"Avec ce projet de mur, j'ai l’impression qu’on est de mauvaises personnes" : un an de Trump vu de la frontière mexicaine

À l'approche du premier anniversaire de la présidence Trump, le 8 novembre, franceinfo revient sur des événements qui ont marqué ce début de mandat. Direction la frontière mexicaine, où un projet de mur de séparation prend forme.

Les prototypes du mur de séparation entre les Etat-Unis et le Mexique, qui fera entre 6 et 9 mètres de haut, sont quasiment terminés. C’est le département de la sécurité intérieure qui décidera lequel de ces projets de mur est retenu.
Les prototypes du mur de séparation entre les Etat-Unis et le Mexique, qui fera entre 6 et 9 mètres de haut, sont quasiment terminés. C’est le département de la sécurité intérieure qui décidera lequel de ces projets de mur est retenu. (PEDRO RIOS / AFSC)
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Edité par Mariam El KurdiGrégory PhilippsRadio France

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À l'approche du premier anniversaire de l’élection de Donald Trump à la tête des  Etats-Unis, le 8 novembre 2016, franceinfo revient sur des événements marquants de cette année présidentielle. Parmi eux, le projet de séparation des Etats-Unis et du Mexique par un mur.

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Antonio traverse plusieurs fois par semaine le poste-frontière d’Ota Mesay, au sud de San Diego. Sa femme, explique ce cuisinier de 27 ans, habite au Mexique. Elle n’a pas encore obtenu ses papiers pour le rejoindre aux Etats-Unis. Conséquence : depuis un an et demi, il passe la frontière, presque chaque jour, pour aller voir son épouse et leur petit garçon.

Certaines familles attendent des années avant de pouvoir être réunies. "C’est dur et ça le sera encore plus avec ce mur", estime Antonio. "Avec ce projet de mur, j’ai l’impression qu’ils nous disent qu’on est des mauvaises personnes", s'indigne le père de famille. "Pas seulement nous les Mexicains, mais les étrangers plus globalement, dit-il, comme si on était tous des criminels", poursuit-il. Quand on demande à Antonio, ce qu’il pense de Trump, il répond que le président des Etats-Unis a beaucoup d’idées folles.  

Pourquoi un mur en plus alors qu’il y a déjà cette frontière, vraiment c’est trop

Antonio, Mexicain

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En fait, la frontière avec le Mexique, longue de 3 200 kilomètres, a déjà une barrière, discontinue, faite de grillages ou de clôtures. Mais Donald Trump souhaite un véritable mur de pierre, qui serait impossible à escalader.

Un mur de 6 à 9 mètres de hauteur 

Promesse de campagne comme à Baton Rouge en Louisiane en mars 2016. "Moi je dis qu'on va construire le mur ! Et là tout le monde me dit que c’est fou. Mais on va construire ce mur ", avait lancé Donald Trump, précisant que le Mexique paierait pour ça. Plus d'un an et demi après, ce projet prend forme. Il est visible à plusieurs kilomètres de distance. Le bruit des travaux résonne. Pas moins de huit prototypes d’un mur, censé mesurer entre 6 et 9 mètres de haut sont quasiment terminés. Le département de la sécurité intérieure doit décider quel projet de mur sera retenu. Mais pour Pedro Rios, qui à San Diego dirige une association de défense des migrants, ce chantier n’est qu’un théâtre politique pour montrer à l’opinion que Donald Trump va tenir sa promesse.

Toute cette campagne reposait là-dessus : construire le mur. Mais c’est vraiment de l’argent jeté par la fenêtre

Pedro Rios, d'une association de défense des migrants

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Selon Pedro Rios, "ça n’empêchera pas les gens les plus désespérés de venir ici". En effet, dans la zone de travaux, de nombreux tunnels ont été creusés pour faire passer des gens ou de la contrebande, explique le directeur associatif. "C’est vraiment une idée stupide de croire qu’on peut construire ce type de mur tout au long d’une frontière de 3 200 kilomètres", estime le directeur associatif. "Il y a des rivières, des montagnes, c’est impossible de construire un mur ici", ajoute-t-il. Si Donald Trump a juré que le Mexique payera pour ce mur, les opposants au projet de ce côté-ci de la frontière pensent que le projet n'aboutira tout simplement pas.

Reportage de Gregory Philipps
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Un projet exorbitant

Il faudrait trouver entre 35 et 40 milliards de dollars pour bâtir le mur. Il n’est pas sûr que le congrès américain permette à Donald Trump de dépenser autant d’argent pour réaliser cette promesse de campagne. Malgré tout, le projet a de fervents défenseurs. Un peu plus au Nord, l’avocate Esther Valdes nous reçoit dans son bureau de San Diego. D’origine mexicaine, elle est spécialisée dans les dossiers d’immigration et ce jour-là, elle parle au nom du parti républicain dont elle est membre active en Californie. Selon elle, ce mur n’a pas d’autre ambition que de "protéger les citoyens des Etats-Unis" et non d'"exclure des gens selon leur race ou leur origine", précise-t-elle. "Ici, on a des contrebandiers, du trafic d’êtres humains, des jeunes gens, des femmes qui sont revendues pour la prostitution, estime-t-elle, c’est vraiment pour stopper le crime", poursuit-elle.

La frontière avec la Mexique, longue de 3 200 kilomètres, a déjà une barrière, discontinue, faite de grillages ou de clôtures. Mais ce que veut Donald Trump, c’est un vrai mur.
La frontière avec la Mexique, longue de 3 200 kilomètres, a déjà une barrière, discontinue, faite de grillages ou de clôtures. Mais ce que veut Donald Trump, c’est un vrai mur. (GREGORY PHILIPPS / RADIO FRANCE)

Une politique de l'immigration jugée dangereuse

Le militant associatif, Pedro Rios s’inquiète de manière globale des projets de Trump en matière d’immigration. L'administration est déjà revenue sur les visas accordés aux jeunes migrants arrivés avec leurs parents, "les dreamers", maintenant, il y a ce projet de mur. "C’est vraiment une politique dangereuse", estime-t-il. "Il utilise tous les outils à sa disposition pour durcir encore les lois sur l’immigration"; ajoute-t-il, précisant qu'il est tout aussi critique vis-à-vis de l’administration précédente. Barack Obama avait même été surnommé "l’expulseur en chef", parce que sous son gouvernement, des gens ont été expulsés. "Mais aujourd’hui Trump fait tout ce qui est en son pouvoir pour augmenter le nombre de personnes qui vont être expulsées du territoire américain", souligne Pedro Rios