Jérusalem comme capitale d'Israël : Emmanuel Macron doit prendre "la tête" pour "une possible relance du processus de paix"

Vincent Lemire, historien spécialiste de Jérusalem, a suggéré, jeudi sur franceinfo, qu'Emmanuel Macron "prenne la tête d'une alternative à Donald Trump" au Moyen-Orient alors que le président américain a reconnu Jérusalem comme capitale d'Israël.

Donald Trump a reconnu, mercredi 7 décembre, la ville disputée de Jérusalem comme capitale d\'Israël.
Donald Trump a reconnu, mercredi 7 décembre, la ville disputée de Jérusalem comme capitale d'Israël. (SAUL LOEB / AFP)
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La décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël et d'y installer l'ambassade des Etats-Unis continue de provoquer des réactions. Le chef du Hamas appelle à une nouvelle intifada contre Israël. "Il faut qu'Emmanuel Macron prenne la tête d'une alternative à Donald Trump dans le cadre de la possible relance du processus de paix", a assuré Vincent Lemire, spécialiste de Jérusalem et maître de conférences en histoire contemporaine, jeudi 7 décembre sur franceinfo.

franceinfo : Est-ce que la décision de Donald Trump marque un tournant ?

Vincent Lemire : C'est un tournant au-delà même des conséquences concrètes immédiates. Il peut y avoir des violences mais on n'est pas sûrs que l'ambassade va déménager de sitôt. D'ailleurs, on a appris que Donald Trump avait signé le report de l'installation de l'ambassade pour six mois de plus. Mais il ne l'a pas fait face aux caméras. Par contre, le cadre du conflit est totalement déstabilisé par cette annonce, puisque jusqu'ici, on était dans un cadre dans le droit international avec un médiateur qui se présentait comme neutre.

Que peut faire la communauté internationale justement ?

La Chine est intervenue. On ne l'avait jamais entendu communiquer sur le conflit israélo-palestinien, mais elle n'est pas en capacité de revendiquer une quelconque position de médiatrice. Il reste la Russie, la Grande-Bretagne qui ne peut pas s'impliquer puisque c'est l'ancienne puissance coloniale. Il y a les États-Unis et puis la France. Il se pose pour Emmanuel Macron une décision qui est lourde à prendre, mais peut-être qu'il faut qu'il prenne la tête d'une alternative à Donald Trump dans le cadre de la possible relance du processus de paix.

Dans l'un de vos ouvrages, vous parlez de Jérusalem comme d'une capitale impossible.

On peut se rapprocher des réalités locales, quotidiennes, démographiques et rappeler qu'à Jérusalem, dans les limites de la municipalité israélienne, il y a plus de 300 000 Palestiniens qui ne sont pas citoyens israéliens. Ils n'ont pas le droit de vote et représentent quasiment 40% de la population de la ville. En faire une capitale pour Israël est évidemment problématique, y compris sur le plan démographique. Cette décision débranche Mahmoud Abbas. Il était exténué, à bout de forces politiquement. Il n'a absolument plus de légitimité politique vis-à-vis de son opinion publique et on voit que c'est immédiatement le Hamas qui a pris la main.

Est-ce que ça veut dire que la solution à deux Etats est morte ?

Il y a eu déjà d'autres signes, depuis quelques mois, qui fragilisent de plus en plus cette solution à deux états. D'abord sur le terrain, la colonisation en Cisjordanie la rend de plus en plus délicate. [Jeudi] matin, le négociateur historique de la partie palestinienne a annoncé explicitement que la négociation pour une solution à deux états avec Jérusalem comme capitale est morte.