Familles sans revenus, propriétaires sans toit et mariages retardés... Le "shutdown" perturbe la vie des Américains

La paralysie partielle des administrations américaines entre mardi dans son deuxième mois. Quelque 800 000 employés fédéraux sont au chômage, ou forcés de travailler sans être payés depuis décembre. 

Une pancarte sur laquelle est écrit \"besoin de travailler\", lors d\'une manifestation d\'élus et d\'employés fédéraux contre le \"shutdown\", le 8 janvier 2019, à Philadelphie, en Pennsylvanie (Etats-Unis). 
Une pancarte sur laquelle est écrit "besoin de travailler", lors d'une manifestation d'élus et d'employés fédéraux contre le "shutdown", le 8 janvier 2019, à Philadelphie, en Pennsylvanie (Etats-Unis).  (MARK MAKELA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Le "shutdown", la paralysie partielle des administrations américaines, dure depuis un mois, mardi 22 janvier, sans grand espoir d'une sortie de crise. Ce blocage, lié à un bras de fer entre Donald Trump et les démocrates au sujet du financement d'un mur à la frontière avec le Mexique, est le plus long de l'histoire des Etats-Unis. Et pèse de plus en plus sur les finances des ménages américains.

Quelque 800 000 employés sont aujourd'hui privés de travail – et de revenus –, ou contraints de travailler sans être rémunérés. Mais ils ne sont pas les seuls à être directement affectés par ce "shutdown". De part et d'autre des Etats-Unis, voici les histoires d'Américains frappés de plein fouet par cette situation inédite. 

Une famille entièrement privée de revenus

Sunny Blayblock travaille en tant que contractuelle pour l'administration américaine. "Le 6 janvier, j'ai appris par mail que nous étions sans emploi", relate la jeune mère, vivant à Arlington, en Virginie (Etats-Unis), auprès de la BBC (article en anglais). Sunny Blayblock dit "nous", car son mari est l'un des quelque 800 000 employés fédéraux affectés par ce "shutdown". "Il travaille et ne reçoit pas d'argent", déplore-t-elle. 

"Nous avons un peu d'épargne, mais cette épargne est censée servir pour de véritables urgences", dénonce la jeune femme auprès de la BBC. A l'issue du "shutdown", son mari pourra être remboursé pour ces semaines de travail non payées. Mais ce n'est pas le cas de Sunny Blayblock, du fait de son statut contractuel : sans emploi depuis un mois, elle n'aura droit à aucune compensation. "Mon fils a dessiné, peint et fabriqué des choses pour pouvoir les vendre, raconte-t-elle. Il s'inquiète de me voir sans travail, et de voir mon mari sans salaire." 

Une mère de famille en appelle au crowdfunding 

Comme le rapporte le site Business Insider (article en anglais), plus de 1 500 employés fédéraux américains ont lancé des campagnes de financement participatif sur la plateforme GoFundMe, depuis le début du "shutdown". En difficulté financière, ils en appellent à la générosité des internautes. 

Une campagne (lien en anglais) a même été lancée par deux jeunes frères de Seattle (Etats-Unis), Robert et Tris, pour leur mère affectée par la paralysie de l'administration. "Les dernières semaines ont été très difficiles", racontent sur GoFundMe Robert et Tris. "Notre mère essayait de déménager, pour que nous puissions chacun avoir notre chambre. Ce projet n'est plus d'actualité, car elle n'a pas reçu de salaire et les taux d'intérêt ont augmenté", regrettent les deux frères. "En plus, notre bail arrive à terme et nous ne savons pas ce que nous allons faire." "Notre mère ne peut pas avoir un deuxième emploi, nous sommes son deuxième emploi", ajoutent-ils. 

Une contractuelle à peine embauchée... et déjà au chômage

La situation des employés travaillant pour des sous-traitants d'administrations et d'établissements publics est particulièrement critique. Yvette Hicks, originaire de Washington, devait commencer à travailler pour le musée de l'Air et de l'Espace de la capitale le 2 janvier, rapporte le journal conservateur The Washington Examiner (article en anglais). Elle venait d'obtenir un poste auprès d'Allied Universal, une société privée de sécurité. 

Une fois arrivée au musée le 2 janvier, elle a été renvoyée chez elle par le personnel, "shutdown" oblige. Le musée, dans ce contexte de paralysie, est incapable de payer les entreprises privées avec lesquelles il travaille. La situation d'Yvette Hicks empire. Officiellement employée depuis le 27 décembre, elle ne peut pas demander d'allocations chômage, car elle n'a pas travaillé au cours des dernières semaines. 

"Je vais bientôt perdre ma voiture car je suis en retard [sur les remboursements], je vais bientôt perdre mon assurance santé, mon assurance auto et mon permis de conduire car j'ai un échéancier avec le Département des véhicules à moteur (DMV) et si je manque un versement, je perds mon permis", a-t-elle dénoncé à l'AFP. La mère de 40 ans n'est même plus sûre de pouvoir payer les traitements pour l'asthme de son fils. 

Un agriculteur privé d'une aide financière

"Je n'ai pas besoin d'un mur, j'ai besoin d'argent !" Sans être employé fédéral, John Boyd subit directement les conséquences du "shutdown". Cet agriculteur du sud de la Virginie (Etats-Unis), cultivateur de soja, vit déjà difficilement de son activité, en raison de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, rapporte le Washington Post (article en anglais). Du fait de ces tensions, le gouvernement américain a promis une aide financière à ces agriculteurs. Mais ils ne peuvent pas l'obtenir, faute de financement du département de l'Agriculture avec le "shutdown", précise la BBC (article en anglais).

Le bureau en charge des demandes d'aide est également fermé depuis le 28 décembre, en raison de ce blocage. John Boyd a droit à une subvention de 15 000 dollars (13 200 euros), qu'il attend toujours. "J'ai besoin de cet argent", insiste-t-il auprès de la BBC. "J'en ai besoin pour travailler, pour payer la main d'œuvre, pour continuer cette culture", lâche l'agriculteur. 

Des propriétaires... sans maison

"C'est l'expérience la plus horrible de toute ma vie." Brittany Croston et son mari étaient sur le point d'acheter une maison dans le comté de Banks, en Géorgie (Etats-Unis), quand le "shutdown" a été déclenché. Le couple avait la possibilité de financer cet achat grâce à un prêt de développement rural proposé par le département américain de l'Agriculture. Mais avec la paralysie de l'administration, le bureau chargé de ces prêts est fermé depuis le 22 décembre. Brittany Croston et sa famille sont donc privés de maison, jusqu'à nouvel ordre, rapporte ABC News (article en anglais)

Le couple et ses enfants vivent depuis plus d'un mois chez des proches, alors qu'ils devaient avoir leur nouvelle maison pour Noël. Brittany Croston, son mari et leurs deux enfants dorment à quatre dans un lit superposé, leurs affaires stockées dans une voiture. "Je ne pensais jamais pouvoir m'acheter une maison, j'y suis arrivée et je ne peux même pas l'avoir", déplore la jeune femme auprès d'ABC News. Pour la famille, les propriétaires actuels de leur future maison pourraient très bien décider de la louer, ou de la vendre à quelqu'un d'autre, faute d'un prêt obtenu à temps. 

Un couple privé de mariage civil

Mauvaise surprise pour Dan Pollock et sa fiancée Danielle Geanacopoulos. Le jeune couple, vivant à Washington, n'a pas pu obtenir de certificat de mariage. En raison du "shutdown", le bureau des mariages de la ville est fermé. "Merci Donald Trump pour ce 'shutdown'. Grâce à vous, le bureau des mariages de DC est fermé la semaine de notre mariage !", a réagi Dan Pollock sur Twitter. 

Le couple a toutefois décidé de célébrer leur union, même s'ils devront attendre la fin du "shutdown" pour un mariage civil officiel, a annoncé Danielle Geanacopoulos sur Instagram. 

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Can’t call it an official wedding until the gov reopens, so until then, I leave you with this: we closed out 2018 with a really really really good party with those we love most. Thankful beyond measure to enter 2019 with the love of my life and brand new husband (!) @danpollock. #mybigfakegreekwedding

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