Discours de Donald Trump à Riyad : "Tout le monde craint un dérapage"

Pour Pascal Boniface, fondateur et directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques, "tout le monde craint un dérapage" de Donald Trump s'il se lance dans l'improvisation au lieu de lire "mot à mot le discours qui lui a été fait".

Le roi du Bahrain, Hamad bin Isa Al Khalifa, et le président des Etats-Unis, Donald Trump, le 21 mai 2017.
Le roi du Bahrain, Hamad bin Isa Al Khalifa, et le président des Etats-Unis, Donald Trump, le 21 mai 2017. (MANDEL NGAN / AFP)

Pour son deuxième jour à Riyad en Arabie saoudite, Donald Trump doit prononcer un discours sur "l’islam", dans l'après-midi du dimanche 21 mai, devant près de 50 représentants de pays musulmans.

Pascal Boniface, fondateur et directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) a expliqué sur franceinfo, dimanche, que "tout le monde craint un dérapage" en cas d'improvisation du président. 

franceinfo : Pourquoi Donald Trump a-t-il été reçu samedi avec tous les honneurs par le roi Salmane d’Arabie Saoudite contrairement à Barack Obama ?

Pascal Boniface : Le roi saoudien reprochait à Barack Obama d’avoir signé un accord avec l’Iran sur le programme nucléaire iranien et d’avoir opéré une politique de rapprochement avec l’Iran qui est le grand rival de l’Arabie saoudite. Donc, le roi d’Arabie saoudite fait confiance à Donald Trump dans la mesure où celui-ci s’est toujours dit opposé au pire accord de l’Histoire selon lui, celui qui a été signé avec l’Iran. C’est pour cela que pour amadouer Donald Trump, il a passé des commandes pour 380 milliards de dollars, dont 110 uniquement en programme d’armement. C’est énorme. Cela va permettre à Donald Trump d’annoncer à ses électeurs qu’il a ramené des contrats et des emplois pour les Américains.

Comment expliquez-vous le changement de comportement avec l’Iran ? Barack Obama avait voulu jouer l’apaisement alors que visiblement Donald Trump souhaite hausser le ton ?

En 2015, un accord a été signé avec l’Iran. Téhéran s’est engagé à ne pas militariser son programme nucléaire et a ouvert le droit aux inspections pour que ce soit vérifiable. Conséquence : l'Iran a été préservé d'une menace pour l’empêcher d’avoir ce programme. Mais Donald Trump, les dirigeants israéliens et le roi Salmane d’Arabie saoudite sont unis pour dire que c’est un mauvais accord, qu’il permet aux Iraniens de s’ouvrir, de se réintégrer dans la communauté internationale et de se développer. Pour des raisons différentes et convergentes, il y a une sorte d’axe entre l’Arabie saoudite et Israël, qui normalement n’ont pas de relations diplomatiques, car ils craignent une montée en puissance de l’Iran dans la région.

Hier, le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, a accusé de nouveau Téhéran de soutenir le terrorisme. Est-ce qu’il n’y a pas un risque de désigner l’Iran chiite comme l’ennemi devant les dirigeants sunnites de la région et de jeter de l’huile sur le feu ?

Bien sûr, d’autant qu’on voit qu’il y a une sorte de guerre par procuration au Yémen. On sait aussi qu’en Syrie, la situation se dégrade. C’est effectivement mettre de l’huile sur le feu. On peut d’ailleurs s’étonner que le premier voyage à l’étranger de Donald Trump ait lieu en Arabie saoudite. Normalement, un président américain va d’abord soit au Canada, soit au Mexique. On voit donc qu’il y a une sorte d’anomalie dans cette affaire-là. Il y a aussi le discours qu’il va prononcer sur l’islam qui fait peur à tout le monde et dont on peut espérer que le président se contente de lire mot à mot le discours qui lui a été fait plutôt qu’il ne se lance dans une improvisation dont il a le secret mais qui effraie tout le monde. Tout le monde craint un dérapage, notamment sa garde rapprochée.

Pascal Boniface : "Le roi d’Arabie saoudite fait confiance à Donald Trump dans la mesure où celui-ci s’est toujours dit opposé au pire accord de l’Histoire selon lui, celui qui a été signé avec l’Iran"
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