Chute de la livre turque : les tensions entre les États-Unis et la Turquie ont aggravé "des fragilités qui existaient avant"

Selon Deniz Ünal, économiste au Centre d’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales, la crise s'est aggravé depuis que Donald Trump a annoncé le doublement des taxes sur certains produits turcs. 

Un homme regarde le cours des devises à Istanbul, en Turquie, le 13 août 2018. 
Un homme regarde le cours des devises à Istanbul, en Turquie, le 13 août 2018.  (AFP)

Les tensions récentes entre les États-Unis et la Turquie "révèlent des fragilités qui existaient", a estimé sur franceinfo lundi 13 août Deniz Ünal, économiste au CEPII (Centre d’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales). Mais selon elle, "s'il n'y avait pas eu cette tension, on n'aurait pas eu une évolution aussi rapide en ce qui concerne la chute de la livre turque".

"Depuis des années, la Turquie a un déficit d'épargne et a besoin de capitaux étrangers. Avec l'assouplissement monétaire au niveau mondial depuis la crise de 2008, les capitaux étrangers avaient afflué vers la Turquie comme dans d'autres pays émergents. Cependant, depuis le resserrement de la politique monétaire américaine, ces capitaux ont trouvé d'autres ports plus avantageux qui rapportent plus de taux d'intérêts", a ajouté Deniz Ünal.

Le tweet de Donald Trump a dégradé la situation

La livre turque a perdu cette année plus de 40% de sa valeur face au dollar et à l'euro. Vendredi dernier, la crise diplomatique a franchi un palier supplémentaire lorsque le président américain Donald Trump a annoncé qu'il donnait son accord pour le doublement des taxes à l'importation sur l'acier et l'aluminium turcs.

"Après le tweet ravageur de Donald Trump, les marchés ont eu un sursaut parce qu'il y a une forme de déclaration de guerre économique (…). La Turquie a été mise d'un coup au rang de l'Iran au niveau des sanctions alors que la Turquie est un allié de l'Otan", analyse Deniz Ünal

L'économiste déplore "une désinstitutionnalisation de l'économie turque car depuis maintenant 3 ans toutes les institutions de régulation ont été anéanties en Turquie. L'ensemble d'un système qui ne fonctionne plus". Selon elle, "la gouvernance économique doit s'établir sur des bases plus saines en Turquie mais cela prendra du temps", a-t-elle affirmé.