Acier contre jeans Levi's : on vous résume la (possible) guerre commerciale entre les Etats-Unis et l'Europe

Franceinfo vous explique le bras de fer inédit engagé entre Washington et ses plus proches alliés commerciaux. 

Donald Trump, le 7 mars 2018, à Washington (Etats-Unis). 
Donald Trump, le 7 mars 2018, à Washington (Etats-Unis).  (MANDEL NGAN / AFP)

Donald Trump a confirmé, jeudi 8 mars, son projet de taxation sur les importations américaines, tout en adoucissant son discours et en promettant d'être "très équitable". Annoncée la semaine dernière, son idée de taxer à 25% l'acier produit en dehors des Etats-Unis a suscité l'inquiétude des marchés financiers et a poussé plusieurs gouvernements à menacer Washington de représailles.

Sur quoi portent exactement ces menaces de guerre commerciale entre les Etats-Unis et ses plus proches partenaires commerciaux ? Pourquoi les jeans Levi's et le beurre de cacahuètes se retrouvent-ils dans la balance ? Franceinfo vous explique ce bras de fer inédit, qui pourrait avoir des conséquences pour les consommateurs européens. 

D'où vient le problème ? 

Comme d'habitude avec Donald Trump, tout commence par un tweet. "Nos industries d'acier et d'aluminium (et bien d'autres) sont décimées par des décennies de commerce inéquitable et une mauvaise politique avec les pays à travers le monde", écrit le président américain, avant une rencontre avec les producteurs d'acier de son pays.

Donald Trump évoque alors l'idée de passer les tarifs douaniers à 25% pour l'acier importé et à hauteur de 10% les importations d'aluminium. Il reste cependant vague sur la mise en place de ces taxes et ne précise pas quels pays pourraient être visés.

Cela suffit à affoler les marchés financiers. Les traders de Wall Street craignent que le président américain se lance dans une guerre commerciale et le Dow Jones décroche de plus de 2%. D'autant que Donald Trump persiste et signe. Le lendemain, il lance, toujours sur Twitter : "Quand un pays (les Etats-Unis) perd des milliards de dollars en commerçant avec pratiquement tous les pays avec lesquels il fait des affaires, les guerres commerciales sont justifiées et faciles à remporter."

Dès lors, tous les partenaires commerciaux de Washington montrent les dents, à commencer par Jean-Claude Juncker. Si les Etats-Unis veulent instaurer des barrières, "nous serons aussi stupides", a prévenu le président de la Commission européenne. "L'Union européenne ne restera pas les bras croisés lorsque l'industrie et les emplois européens seront menacés."

Jeudi, Donald Trump a précisé son projet en promettant qu'il serait "très flexible". Il a laissé entendre que certains pays amis pourraient échapper à ces taxes. Ce serait notamment le cas de l'Australie, avec qui il a vanté de "très bonnes relations", ainsi que le Mexique et le Canada, pour qui la mise en places de taxes dépendrait de l'issue  des négociations en cours sur l'Accord de libre-échange nord-américain (Aléna) qui unit les Etats-Unis et ces deux pays. Mais il a été plus critique, notamment, envers l'Allemagne.

Quel est le rapport avec les jeans Levi's et le bourbon ? 

En répondant à Donald Trump, Jean-Claude Juncker a donné des exemples de sanctions qui pourraient être prises au niveau européen contre Washington. "Nous allons mettre en place des contre-mesures concernant les droits d'importation de produits américains, notamment les Harley-Davidson, le bourbon et les jeans Levi's", a-t-il affirmé.

Tous ces produits sont typiquement américainsCNews remarque d'ailleurs que le bourbon – le nom du whisky américain – est la spécialité du Kentucky, le fief de Mitch McConnell, le chef de file des républicains au Sénat. Les célèbres motos Harley-Davidson, elles, sont fabriquées dans le Wisconsin, Etat d'origine du président républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan. 

Faut-il tout de suite refaire sa garde-robe de jeans (ou sa réserve de beurre de cacahuètes) ?

Pas si vite. Pour le moment, ce ne sont que des menaces. Le but de ces annonces européennes est de dissuader les Etats-Unis de prendre de telles sanctions. "Il n'y a pas de gagnants dans une guerre commerciale", a affirmé, mercredi, la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, espérant "toujours que l'Europe sera exemptée". 

La liste des produits américains que l'exécutif européen pourrait taxer n'est de toute façon pas arrêtée. CNN (en anglais), qui cite aussi Cecilia Malmström, explique que ces sanctions pourraient aussi concerner le beurre de cacahuètes ou le jus d'orange. "On ne peut pas prendre de décision définitive sur cette liste, tant que les Etats-Unis n'ont encore rien annoncé d'officiel", a précisé une source européenne à l'AFP. 

Plus globalement, quelles seraient les conséquences sur l'économie mondiale ? 

De très nombreux pays ont, à leur tour, menacé les Etats-Unis, notamment la Chine et le Canada, les deux principaux fournisseurs d'acier aux Etats-Unis. "Si les Etats-Unis prennent des mesures qui nuisent aux intérêts chinois, la Chine ne restera pas les bras croisés et prendra les mesures qui s’imposent", a lancé, dimanche, l’un des hauts responsables chinois, Zhang Yesui. De son côté, le Canada a assuré qu'il prendrait des mesures "appropriées et rapides" contre les intérêts américains si les menaces sont mises à exécution. Mais jeudi, Donald Trump a ouvert la porte à une exemption de ces taxes pour son voisin.

Sur RTL, la présidente du FMI Christine Lagarde a mis en garde sur les conséquences "redoutables" de telles sanctions sur l'économie mondiale. "Dans une guerre commerciale, entre guillemets, qui serait alimentée par une augmentation réciproque des tarifs douaniers, personne ne gagne, on retrouve en général des perdants des deux côtés", a-t-elle affirmé. De son côté, la France "regrette les annonces de Donald Trump", selon le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, qui a réagi jeudi.

Ces taxes sont-elles bien accueillies aux Etats-Unis ? 

Les menaces du président américain ont provoqué une vague d'inquiétudes jusque dans son propre camp. Mardi, le président républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a appelé Donald Trump à renoncer à sa décision et à lui préférer des mesures "ciblées" pour éviter une guerre commerciale risquée.

Surtout, le conseiller économique de Donald Trump, Gary Cohn, a démissionné de ses fonctions à la Maison Blanche, mardi 6 mars. Contrairement à tous les conseillers du président américain, il a refusé de soutenir ce projet de taxation. Cela peut-il influencer l'avis du président américain ? Jeudi, Donald Trump a adouci son discours, mais il n'est pas revenu en arrière sur la mise en place de ces taxes, qui doivent entrer en vigueur dans quinze jours.