Election américaine : "Il y avait une dynamique Trump qu'on avait sous-évaluée en 2016 et qu'on a encore sous-évaluée cette fois-ci", constate Thomas Snégaroff

Le discours "un peu viriliste" de Donald Trump a séduit les représentants masculins des minorités qu'on avait "attribué quasi intégralement à Joe Biden de manière pavlovienne", analyse l'historien, spécialiste des États-Unis.

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Donald Trump, le 4 novembre 2020. (MANDEL NGAN / AFP)

Les sondages donnaient Joe Biden grand favori pour l'élection présidentielle américaine, mais rien n'est gagné pour le démocrate. À 9 heures, 235 grands électeurs ont voté pour Joe Biden contre 213 pour Donald Trump. Pour remporter l'élection, le gagnant devra totaliser au moins 270 grands électeurs sur 538. "Il y avait une dynamique Trump qu'on avait sous-évaluée en 2016 et qu'on a encore sous-évaluée cette fois-ci", a expliqué mercredi 4 novembre sur franceinfo l'historien Thomas Snégaroff.

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franceinfo : Donald Trump a-t-il élargi sa base électorale par rapport à 2016 ?

Thomas Snégaroff : Donald Trump a sûrement gagné des voix depuis 2016, mais dire qu'il a élargi sa base électorale c'est un peu excessif. Il est précoce de faire des analyses sur les résultats. Il y a deux heures, le Wisconsin était un État pour Donald Trump et finalement c'est Joe Biden qui est devant. Ce qui a permis à Donald Trump de gagner la Floride et de performer dans d'autres États du Sud, notamment, c'est qu'il a fait mieux qu'en 2016 avec l'électorat des hommes et particulièrement ceux issus des minorités. Les minorités étaient très mobilisées et on les avait attribuées quasi intégralement à Joe Biden de manière pavlovienne or beaucoup de Latinos, de noirs, ont été attirés par le discours un peu viriliste de Donald Trump. Pour eux, Biden c'est un peu de l'anti raciste 'à la papa'. Si vous ne votez pas pour moi et que vous êtes noir c'est que vous n'êtes pas noir. Ils n'ont plus envie d'être traités comme ça. Le discours pro business, c'est par l'économie que vous allez vous en sortir, a pu prendre dans une certaine partie de la population.

Joe Biden fait-il mieux qu'Hillary Clinton en 2016 ?

Il fait mieux qu'Hillary Clinton c'est clair. Il a réussi à faire cela, mais si au final il ne réussit qu'à gagner l'Arizona on pourra se dire que c'était beaucoup d'efforts pour pas grand-chose. Ce qui est intéressant c'est qu'on voit qu'il a eu du mal à réussir là où Hillary Clinton avait échoué. On avait dit que c'était parce qu'elle n'avait pas fait campagne, qu'elle avait été nulle comme candidate et que les Américains la détestent, mais on se rend compte qu'il y avait aussi une dynamique Trump qu'on avait sous-évaluée en 2016 et qu'on a encore sous-évaluée cette fois-ci.

Ce qui est intéressant dans les derniers meetings de Donald Trump c'est que contrairement à Biden il est allé dans des lieux particuliers et il a montré son énergie. C'est extrêmement fort parce que, quand on est dans un pays qui est en crise, il faut de l'empathie et quelqu'un pour pleurer avec nous, mais il y a aussi de la prise de risque et ça Trump l'avait bien sentie. Il sent bien l'Amérique.

Thomas Snégaroff, historien, spécialiste des États-Unis

à franceinfo

Joe Biden et Donald Trump se sont exprimés avant même la proclamation des résultats. Était-ce prévisible ?

Il y a eu l'un, Donald Trump, qui annonce sa victoire avant même qu'elle soit effective pour mettre la pression et l'autre, Joe Biden, qui promet de compter et d'aller jusqu'au bout. On est dans la situation de crise démocratique qui est la pire. On va rentrer dans une période de turbulence qui peut durer quelques heures, quelques jours, quelques semaines, quelques mois, voire quelques années. On peut avoir une Amérique qui n'accepte pas le président élu. En 2008, l'opposition n'avait pas accepté la victoire de Barack Obama, il avait été dit qu'il n'était pas né aux États-Unis. Il y avait eu un procès en illégitimité. Il y a eu la même chose pour Donald Trump qui a perdu le vote populaire mais il a gagné par grands électeurs, et cela n'était pas vraiment démocratique. Là, on est vraiment au cœur du mécanisme. Est-ce que ce vote est juste ou pas ?

Pourquoi Donald Trump veut-il faire arrêter les décomptes ?

Je pense que ses équipes de campagne sont très inquiètes. En 2016, il avait pris la parole quand il avait gagné. Là, on n'est pas du tout dans cette situation-là. Il ne supporte pas les défaites et il ne l'anticipe pas, donc il est allé au-delà. D'un point de vue légal, je ne vois pas comment la Cour suprême des États-Unis pourrait revenir sur sa décision de dire qu'on compte les votes arrivés par correspondance avant la date du 3 novembre en Pennsylvanie. Un autre recours va être de recompter et là ça se joue État par État.

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