Elections de mi-mandat aux Etats-Unis : comment l'ombre de Trump plane sur la campagne

Le président des Etats-Unis va effectuer 40 déplacements en deux mois pour soutenir les candidats républicains qui se présentent au scrutin du 6 novembre. Dans l'histoire récente des Etats-Unis, jamais un président ne s'était autant investi dans les "mid-terms".

Donald Trump lors d\'un meeting à Wilkes-Barre (Pennsylvanie, Etats-Unis), le 2 août 2018. 
Donald Trump lors d'un meeting à Wilkes-Barre (Pennsylvanie, Etats-Unis), le 2 août 2018.  (MANDEL NGAN / AFP)

"Je vous aime ! Je vous aime ! Alors, y a-t-il un endroit où l'on peut davantage s'amuser qu'à un meeting de Trump ?" Même installé dans son siège de président, Donald Trump adore être en campagne et le dit à ses supporters. Ces derniers mois, il a trouvé une bonne raison de repartir sur les traces de sa victoire électorale de 2016 : les élections de mi-mandat (midterms, en anglais), prévues le 6 novembre prochain. 

Entre la fin août et la date de l'élection, la Maison Blanche a ainsi prévu 40 jours de déplacement pour Donald Trump dans le cadre de la campagne. C'est plus que ce qu'ont fait ses prédécesseurs George W. Bush et Barack Obama, lors des quatre dernières élections de mi-mandat. "Il y a peu de personnes qui peuvent tenir ce rythme, physiquement. Heureusement, je n'ai pas de problème avec ça", s'est vanté le chef de l'Etat dans une interview au Wall Street Journal (article en anglais)

La Maison Blanche a commencé à définir sa stratégie pour ce scrutin dès janvier dernier, lors d'un week-end à Camp David, et Donald Trump reçoit chaque semaine des compte-rendus argumentés sur les midterms, rapporte CNN. Le président américain a même accepté de donner une partie des fonds destinés à sa réélection à cent Républicains candidats au Congrès. Il a également levé 75 millions de dollars en participant à plus d'une quinzaine d'événements de collecte de fonds pour la campagne. Pour rappel, lors des élections de mi-mandat, la totalité des 435 sièges de la Chambre des représentants est renouvelée, ainsi que 35 des 100 sièges du Sénat.

Tête d'affiche des élections

"Donald Trump s'engage très fortement dans cette campagne, plus que les précédents présidents", observe pour franceinfo Marie-Cécile Naves, politologue à l'Iris et spécialiste des Etats-Unis. D'abord parce que l'enjeu pour lui est énorme, mais aussi parce que c'est un candidat puissant qui peut mobiliser les foules."

En s'y impliquant, Donald Trump a façonné ces élections à son image, en s'investissant très tôt dans la campagne et en soutenant publiquement certains candidats dès le stade des primaires. Une pratique qui rompt avec la tradition de neutralité présidentielle. "[Nos] résultats dans les sondages sont bons" s'est félicité Donald Trump dans un tweet à propos des prédictions de "ses" candidats aux midterms. Difficile de faire plus clair : ces élections sont les siennes.

Et de l'avis du président, son implication dans la campagne ne peut être que bénéfique au "Grand Old Party". "Aussi longtemps que je fais campagne et/ou soutiens des candidats au Sénat et à la chambre, ils vont gagner !" a-t-il ainsi tweeté à propos des républicains.

Il est vrai que Donald Trump reste très populaire auprès des électeurs républicains : 80% se disent satisfaits de lui, selon le dernier sondage Ipsos/Reuters et cette cote monte à 90% parmi ceux qui s'identifient comme "très conservateurs". 

Faiseur de rois chez les républicains

Donald Trump a ainsi été décisif dans la période des primaires des midterms. Mark Sanford, un républicain qui faisait campagne en Caroline du Sud pour sa réélection à la Chambre des représentants, a perdu face à une candidate sans expérience politique au Congrès, car elle était soutenue par le président. En Floride, le soutien du président pour Ron DeSantis dans la campagne pour le poste de gouverneur a également tout bouleversé : initialement favori, son opposant Adam Putnam a finalement essuyé une défaite de plus de 20 points.

Les candidats républicains, même s'ils n'adhèrent pas d'une seule voix au président américain, font le dos rond et se montrent solidaires avec lui.Marie-Cécile Navesfranceinfo

En Arizona, Martha McSally, une proche de John McCain qui n'a jamais dit pour qui elle avait voté en 2016, a dû demander à la Maison Blanche de se tenir à l'écart des primaires dans son district. Elle craignait que le soutien de Donald Trump pour un de ses opposants plus conservateurs ne la mette en difficulté. Lorsqu'elle s'est rendu compte que la course allait être serrée, elle a même initié un rapprochement avec le président et a soumis une nouvelle demande à la Maison Blanche, raconte le New York Times (en anglais) : celle de soutenir publiquement sa candidature.

Un soutien qui peut être à double tranchant 

La saison des primaires est maintenant close, et les candidats sont connus. Mais la question de l'influence de Donald Trump sur l'élection reste centrale. La personnalité du président va-t-elle motiver les républicains à aller voter davantage qu'il ne va pousser les démocrates à lui faire barrage ? Car les électeurs démocrates désapprouvent le locataire de la Maison Blanche à 80%, et ce scrutin est une opportunité rêvée pour le désavouer. 

Un stratège républicain, qui s'est confié à Axios, craint que les électeurs de son parti soient rassurés à tort par l'idée d'une "vague rouge" (le rouge est la couleur des républicains) alimentée par le site conservateur Breitbart, le présentateur de Fox Sean Hannity et Donald Trump lui-même. Trop sûrs de gagner, les électeurs républicains pourraient être démobilisés et ne pas se rendre dans les bureaux de vote le jour J.  

Du côté des démocrates, tout l'enjeu est de faire de cette élection un référendum anti-Trump et d'utiliser le bilan du président pour motiver leurs électeurs à se rendre aux urnes. Les 6 et 7 septembre, l'ex-président Barack Obama est sorti de sa réserve pour appeler son camp à se mobiliser. "Si vous pensez que les élections n’ont pas d’importance, j’espère que les deux années écoulées ont modifié votre perception, a-t-il déclaré à l’attention des démocrates abstentionnistes en 2016. Il faut dire qu'une victoire du camp démocrate pourrait ouvrir la voie à une procédure "d'impeachment" (destitution) contre Donald Trump, un fantasme nourri par certains démocrates.

Chez les démocrates, ne surtout pas parler de "l'impeachment"

Les sondages semblent favorables aux démocrates. Mais douchés par la présidentielle de 2016, qui a abouti à la victoire du milliardaire, à l'inverse de ce que prédisaient les études d'opinion, les démocrates tentent de garder la tête froide. Ainsi, les références à "l'impeachment" ont été interdites pour ne pas trop réveiller la base d'électeurs de Donald Trump. "Cette élection ne peut pas être à propos de l'impeachment", a ainsi déclaré Nancy Pelosi, la cheffe de file des démocrates, dans une interview à Rolling Stone, "je pense que ça serait un cadeau aux républicains".

Dans un mémo envoyé aux candidats en août, elle leur demande de ne pas mentionner l'éventualité d'une procédure de destitution contre Donald Trump, mais plutôt de faire campagne sur la "culture de la corruption" à l'œuvre selon elle sous l'actuelle mandature, indique le New York Times. Message reçu : sur les 811 candidats démocrates pour les divers postes en jeu dans ces élections de mi-mandat et qui étaient encore en lice début août, seul un d'entre eux faisait une référence directe à l'impeachment sur son site de campagne, souligne FiveThirtyEight.

Face à la prudence de ses adversaires, Donald Trump se charge d'agiter le chiffon rouge pour mobiliser ses supporters. "Si jamais j'étais destitué, je pense que les marchés s'effondreraient, et que chacun deviendrait plus pauvre", a-t-il lancé dans une interview à Fox News le 23 aoûtIl se faisait encore plus direct, le 6 septembre, lors d'un meeting à Billings (Montana) : "Si jamais cela arrive, cela sera de votre faute, car vous ne serez pas allés voter."