoquait l'attaque meurtrière de Khan Cheikhoun, en Syrie, lors d'une conférence de presse, mardi 11 avril. Un commentaire qui l'a conduit à présenter des excuses, tandis que l'opposition démocrate réclame sa démission.

Après tout, Donald Trump "dit souvent des choses stupides, irréfléchies et indéfendables. Pourquoi son porte-parole n'en ferait-il pas autant ?", se demande le magazine progressiste New Republic (en anglais). Sean Spicer semble en effet avoir beaucoup appris des méthodes de son patron avant de devenir son porte-parole.

"Sean Sphincter" contre la presse

Qu'on ne s'y trompe pas. Même si la voix de la Maison Blanche déraille parfois, Sean Spicer n'est ni un débutant de la politique, ni un novice des relations avec la presse. En février, des internautes ont déterré un dossier potentiellement embarrassant, en rappelant que Sean Spicer avait enfilé le costume du lapin de Pâques de la Maison Blanche, en 2008, sous l'administration Bush. Mais il ne s'en était jamais caché et ce père de deux enfants de raconter apprécier le fait que "les enfants le remercient pour les chocolats".

Surtout, il a connu pire humiliation. En 1993, étudiant, il se frotte pour la première fois à la politique dans son université, le Connecticut College, en réclamant l'interdiction de fumer dans le réfectoire ou encore l'accès aux chaînes câblées dans les dortoirs. Le journal des étudiants le renomme à cette occasion "Sean Sphincter" dans un article. Le rédacteur en chef plaide l'erreur, mais Sean Spicer entre dans une colère noire et réclame un droit de réponse, dénonçant une "attaque malveillante". "Le premier amendement défend la liberté de parole et la liberté de la presse, mais cette affaire dépasse de loin les limites de la liberté de parole", s'emporte-t-il dans son texte.

Comme Donald Trump, il cultive ainsi des relations houleuses avec les médias. Notamment depuis le 21 janvier 2017. Pour son premier point presse, improvisé, le porte-parole de la Maison Blanche a accusé "certains médias" de "faire circuler de fausses informations", tout en enchaînant pas moins de quatre mensonges, listés et facilement démasqués par le Washington Post (en anglais)sur la cérémonie d'investiture de Donald Trump, qui avait, selon lui, rassemblé "la plus grande foule jamais vue lors d'une investiture, point barre".

Depuis, Sean Spicer a chamboulé la salle de presse de la Maison Blanche avec son rapport si particulier à la vérité qu'il en est devenu un phénomène viral sur le web. Les "Spicer Facts" (les "faits selon Spicer") ont même leur propre hashtag sur Twitter. Et l'expression "faits alternatifs", employée par la conseillère de Donald Trump, Kellyanne Conway, pour le défendre, s'est répandue comme une traînée de poudre. C'est la principale stratégie de Sean Spicer face à la presse : accuser de mensonge, répéter qu'il a raison, souvent sans esquisser le début d'une explication ou d'un argument (et parfois, terminer par "period", "point barre" en anglais).

Et ce, quel que soit le sujet, y compris son lieu de naissance. Il a ainsi refusé d'aider le New York Times (en anglais), qui l'avait situé à tort dans la région de la Nouvelle-Angleterre (nord-est des Etats-Unis), à corriger son erreur, se contentant de l'accuser de mentir. Quelques jours plus tard, sa page Wikipedia était mise à jour par un utilisateur anonyme, indiquant qu'il était né "le 23 septembre 1971, au North Shore Hospital, à Manhasset, Long Island", et citant comme source le carnet rose d'un journal local, explique le New York Magazine (en anglais).

La licorne et "l'art du baratin"

Et si cette communication hasardeuse était une stratégie savamment réfléchie pour mieux détourner l'attention de la presse ? En juillet 2016, Sean Spicer a ainsi cité Twilight Sparkle, une licorne du dessin animé Mon Petit Poney pour défendre Melania Trump, accusée d'avoir plagié un discours de Michelle Obama. Conséquence : les éditorialistes ont glosé sur cette comparaison un brin ridicule et oublié le plagiat, raconte le Washington Post (en anglais), qui appelle cela "l'art du baratin". Quant à ces "faits alternatifs"certains observateurs de la vie politique américaine, cités par Slate, y voient même un moyen de prouver sa loyauté à Donald Trump. Pour faire oublier les critiques passées, adressées à celui qui n'était encore que candidat à la primaire républicaine ?

Car avant d'être le porte-parole d'un président inattendu et longtemps considéré comme un clown au sein même de son propre clan, Sean Spicer était un pur produit du GOP, le parti républicain, au sein duquel il a effectué presque toute sa carrière professionnelle, comme l'indique son compte LinkedIn. "Après quelques années dans les tranchées de la Chambre des représentants et du Sénat, détaille le Washington Post, et un passage remarqué au Bureau du représentant américain du commerce, il accède au comité national républicain", en 2011, organe de direction du parti, où il prend la casquette de "stratège en chef".

Ce poste lui donne la possibilité de remettre Donald Trump à sa place à plusieurs reprises. En juin 2015, quand Donald Trump qualifie les migrants mexicains de "violeurs" et de "criminels", il répond poliment que "cela n'aide pas notre cause". Alors chef de la communication du parti républicain, il défend John McCain, candidat battu à l'élection de 2008. Donald Trump estime qu'il n'était "pas un héros de guerre", au motif qu'il a été fait prisonnier au Vietnam et que lui préfère "ceux qui n'ont pas été capturés". Plus fermement cette fois, Sean Spicer, lui-même réserviste dans la Marine américaine, rétorque : "Le sénateur McCain est un héros américain, car il a servi son pays et sacrifié plus qu'on ne peut l'imaginer, point barre."

Après la victoire de Donald Trump à la primaire républicaine, Sean Spicer a donc dû rentrer dans le rang, parce que "tout ce qui comptait, à ce moment-là, c'était de gagner des points", face à la démocrate Hillary Clinton, dit-il au Washington Post, en août 2016. Sean Spicer veut tout gagner. "Que ce soit au mini basket-ball ou aux devinettes", précise Reince Priebus, le chef de cabinet de Donald Trump.

Chewing-gums avalés et crème glacée du futur

Comme le président, il semble vouloir à tout prix prouver qu'il a une santé de fer. Lui se vante de mâcher et d'avaler "deux paquets et demi de chewing-gum à la cannelle, chaque jour avant le déjeuner". C'est près d'une trentaine de chewing-gums tous les matins, son médecin lui dirait "que ce n'est pas un problème". Une étrange habitude caricaturée (deux fois) par l'actrice Melissa McCarthy, dans l'émission satirique "Saturday Night Live". Si le sketch a déplu à Donald Trump, parce qu'une femme interprétait son porte-parole, Sean Spicer a semblé le prendre avec autodérision, en y faisant référence plus tard face à la presse et en conseillant gentiment à son imitatrice de "ralentir un peu sur les chewing-gums".

Une volonté d'avoir toujours le dernier mot trahie par plusieurs de ses petites obsessions. Tel Donald Trump, qui a longtemps paru très concerné par la relation entre les acteurs Robert Pattinson et Kristen Stewart, Sean Spicer a, au moins depuis 2010, son propre cheval de bataille sur Twitter. Il attaque régulièrement Dippin' Dots, une marque de crème glacée dont il n'aime pas le slogan "La crème glacée du futur". "Dippin' Dots n'est PAS la crème glacée du futur", a-t-il plusieurs fois écrit, allant même jusqu'à se réjour des difficultés financières de la société. Pourquoi tant de haine ? "C'est une blague, dit-il au New York Times (en anglais). Combien de temps vont-ils prétendre être le futur ? Ils ne peuvent pas être le futur pour toujours." 

S'il n'avait pas un poste aussi important dans l'administration américaine, Sean Spicer serait peut-être un simple "troll". Le genre d'internaute qui demande au duo Daft Punk de "grandir" et d'enlever leurs casques, qui selon lui "gâchaient" leur performance, dans deux messages émaillés de fautes de frappe. Un style véhément que ne renierait pas son actuel patron, lui aussi accro au réseau social.