Donald Trump positif au Covid-19 : "Il y a un petit côté arroseur arrosé", estime l'historien Thomas Snégaroff

Le président en exercice, candidat républicain, ne pourra plus faire ni meetings, ni conférences de presse mais il peut jouer sur "le côté sacrificiel", dit Thomas Séngaroff, et susciter de l'empathie pour rattraper son retard dans les sondages.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Donald Trump, le président des Etats-Unis, enlève son masque sanitaire lors du débat face à Joe Biden, candidat démocrate, le 29 septembre 2020. (JIM WATSON / AFP)

Donald Trump a annoncé, vendredi 2 octobre, sur Twitter qu'il avait été testé positif au Covid -19. "Il y a un petit côté arroseur arrosé", a estimé  vendredi sur franceinfo l'historien Thomas Snégaroff alors que le président américain n'a cessé de nier la dangerosité du virus. À 30 jours de l'élection présidentielle, "la situation est mauvaise", selon lui, "surtout qu'il est en retard dans les sondages".

franceinfo : C'est l'arroseur arrosé ?

Thomas Snégaroff : C'est une répétition. On avait déjà vu cela avec Bolsonaro [Jair Bolsonaro, président brésilien], avec Boris Johnson [premier ministre britannique], qui ont tous comme point commun d'avoir non seulement nié pour certains la réalité même du virus, pour d'autres sa dangerosité. Et puis, d'avoir un rapport à leur corps qui est un rapport de toute puissance. "Ça ne va pas me toucher parce que moi, je suis au-dessus de ça. Je suis plus fort, je suis plus viril, je suis plus costaud". Et puis, effectivement, il y a un petit côté arroseur arrosé. D'ailleurs, il y a pas mal de cynisme aujourd'hui sur les réseaux sociaux. Bien sûr, on ne peut pas se réjouir de la maladie de quelqu'un, mais il y a cette petite musique qu'on entend : "peut-être que si tu l'avais pris plus au sérieux au début, eh bien, tu n'en serais pas là aujourd'hui. Et surtout, l'Amérique n'en serait pas là aujourd'hui."

Est-ce que cela bouleverse la campagne ?

C'est là que ça devient plus sérieux et plus important parce qu'il reste 30 jours de campagne, 14 jours de quarantaine, en tout cas, sans quitter la Maison Blanche,

Donald Trump ne pourra plus faire ce qu'il aime tant, des meetings avec beaucoup de monde, même des conférences de presse. Il est ce qu'était Joe Biden quand il s'en moquait, à savoir cantonné chez lui.

Thomas Snégaroff

à franceinfo

C'est un peu ironique de voir aujourd'hui Donald Trump dans cette situation-là. Dans quinze jours, pourra-t-il revenir comme avant? C'est un monsieur qui à 74 ans, qui est en situation d'obésité. Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont ses médecins. Est-ce qu'on peut gouverner depuis la Maison Blanche? La Maison Blanche dit oui, "il continue à gouverner". Sinon, il y a le 25e amendement qui existe depuis 1967 et qui dit que c'est le vice-président qui, temporairement, prend le pouvoir. On n'en est pas là, mais la situation est mauvaise, surtout qu'il est en retard dans les sondages et qu'il a besoin de faire campagne.

Une campagne qui continue pour Joe Biden. Est-ce que la contamination de Donald Trump aura un impact sur son adversaire démocrate ?

Oui, avec le risque qu'on ne parle que de Donald Trump pendant 14 jours, qu'on suive ses faits et gestes, surtout ses Tweets. Et c'est là qu'on se dit que peut-être, ce qui peut sembler être une catastrophe peut être positif pour lui parce que ça permet peut-être de combler un déficit d'empathie. Tout à coup, cela suscite de l'empathie. On n'a pas envie de frapper sur quelqu'un de malade. Et puis, il y a autre chose. Peut-être, il pourra dire aux Américains, un peu comme Bolsonaro a pu le dire, je suis en action, je suis là pour ça. Il y a un côté un peu sacrificiel.

Je donne mon corps à mon électorat, je donne mon corps à ma mission. Si je tombe malade, c'est comme ça en Amérique. Le principe de précaution, c'est pour les faibles.

Thomas Snégaroff

à franceinfo

"Moi, je suis courageux, j'ai chopé ce virus, je vais le vaincre" et s'il le vainc dans quelques semaines, il nous fera comme après l'impeachment où il avait finalement été lavé en partie des soupçons en disant "je suis libre, je suis fort, j'ai réussi à vaincre le virus. J'arriverai à vaincre le virus aussi pour l'Amérique.

Mais sondage après sondage, une très large majorité d'Américains juge sévèrement Donald Trump. Il va pouvoir rattraper ce retard ?

Les premiers sondages post-débat sont catastrophiques pour Donald Trump. L'avance de Joe Biden est de 13 points, selon un sondage à l'échelle nationale. On n'a jamais vu ça. Donc là, il y a quelque chose qui s'est passé de massif. J'entends déjà des gens qui disent : "ce n'est pas vrai, il n'a pas un vrai Covid-19. Il fait ça pour attirer l'attention sur lui et pour susciter de l'empathie". On ne veut pas non plus exagérer et tomber nous-mêmes dans le complotisme, mais c'est vrai que la situation est mauvaise pour lui à 30 jours du scrutin. Ce n'est pas la meilleure manière d'envisager la dernière ligne droite.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.