Marche pro-Trump à Washington : un "baroud d'honneur" dans l'élection américaine, selon Jean-Eric Branaa

Le spécialiste des Etats-Unis décrypte la stratégie de Donald Trump pour mobiliser les militants républicains et garder la main sur son avenir politique.

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Radio France
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Des militants pro-Trump manifestent devant la Cour suprême américaine, à Washington, samedi 14 novembre 2020. (KEN CEDENO / MAXPPP)

Les manifestations pro-Trump devant la Maison Blanche, samedi 14 novembre, sont "un baroud d'honneur", déclare sur franceinfo le spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l'université Assas-Paris II, Jean-Eric Branaa. Des milliers de partisans de Donald Trump se sont rassemblés à Washington (Etats-Unis) pour protester contre de présumées fraudes électorales qui, selon eux, auraient privé leur candidat de la victoire à l'élection présidentielle face à Joe Biden.

franceinfo : Avait-on déjà vu de telles manifestations en soutien au président sortant aux Etats-Unis ?

Jean-Eric Branaa : Non, on n'avait pas vu de telles manifestations, mais c'est vrai que cette élection est vraiment particulière, avec une tension très forte. Là, on est en queue de comète en réalité, c'est certainement un baroud d'honneur des supporteurs de Donald Trump qui viennent crier leur colère parce qu'eux sont persuadés que leur champion a gagné l'élection et qu'on leur a volée. En tout cas, pour ceux qui sont venus à Washington, quelquefois de très loin –certains seraient venus du Wisconsin au nord, ou du Texas au sud, de la Géorgie, de la Floride–, cela fait beaucoup de kilomètres uniquement pour dire qu'on n'est pas content. Il faut donc être quand même très motivé.

Est-ce que Joe Biden doit s'inquiéter de voir ces manifestants dans la rue ?

Il y a une vraie source d'inquiétude, c'est de voir que cette force qui est derrière Donald Trump est quand même bien structurée, qu'elle est très ferme sur ses positions.

On n'est pas il y a quatre ans quand on disait que Donald Trump avait volé cette élection. Quatre ans après, il a réussi à structurer quelque chose, un mouvement.

Jean-Eric Branaa

à franceinfo

Et s'il décidait de rester d'une manière ou d'une autre en politique, de contrôler ce mouvement,cela complique quand même les choses pour Joe Biden, qui veut réunir le pays et qui du coup ne pourrait plus le faire. La menace la plus forte, c'est que Donald Trump veuille se représenter en 2024 et qu'il l'annonce. À ce moment là, on peut oublier l'unité du pays, on restera dans des tranchées, l'un en face de l'autre pendant quatre ans.

Le fait que Donald Trump n'accepte toujours pas officiellement sa défaite, cela mobilise également ces militants ?

Je pense que Donald Trump a une raison politique de faire cela. On a une double élection en Géorgie début janvier et le contrôle du Sénat est en jeu. En gardant une tension très forte, il motive ses troupes, et en particulier en Géorgie. Il incite d'ailleurs les gens sur place à aller s'inscrire sur les listes, si jamais ils ne l'avaient pas fait auparavant. C'est effectivement une méthode qu'il faut utiliser si on veut vraiment pouvoir gagner l'élection du côté républicain. Encore une fois, c'est le contrôle du Sénat qui est en jeu. Sans le Sénat, Joe Biden ne pourra faire passer aucune loi majeure.

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